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– Taisons-nous donc.

– Non, continuez. Cette promenade a été suivie d’autres?

– Non, c’est-à-dire, oui; il y a eu l’aventure du chêne. Est-ce cela? Je n’en sais rien.

Raoul se leva. De Guiche essaya de l’imiter malgré sa faiblesse.

– Voyez-vous, dit-il, je n’ajouterai pas un mot; j’en ai trop dit ou trop peu. D’autres vous renseigneront s’ils veulent ou s’ils peuvent: mon office était de vous avertir, je l’ai fait. Surveillez à présent vos affaires vous-même.

– Questio

– Mais je ne sais rien, vous dis-je! J’étais blessé, fiévreux: j’avais perdu l’esprit, je n’ai de cela qu’une teinture effacée. Mais, pardieu! nous cherchons loin quand nous avons notre homme sous la main. Est-ce que vous n’avez pas d’Artagnan pour ami?

– Oh! c’est vrai, c’est vrai!

– Allez donc à lui. Il fera la lumière, et ne cherchera pas à blesser vos yeux.

Un laquais entra.

– Qu’y a-t-il? demanda de Guiche.

– On attend M. le comte dans le cabinet des Porcelaines.

– Bien. Vous permettez, cher Raoul? Depuis que je marche, je suis si fier!

– Je vous offrirais mon bras, de Guiche, si je ne devinais que la perso

– Je crois que oui, repartit de Guiche en souriant.

Et il quitta Raoul.

Celui-ci demeura immobile, absorbé, écrasé, comme le mineur sur qui une voûte vient de s’écrouler; il est blessé, son sang coule, sa pensée s’interrompt, il essaie de se remettre et de sauver sa vie avec sa raison. Quelques minutes suffirent à Raoul pour dissiper les éblouissements de ces deux révélations. Il avait déjà ressaisi le fil de ses idées quand, soudain, à travers la porte, il crut reco

– Elle! s’écria-t-il. Oui, c’est bien sa voix. Oh! voilà une femme qui pourrait me dire la vérité; mais, la questio

Il s’enfuit hors de chez le comte, et, tout en se reprochant de n’avoir parlé que de lui-même à de Guiche, il arriva chez d’Artagnan.

Chapitre CXC – Bragelo

Le capitaine était de service; il faisait sa huitaine, enseveli dans le fauteuil de cuir, l’éperon fiché dans le parquet, l’épée entre les jambes, et lisait force lettres en tortillant sa moustache.

D’Artagnan poussa un grognement de joie en apercevant le fils de son ami.

– Raoul, mon garçon, dit-il, par quel hasard est-ce que le roi t’a rappelé?

Ces mots so

– Ma foi! je n’en sais rien. Ce que je sais, c’est que je suis revenu.

– Hum! fit d’Artagnan en repliant les lettres avec un regard plein d’intention dirigé vers son interlocuteur. Que dis-tu là, garçon? Que le roi ne t’a pas rappelé, et que te voilà revenu? Je ne comprends pas bien cela.

Raoul était déjà pâle, il roulait déjà son chapeau d’un air contraint.

– Quelle diable de mine fais-tu, et quelle conversation mortuaire! fit le capitaine. Est-ce que c’est en Angleterre qu’on prend ces façons-là? Mordioux! j’y ai été, moi, en Angleterre, et j’en suis revenu gai comme un pinson. Parleras-tu?

– J’ai trop à dire.

– Ah! ah! Comment va ton père?

– Cher ami, pardo

D’Artagnan redoubla l’acuité de ce regard auquel nul secret ne résistait.

– Tu as du chagrin? dit-il.

– Pardieu! vous le savez bien, monsieur d’Artagnan.

– Moi?

– Sans doute. Oh! ne faites pas l’éto

– Je ne fais pas l’éto

– Cher capitaine, je sais fort bien qu’au jeu de la finesse comme au jeu de la force, je serai battu par vous. En ce moment, voyez-vous, je suis un sot, et je suis un ciron. Je n’ai ni cerveau ni bras, ne me méprisez pas, aidez-moi. En deux mots, je suis le plus misérable des êtres vivants.

– Oh! oh! pourquoi cela? demanda d’Artagnan en débouclant son ceinturon et en adoucissant son sourire.

– Parce que Mlle de La Vallière me trompe.

D’Artagnan ne changea pas de physionomie.

– Elle te trompe! elle te trompe! voilà de grands mots. Qui te les a dits?

– Tout le monde.

– Ah! si tout le monde l’a dit, il faut qu’il y ait quelque chose de vrai. Moi, je crois au feu quand je vois la fumée. Cela est ridicule, mais cela est.

– Ainsi, vous croyez? s’écria vivement Bragelo

– Ah! si tu me prends à partie…

– Sans doute.

– Je ne me mêle pas de ces affaires-là, moi; tu le sais bien.

– Comment, pour un ami? pour un fils?

– Justement. Si tu étais un étranger, je te dirais… je ne te dirais rien du tout… Comment va Porthos, le sais-tu?

– Monsieur, s’écria Raoul, en serrant la main de d’Artagnan, au nom de cette amitié que vous avez vouée à mon père!

– Ah! diable! tu es bien malade… de curiosité.

– Ce n’est pas de curiosité, c’est d’amour.

– Bon! autre grand mot. Si tu étais réellement amoureux, mon cher Raoul, ce serait différent.

– Que voulez-vous dire?

– Je te dis que, si tu étais pris d’un amour tellement sérieux, que je pusse croire m’adresser toujours à ton cœur… Mais c’est impossible.

– Je vous dis que j’aime éperdument Louise.