Добавить в цитаты Настройки чтения

Страница 89 из 152

– Sire, je vous conseille la raison.

– La raison?… Ma sœur je n’ai plus de raison.

– Sire, par grâce!

– Ma sœur! par pitié, c’est la première fois que je supplie; ma sœur je n’ai plus d’espoir qu’en vous.

– Oh! Sire, vous pleurez?

– De rage, oui, d’humiliation. Avoir été obligé de m’abaisser aux prières, moi! le roi! Toute ma vie, je détesterai ce moment. Ma sœur, vous m’avez fait endurer en une seconde plus de maux que je n’en avais prévu dans les plus dures extrémités de cette vie.

Et le roi, se levant, do

Madame fut, non pas touchée, car les femmes les meilleures n’ont pas de pitié dans l’orgueil, mais elle eut peur que ces larmes n’entraînassent avec elles tout ce qu’il y avait d’humain dans le cœur du roi.

– Ordo

– Non, non, Henriette! s’écria Louis transporté de reco

– Je n’ai plus de frère, puisque j’obéis.

– Voulez-vous tout mon royaume pour remerciement?

– Comme vous aimez! dit-elle, quand vous aimez!

Il ne répondit pas. Il avait pris la main de Madame et la couvrait de baisers.

– Ainsi, dit-il, vous recevrez cette pauvre fille, vous lui pardo

– Je la maintiendrai dans ma maison.

– Non, vous lui rendrez votre amitié, ma chère sœur.

– Je ne l’ai jamais aimée.

– Eh bien! pour l’amour de moi, vous la traiterez bien, n’est-ce pas, Henriette?

– Soit! je la traiterai comme une fille à vous!

Le roi se releva. Par ce mot échappé si funestement, Madame avait détruit tout le mérite de son sacrifice. Le roi ne lui devait plus rien.

Ulcéré, mortellement atteint, il répliqua:

– Merci, madame, je me souviendrai éternellement du service que vous m’avez rendu.

Et saluant avec une affectation de cérémonie, il prit congé.

En passant devant une glace, il vit ses yeux rouges et frappa du pied avec colère.

Mais il était trop tard: Malicorne et d’Artagnan, placés à la porte, avaient vu ses yeux.

«Le roi a pleuré», pensa Malicorne.

D’Artagnan s’approcha respectueusement du roi.

– Sire, dit-il tout bas, il vous faut prendre le petit degré pour rentrer chez vous.

– Pourquoi?

– Parce que la poussière du chemin a laissé des traces sur votre visage, dit d’Artagnan. Allez, Sire, allez!

«Mordioux! pensa-t-il, quand le roi eut cédé comme un enfant, gare à ceux qui feront pleurer celle qui fait pleurer le roi.»

Chapitre CLXX – Le mouchoir de Mademoiselle de La Vallière

Madame n’était pas méchante: elle n’était qu’emportée. Le roi n’était pas imprudent: il n’était qu’amoureux.

À peine tous deux eurent-ils fait cette sorte de pacte, qui aboutissait au rappel de La Vallière, que l’un et l’autre cherchèrent à gagner sur le marché.

Le roi voulut voir La Vallière à chaque instant du jour.

Madame, qui sentait le dépit du roi depuis la scène des supplications, ne voulait pas abando

Elle semait donc les difficultés sous les pas du roi.

En effet, le roi, pour obtenir la présence de sa maîtresse, devait être forcé de faire la cour à sa belle-sœur.

De ce plan dérivait toute la politique de Madame.

Comme elle avait choisi quelqu’un pour la seconder, et que ce quelqu’un était Montalais, le roi se trouva cerné chaque fois qu’il venait chez Madame. On l’entourait, et on ne le quittait pas. Madame déployait dans ses entretiens une grâce et un esprit qui éclipsaient tout.

Montalais lui succédait. Elle ne tarda pas à devenir insupportable au roi.

C’est ce qu’elle attendait.

Alors elle lança Malicorne; celui-ci trouva le moyen de dire au roi qu’il y avait une jeune perso

Le roi demanda qui était cette perso

Malicorne répondit que c’était Mlle de Montalais.

Alors le roi déclara que c’était bien fait qu’une perso

Malicorne s’expliqua, Mlle de Montalais avait do

Le roi ouvrit les yeux; il remarqua que Madame, sitôt que Sa Majesté paraissait, paraissait aussi; qu’elle était dans les corridors jusqu’après le départ du roi; qu’elle le reconduisait de peur qu’il ne parlât dans les antichambres à quelqu’une des filles.

Un soir, elle alla plus loin.

Le roi était assis au milieu des dames, et il tenait dans sa main, sous sa manchette, un billet qu’il voulait glisser dans les mains de La Vallière.

Madame devina cette intention et ce billet. Il était bien difficile d’empêcher le roi d’aller où bon lui semblait.

Cependant il fallait l’empêcher d’aller à La Vallière, de lui dire bonjour, et de laisser tomber le billet sur ses genoux, derrière son éventail ou dans son mouchoir.

Le roi, qui observait aussi, se douta qu’on lui tendait un piège.

Il se leva et transporta son fauteuil sans affectation près de Mlle de Châtillon, avec laquelle il badina.

On faisait des bouts rimés; de Mlle de Châtillon, il alla vers Montalais, puis vers Mlle de To

Alors, par cette manœuvre habile, il se trouva assis devant La Vallière, qu’il masquait entièrement.

Madame feignait une grande occupation: elle rectifiait un dessin de fleurs sur un canevas de tapisserie.

Le roi montra le bout du billet blanc à La Vallière, et celle-ci allongea son mouchoir, avec un regard qui voulait dire: «Mettez le billet dedans.»

Puis, comme le roi avait posé son mouchoir à lui sur son fauteuil, il fut assez adroit pour le jeter par terre.