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– Mon protecteur, ajouta Raoul en rougissant.
– L'un des plus ho
– Ho
– M. de Bragelo
– C'est vrai, monseigneur; mais aujourd'hui, les soldat sont des généraux.
Ce compliment, qui sentait si peu son flatteur, fit tressaillir de joie un homme que toute l'Europe regardait comme un héros et qui pouvait être blasé sur la louange.
– Il est fâcheux pour moi, repartit le prince, que vous vous soyez retiré du service, monsieur le comte; car, incessamment, il faudra que le roi s'occupe d'une guerre avec la Hollande ou d'une guerre avec l'Angleterre, et les occasions ne manqueront point pour un homme comme vous qui co
– Je crois pouvoir vous dire, monseigneur, que j'ai sagement fait de me retirer du service, dit Athos en souriant. La France et la Grande-Bretagne vont désormais vivre comme deux sœurs, si j'en crois mes pressentiments.
– Vos pressentiments?
– Tenez, monseigneur, écoutez ce qui se dit là-bas à la table de M. le cardinal.
– Au jeu?
– Au jeu… Oui, monseigneur.
Le cardinal venait en effet de se soulever sur un coude et de faire un signe au jeune frère du roi, qui s'approcha de lui.
– Monseigneur, dit le cardinal, faites ramasser, je vous prie, tous ces écus d'or.
Et il désignait l'énorme amas de pièces fauves et brillantes que le comte de Guiche avait élevé peu à peu devant lui, grâce à une veine des plus heureuses.
– À moi? s'écria le duc d'Anjou.
– Ces cinquante mille écus, oui, monseigneur; ils sont à vous.
– Vous me les do
– J'ai joué à votre intention, monseigneur, répliqua le cardinal en s'affaiblissant peu à peu, comme si cet effort de do
– Oh! mon Dieu, murmura Philippe presque étourdi de joie, la belle journée!
Et lui-même, faisant le râteau avec ses doigts, attira une partie de la somme dans ses poches, qu'il remplit…
Cependant plus d'un tiers restait encore sur la table.
– Chevalier, dit Philippe à son favori le chevalier de Lorraine, viens.
Le favori accourut.
– Empoche le reste, dit le jeune prince.
Cette scène singulière ne fut prise par aucun des assistants que comme une touchante fête de famille. Le cardinal se do
– Jamais je n'ai eu tant d'argent, dit joyeusement le jeune prince en traversant la chambre avec son favori pour aller gagner son carrosse. Non, jamais… Comme c'est lourd, cent cinquante mille livres!
– Mais pourquoi M. le cardinal do
– Oui, monseigneur, bien malade sans doute; il a d'ailleurs mauvaise mine, comme Votre Altesse peut le voir.
– Certes… Mais il en mourra!… Cent cinquante mille livres!… Oh! c'est à ne pas croire. Voyons, comte, pourquoi? Trouvez-nous une raison.
– Monseigneur, patientez, je vous prie; voilà M. le duc d'Anjou qui vient de ce côté causant avec le chevalier de Lorraine; je ne serais pas surpris qu'ils m'épargnassent la peine d'être indiscret. Écoutez-les.
En effet, le chevalier disait au prince à demi-voix:
– Monseigneur, ce n'est pas naturel que M. Mazarin vous do
– Quand je vous disais, murmura Athos à l'oreille de M. le prince; voici peut-être la réponse à votre question.
– Dites donc, monseigneur? réitéra impatiemment le chevalier, qui supputait, en pesant sa poche, la quotité de la somme qui lui était échue par ricochet.
– Mon cher chevalier, cadeau de noces.
– Comment, cadeau de noces!
– Eh! oui, je me marie! répliqua le duc d'Anjou, sans s'apercevoir qu'il passait à ce moment même devant M. le prince et devant Athos, qui tous deux le saluèrent profondément.
Le chevalier lança au jeune duc un regard si étrange, si haineux, que le comte de La Fère en tressaillit.
– Vous! vous marier! répéta-t-il. Oh! c'est impossible. Vous feriez cette folie!
– Bah! ce n'est pas moi qui la fais; on me la fait faire, répliqua le duc d'Anjou. Mais viens vite; allons dépenser notre argent.
Là-dessus, il disparut avec son compagnon riant et causant, tandis que les fronts se courbaient sur son passage.
Alors M. le prince dit tout bas à Athos:
– Voilà donc le secret?
– Ce n'est pas moi qui vous l'ai dit, monseigneur.
– Il épouse la sœur de Charles II?
– Je crois que oui.
Le prince réfléchit un moment et son œil lança un vif éclair.
– Allons, dit-il avec lenteur, comme s'il se parlait à lui-même, voilà encore une fois les épées au croc… pour longtemps!
Et il soupira.
Tout ce que renfermait ce soupir d'ambitions sourdement étouffées, d'illusions éteintes, d'espérances déçues, Athos seul le devina, car seul il avait entendu le soupir.
Aussitôt M. le prince prit congé, le roi partait. Athos, avec un signe qu'il fit à Bragelo
Peu à peu la chambre devint déserte, et Mazarin resta seul en proie à des souffrances qu'il ne songeait plus à dissimuler.
– Bernouin! Bernouin! cria-t-il d'une voix brisée.