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– Il ne faudrait pas vous figurer, messieurs, que le roi vous enrégimente et vous paie pour agir en étourneaux, et distribuer ça et là, à votre caprice, des coups de bec et des coups d'ongle; la discipline est d'urgence, quoiqu'elle demeure secrète, et vous êtes une réunion de gentilshommes, lesquels doivent être les premiers obéissants et les premiers dévoués du royaume.
L'assemblée ne soufflait pas; en effet, il était facile de comprendre, à la sole
– À partir d'aujourd'hui, vous vivez dans l'intimité du Louvre, c'est-à-dire dans le laboratoire même du gouvernement: si vous n'assistez pas à toutes les délibérations, souvent vous serez choisis pour en exécuter la teneur; vous êtes donc dans le cas de ces officiers qui portent en eux, non seulement la responsabilité d'un secret, mais encore la puissance du pouvoir exécutant. Un second murmure de satisfaction courut dans les rangs des Gascons: on voyait les têtes se redresser comme si l'orgueil eût grandi ces hommes de plusieurs pouces.
– Supposez maintenant, continua Loignac, qu'un de ces officiers sur lequel repose parfois la sûreté de l'État ou la tranquillité de la couro
– Sans doute, répondirent plusieurs voix.
– Eh bien! messieurs, poursuivit Loignac avec un accent terrible, ici même, aujourd'hui, on a trahi un conseil du roi, et rendu impossible peut-être une mesure que Sa Majesté voulait prendre.
La terreur commença de remplacer l'orgueil et l'admiration; les quarante-cinq se regardèrent les uns les autres avec défiance et inquiétude.
– Deux de vous, messieurs, ont été surpris en pleine rue, caquetant comme deux vieilles femmes, et jetant au brouillard des paroles si graves que chacune d'elles maintenant peut aller frapper un homme et le tuer.
Sainte-Maline s'avança aussitôt vers M. de Loignac et lui dit:
– Monsieur, je crois avoir l'ho
– Ceci est facile, répondit Loignac.
L'attention redoubla.
– Le roi a reçu avis aujourd'hui qu'un de ses e
Le nom de cet e
On vit en ce moment Pertinax de Montcrabeau et Perducas de Pincorney pâlir et se renverser presque défaillants l'un sur l'autre.
Montcrabeau, tout en chancelant, essaya de balbutier quelques excuses.
Aussitôt que, par leur trouble, les deux coupables se furent dénoncés, tous les regards se tournèrent vers eux.
– Rien ne peut vous justifier, monsieur, dit Loignac à Montcrabeau; si vous étiez ivre, vous devez être puni d'avoir bu; si vous n'étiez que vantard et orgueilleux, vous devez être puni encore.
Il se fit un silence terrible. M. de Loignac avait, on se le rappelle, en commençant, a
– En conséquence, continua Loignac, monsieur de Montcrabeau et vous aussi, monsieur de Pincorney, vous serez punis.
– Pardon, monsieur, répondit Pertinax; mais nous arrivons de province, nous sommes nouveaux à la cour, et nous ignorons l'art de vivre dans la politique.
– Il ne fallait pas accepter cet ho
– Nous serons à l'avenir muets comme des sépulcres, nous vous le jurons.
– Tout cela est bon, messieurs; mais réparerez-vous demain le mal que vous avez fait aujourd'hui?
– Nous tâcherons.
– Impossible, je vous dis, impossible!
– Alors pour cette fois, monsieur, pardo
– Vous vivez, reprit Loignac sans répondre directement à la prière des deux coupables, dans une apparente licence que je veux réprimer, moi, par une stricte discipline: entendez-vous bien cela, messieurs? Ceux qui trouveront la condition dure la quitteront; je ne suis pas embarrassé de volontaires qui les remplaceront.
Nul ne répondit; mais beaucoup de fronts se plissèrent.
– En conséquence, messieurs, reprit Loignac, il est bon que vous soyez prévenus de cela: la justice se fera parmi nous secrètement, expéditivement, sans écritures, sans procès; les traîtres seront punis de mort, et sur-le-champ. Il y a toutes sortes de prétextes à cela, et perso
Je ferai donc tuer, vous entendez bien cela, n'est-ce pas, messieurs? je ferai donc tuer en duel ou autrement quiconque aura trahi le secret du roi.
Montcrabeau défaillit tout à fait et s'appuya sur son compagnon, dont la pâleur devenait de plus en plus livide, et dont les dents étaient serrées à se rompre.
– J'aurai, reprit Loignac, pour les fautes moins graves, de moins graves punitions, la prison, par exemple, et j'en userai lorsqu'elle punira plus sévèrement le coupable qu'elle ne privera le roi.
Aujourd'hui je fais grâce de la vie à M. de Montcrabeau qui a parlé, et à M. de Pincorney qui a écouté; je leur pardo