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– C'est vrai, un brave et excellent homme, qui fit une triste vie, mais une bien belle mort.
– Eh bien! mon cher d'Artagnan, comprenez ceci: à ce roi, à cet homme de cœur, à cet ami de ma pensée, si j'ose le dire, je jurai à l'heure suprême de conserver fidèlement le secret d'un dépôt qui devait être remis à son fils pour l'aider dans l'occasion; ce jeune homme m'est venu trouver; il m'a raconté sa misère, il ignorait que je fusse autre chose pour lui qu'un souvenir vivant de son père, j'ai accompli envers Charles II ce que j'avais promis à Charles Ier, voilà tout. Que m'importe donc qu'il soit ou non reco
– J'ai toujours dit, répondit d'Artagnan avec un soupir, que le désintéressement était la plus belle chose du monde.
– Eh bien! quoi! cher ami, reprit Athos, vous-même n'êtes-vous pas dans la même situation que moi? Si j'ai bien compris vos paroles, vous vous êtes laissé toucher par le malheur de ce jeune homme; c'est de votre part bien plus beau que de la mie
«Qu'importe! voulez-vous rendre à Planchet son argent? Je comprends cela, mon ami, car il ne convient pas qu'un gentilhomme emprunte à son inférieur sans lui rendre capital et intérêts. Eh bien! je vendrai La Fère s'il le faut, ou, s'il n'est besoin, quelque petite ferme. Vous paierez Planchet, et il restera, croyez-moi, encore assez de grain pour nous deux et pour Raoul dans mes greniers. De cette façon, mon ami, vous n'aurez d'obligation qu'à vous-même, et, si je vous co
– Athos! Athos! murmura d'Artagnan rêveur, je vous l'ai dit une fois, le jour où vous prêcherez, j'irai au sermon; le jour où vous me direz qu'il y a un enfer, mordioux! j'aurai peur du gril et des fourches. Vous êtes meilleur que moi, ou plutôt meilleur que tout le monde, et je ne me reco
– Je ne co
– Eh! mais c'est la taverne de la Corne-du -Cerf, ce me semble? dit d'Artagnan.
– Je vous avoue, mon ami, que je l'ai un peu choisie pour cela. J'aime les ancie
– Après avoir découvert la demeure du bourreau masqué? Oui, ce fut un terrible jour!
– Venez donc alors, dit Athos en l'interrompant.
Ils entrèrent dans la salle autrefois commune. La taverne en général, et cette salle commune en particulier, avaient subi de grandes transformations; l'ancien hôte des mousquetaires, devenu assez riche pour un hôtelier, avait fermé boutique et fait de cette salle dont nous parlions un entrepôt de denrées coloniales. Quant au reste de la maison, il le louait tout meublé aux étrangers.
Ce fut avec une indicible émotion que d'Artagnan reco
– Il y a onze ans! s'écria d'Artagnan. Mordioux! il me semble qu'il y a un siècle.
– Et à moi qu'il y a un jour, dit Athos. Voyez-vous la joie que j'éprouve, mon ami, à penser que je vous tiens là, que je serre votre main, que je puis jeter bien loin l'épée et le poignard, toucher sans défiance à ce flacon de xérès. Oh! cette joie, en vérité, je ne pourrais vous l'exprimer que si nos deux amis étaient là, aux deux angles de cette table, et Raoul, mon bien-aimé Raoul, sur le seuil, à nous regarder avec ses grands yeux si brillants et si doux!
– Oui, oui, dit d'Artagnan fort ému, c'est vrai. J'approuve surtout cette première partie de votre pensée: il est doux de sourire là où nous avons si légitimement frisso
En ce moment la porte s'ouvrit, et d'Artagnan, tout brave qu’il était, ne put retenir un léger mouvement d'effroi.
Athos le comprit et souriant:
– C'est notre hôte, dit-il, qui m'apporte quelque lettre.
– Oui, milord, dit le bonhomme, j'apporte en effet une lettre à Votre Ho
– Merci, dit Athos prenant la lettre sans regarder. Dites-moi, mon cher hôte, vous ne reco
Le vieillard leva la tête et regarda attentivement d'Artagnan.
– Non, dit-il.
– C'est, dit Athos, un de ces amis dont je vous ai parlé, et qui logeait ici avec moi il y a onze ans.
– Oh! dit le vieillard, il a logé ici tant d'étrangers!
– Mais nous y logions, nous, le 30 janvier 1649 ajouta Athos, croyant stimuler par cet éclaircissement la mémoire paresseuse de l'hôte.
– C'est possible, répondit-il en souriant, mais il y a si longtemps!
Il salua et sortit.
– Merci, dit d'Artagnan, faites des exploits, accomplissez des révolutions, essayez de graver votre nom dans la pierre ou sur l'airain avec de fortes épées; il y a quelque chose de plus rebelle, de plus dur, de plus oublieux que le fer, l'airain et la pierre, c'est le crâne vieilli du premier logeur enrichi dans son commerce; il ne me reco
Athos, tout en souriant, décachetait la lettre.
– Ah! dit-il, une lettre de Parry.
– Oh! oh! fit d'Artagnan, lisez mon ami, lisez, elle contient sans doute du nouveau.
Athos secoua la tête et lut:
«Monsieur le comte, Le roi a éprouvé bien du regret de ne pas vous voir aujourd'hui près de lui à son entrée; Sa Majesté me charge de vous le mander et de la rappeler à votre souvenir. Sa Majesté attendra Votre Ho
Je suis avec respect, monsieur le comte, de Votre Ho
– Vous le voyez, mon cher d'Artagnan, dit Athos, il ne faut pas désespérer du cœur des rois.