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– C'est que, pour celui qui la tient, l'orgueil est un mauvais conseiller, et la colère un mauvais aide; maintenant écoutez, mon petit frère Jacques, ajouta-t-il, vous avez un joli poignet, mais vous n'avez ni jambes ni tête; vous êtes vif, mais ne raiso

– Oh! monsieur, dit Jacques, faites donc assaut avec frère Borromée; ce sera certainement bien beau à voir.

Chicot, dédaigneux, allait refuser la proposition; mais il réfléchit que peut-être l'orgueilleux trésorier en prendrait-il davantage.

– Soit, dit-il, et si frère Borromée y consent, je suis à ses ordres.

– Non, monsieur, répondit le trésorier, je serais battu; j'aime mieux l'avouer que de faire preuve.

– Oh! qu'il est modeste, qu'il est aimable! dit Gorenflot.

– Tu te trompes, lui répondit à l'oreille l'impitoyable Chicot, il est fou de vanité; à son âge, si j'eusse trouvé pareille occasion, j'eusse demandé à genoux la leçon que Jacques vient de recevoir.

Cela dit, Chicot reprit son gros dos, ses jambes circonflexes, sa grimace éternelle, et revint s'asseoir sur son banc.

Jacques le suivit; l'admiration l'emportait chez le jeune homme sur la honte de la défaite.

– Do

– Oui, mon enfant, répondit Gorenflot; avec plaisir.

– Je ne veux point marcher sur les brisées de votre maître, mon ami, dit Chicot; et il salua Borromée.

Borromée prit la parole.

– Je ne suis pas le seul maître de Jacques, dit-il, je n'enseigne pas seul les armes ici; n'ayant pas seul l'ho

– Qui donc est son autre professeur? se hâta de demander Chicot, voyant chez Borromée la rougeur qui décelait la crainte d'avoir commis une imprudence.

– Mais perso

– Si fait! si fait, dit Chicot, j'ai parfaitement entendu. Quel est donc votre autre maître, Jacques?

– Eh! oui, oui, dit Gorenflot; un gros court que vous m'avez présenté, Borromée, et qui vient ici quelquefois; une bo

– Je ne me rappelle plus son nom, dit Borromée.

Frère Eusèbe, avec sa mine béate et son couteau passé dans sa ceinture, s'avança niaisement.

– Je le sais, moi, dit-il.

Borromée lui fit des signes multipliés qu'il ne vit pas.

– C'est maître Bussy-Leclerc, continua-t-il, lequel a été professeur d'armes à Bruxelles.

– Ah! oui-dà, fit Chicot, maître Bussy-Leclerc! une bo

Et tout en disant cela avec toute la naïveté dont il était capable, Chicot attrapait au passage le coup d'œil furibond que dardait Borromée sur le malencontreux complaisant.

– Tiens, je ne savais pas qu'il s'appelât Bussy-Leclerc. On avait oublié de m'en informer, dit Gorenflot.

– Je n'avais pas cru que le nom intéressât le moins du monde Votre Seigneurie, dit Borromée.

– En effet, reprit Chicot, un maître d'armes ou un autre, pourvu qu'il soit bon, n'importe.

– En effet, n'importe, reprit Gorenflot, pourvu qu'il soit bon.

Et là-dessus il prit le chemin de l'escalier de son appartement, escorté de l'admiration générale.

L'exercice était terminé.

Au pied de l'escalier, Jacques réitéra sa demande à Chicot, au grand déplaisir de Borromée; mais Chicot répondit:

– Je ne sais pas démontrer, mon ami; je me suis fait tout seul avec de la réflexion et de la pratique; faites comme moi: à tout sain esprit le bien profite.

Borromée commanda un mouvement qui tourna tous les moines vers les bâtiments pour la rentrée. Gorenflot s'appuya sur Chicot et monta majestueusement l'escalier.

– J'espère, dit-il avec orgueil, que voilà une maison dévouée au service du roi, et bo

– Peste! je le crois bien, dit Chicot; on en voit de belles, révérend prieur, lorsque l'on vient chez vous.

– En un mois tout cela, en moins d'un mois même.

– Et fait par vous?

– Fait par moi, par moi seul, comme vous voyez, dit Gorenflot en se redressant.

– C'est plus que je n'attendais, mon ami, et quand je reviendrai de ma mission…

– Ah! c'est vrai, cher ami! parlons donc de votre mission.

– D'autant plus volontiers que j'ai un message, ou plutôt un messager, à envoyer au roi avant mon départ.

– Au roi, cher ami, un messager? vous correspondez donc avec le roi?

– Directement.

– Et il vous faut un messager, dites-vous?

– Il me faut un messager.

– Voulez-vous un de nos frères? Ce serait un ho

– Assurément.

– Je vais mettre deux de nos meilleures jambes à vos ordres. Mais contez-moi, Chicot, comment le roi qui vous croyait mort…

– Je vous l'ai déjà dit, je n'étais qu'en léthargie… et au moment venu j'ai ressuscité.

– Et pour rentrer en faveur? demanda Gorenflot.

– Plus que jamais, dit Chicot.

– Alors, fit Gorenflot en s'arrêtant, vous pourrez donc dire au roi tout ce que nous faisons ici dans son intérêt?

– Je n'y manquerai pas, mon ami, je n'y manquerai pas, soyez tranquille.

– Oh! cher Chicot, s'écria Gorenflot qui se voyait évêque.

– Mais d'abord, j'ai deux choses à vous demander.

– Lesquelles?

– La première, de l'argent, que le roi vous rendra.

– De l'argent! s'écria Gorenflot en se levant avec précipitation, j'en ai plein mes coffres.

– Vous êtes bien heureux, par ma foi, dit Chicot.

– Voulez-vous mille écus?

– Non pas, c'est beaucoup trop, cher ami, je suis modeste dans mes goûts, humble dans mes désirs; mon titre d'ambassadeur ne m'enorgueillit pas, et je le cache plutôt que je ne m'en vante: cent écus me suffiront.