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Chapitre XLI – Le récit
La malice du cardinal ne laissait pas beaucoup de choses à dire à l'ambassadeur; cependant le mot de restauration avait frappé le roi, qui, s'adressant au comte, sur lequel il avait les yeux fixés depuis son entrée:
– Monsieur, dit-il, veuillez nous do
– Monsieur, dit le cardinal en se tournant vers la reine mère, est un ancien serviteur de Votre Majesté, M. le comte de La Fère.
A
– Monsieur, continua le cardinal, était un mousquetaire Tréville, au service du feu roi… Monsieur co
Ces mots faisaient allusion à tous les souvenirs qu'A
Ces mots avaient bien de la puissance, car ils rendirent muettes et attentives toutes les perso
– Parlez, monsieur, dit Louis XIV, sorti le premier du trouble, des soupçons et des souvenirs.
– Oui, parlez, ajouta Mazarin, à qui la petite méchanceté faite à A
– Sire, dit le comte, une sorte de miracle a changé toute la destinée du roi Charles II. Ce que les hommes n'avaient pu faire jusque-là, Dieu s'est résolu à l'accomplir.
Mazarin toussa en se démenant dans son lit.
– Le roi Charles II, continua Athos, est sorti de La Haye, non plus en fugitif ou en conquérant, mais en roi absolu qui, après un voyage loin de son royaume, revient au milieu des bénédictions universelles.
– Grand miracle en effet, dit Mazarin, car si les nouvelles ont été vraies, le roi Charles II, qui vient de rentrer au milieu des bénédictions, était sorti au milieu des coups de mousquet.
Le roi demeura impassible.
Philippe, plus jeune et plus frivole, ne put réprimer un sourire qui flatta Mazarin comme un applaudissement de sa plaisanterie.
– En effet, dit le roi, il y a eu miracle; mais Dieu, qui fait tant pour les rois, monsieur le comte, emploie cependant la main des hommes pour faire triompher ses desseins. À quels hommes principalement Charles II doit-il son rétablissement?
– Mais, interrompit le cardinal sans aucun souci de l'amour-propre du roi, Votre Majesté ne sait-elle pas que c'est à M. Monck?…
– Je dois le savoir, répliqua résolument Louis XIV; cependant, je demande à M. l'ambassadeur les causes du changement de ce M. Monck.
– Et Votre Majesté touche précisément la question, répondit Athos; car, sans le miracle dont j'ai eu l'ho
– Voilà précisément aussi le détail que je demandais, fit le roi… Quels sont ces deux hommes dont vous parlez?
– Deux Français, Sire.
– En vérité, j'en suis heureux.
– Et les deux idées? s'écria Mazarin. Je suis plus curieux des idées que des hommes, moi.
– Oui, murmura le roi.
– La deuxième, l'idée dévouée, raiso
– Oh! oh! dit Mazarin ranimé à ce mot million… mais Newcastle était précisément occupé par ce même Monck?
– Oui, monsieur le cardinal, voilà pourquoi j'ai osé appeler l'idée courageuse en même temps que dévouée. Il s'agissait donc, si M. Monck refusait les offres du négociateur, de réintégrer le roi Charles II dans la propriété de ce million que l'on devait arracher à la loyauté et non plus au loyalisme du général Monck… Cela se fit malgré quelques difficultés; le général fut loyal et laissa emporter l'or.
– Il me semble, dit le roi timide et rêveur, que Charles II n'avait pas co
– Il me semble, ajouta le cardinal malicieusement, que Sa Majesté le roi de la Grande-Bretagne savait parfaitement l'existence du million, mais qu'elle préférait deux millions à un seul.
– Sire, répondit Athos avec fermeté, Sa Majesté le roi Charles II s'est trouvé en France tellement pauvre, qu'il n'avait pas d'argent pour prendre la poste; tellement dénué d'espérances, qu'il pensa plusieurs fois à mourir. Il ignorait si bien l'existence du million de Newcastle, que sans un gentilhomme, sujet de Votre Majesté, dépositaire moral du million et qui révéla le secret à Charles II, ce prince végéterait encore dans le plus cruel oubli.
– Passons à l'idée ingénieuse, étrange et hardie, interrompit Mazarin, dont la sagacité pressentait un échec. Quelle était cette idée?
– La voici. M. Monck faisant seul obstacle au rétablissement de Sa Majesté le roi déchu, un Français imagina de supprimer cet obstacle.
– Oh! oh! mais c'est un scélérat que ce Français-là, dit Mazarin, et l'idée n'est pas tellement ingénieuse qu'elle ne fasse brancher ou rouer son auteur en place de Grève par arrêt du Parlement.
– Votre Éminence se trompe, dit sèchement Athos; je n'ai pas dit que le Français en question eût résolu d'assassiner Monck, mais bien de le supprimer. Les mots de la langue française ont une valeur que des gentilshommes de France co
Le roi s'animait au récit des belles actions. Le jeune frère de Sa Majesté frappa du poing sur la table en s'écriant: