Страница 45 из 81
– Celles où il t'a a
– Oui; eh bien, après?
– Si cette femme, amoureuse d'un charmant garçon comme le duc, car il est charmant, Joyeuse…
– Sans doute.
– Si cette femme le congédie en soupirant, c'est qu'elle a un motif.
– Probablement; sans cela elle ne le congédierait pas.
– Eh bien, ce motif, le sais-tu?
– Non.
– Tu ne le devines pas?
– Non.
– C'est que M. de Maye
– Oh! oh! fit le roi.
– Tu comprends enfin, je t'en félicite.
– Oui, je comprends; mais cependant…
– Cependant?
– Je ne trouve pas ta raison très forte.
– Do
– Pourquoi cette femme ne romprait-elle pas avec Maye
– Fort bien; mais M. de Maye
– Ah! tu peux avoir raison.
– C'est bien heureux.
– Oui, et je commence à croire que Maye
– Moi, Henri, je suis un homme prudent, un homme qui ai un compte ouvert avec M. de Maye
– Eh bien?
– Eh bien! il jouera si bien que je recevrai un coup de couteau.
– Bah! je co
– Tu as raison, je lui en rendrai dix dont il crèvera.
– Tant mieux, voilà la partie finie.
– Tant pis, morbleu! au contraire: tant pis, la famille poussera des cris affreux, tu auras toute la Ligue sur les bras, et quelque beau matin tu me diras: Chicot, mon ami, excuse-moi, mais je suis obligé de te faire rouer.
– Je dirai cela?
– Tu diras cela, et même, ce qui est bien pis, tu le feras, grand roi. J'aime donc mieux que cela tourne autrement, comprends-tu? Je ne suis pas mal comme je suis, j'ai envie de m'y tenir. Vois-tu, toutes ces progressions arithmétiques, appliquées à la rancune, me paraissent dangereuses; j'irai donc en Navarre, si tu veux bien m'y envoyer.
– Sans doute, je le veux.
– J'attends tes ordres, gracieux prince.
Et Chicot, prenant la même pose que Joyeuse, attendit.
– Mais, dit le roi, tu ne sais pas si la mission te conviendra.
– Du moment où je te la demande.
– C'est que, vois-tu, Chicot, dit Henri, j'ai certains projets de brouille entre Margot et son mari.
– Diviser pour régner, dit Chicot; il y a déjà cent ans que c'était l'A B C de la politique.
– Ainsi tu n'as aucune répugnance?
– Est-ce que cela me regarde? répondit Chicot; tu feras ce que tu voudras, grand prince. Je suis ambassadeur, voilà tout; tu n'as pas de comptes à me rendre, et pourvu que je sois inviolable… oh! quant à cela, tu comprends, j'y tiens.
– Mais encore, dit Henri, faut-il que tu saches ce que tu diras à mon beau-frère.
– Moi, dire quelque chose! non, non, non!
– Comment, non, non, non?
– J'irai où tu voudras, mais je ne dirai rien du tout. Il y a un proverbe là-dessus: trop gratter…
– Alors, tu refuses donc?
– Je refuse la parole, mais j'accepte la lettre.
Celui qui porte la parole a toujours quelque responsabilité; celui qui présente une lettre n'est jamais bousculé que de seconde main.
– Eh bien! soit, je te do
– Vois un peu comme cela se trouve! do
– Comment dis-tu cela?
– Je dis: do
Et Chicot étendit la main.
– Ah! ne te figure pas qu'une lettre comme celle-là peut être écrite tout de suite; il faut qu'elle soit combinée, réfléchie, pesée.
– Eh bien! pèse, réfléchis, combine. Je repasserai demain à la pointe du jour, ou je l'enverrai prendre.
– Pourquoi ne coucherais-tu pas ici?
– Ici?
– Oui, dans ton fauteuil.
– Peste! c'est fini. Je ne coucherai plus au Louvre; un fantôme qu'on verrait dormir dans un fauteuil, quelle absurdité!
– Mais enfin, s'écria le roi, je veux cependant que tu co
– Mon Dieu! fit Chicot en haussant les épaules, que tu as donc l'esprit obtus, grand roi! Comment! tu te figures que je vais porter une lettre à deux cent cinquante lieues sans savoir ce qu'il y a dedans!
Mais sois donc tranquille, ventre de biche! au premier coin de rue, sous le premier arbre où je m'arrêterai, je vais l'ouvrir, ta lettre. Comment! tu envoies depuis dix ans des ambassadeurs dans toutes les parties du monde, et tu ne les co
– Où est-elle, ta solitude?
– Au cimetière des Grands-I
Henri regarda Chicot avec cet éto
– Tu ne t'attendais pas à tout, n'est-ce pas? dit Chicot, prenant son feutre et son manteau: ce que c'est cependant que d'avoir des relations avec des gens de l'autre monde! C'est dit: à demain, moi ou mon messager.