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Monck, éto
– Je vous remercie, monsieur, dit-il; mais, d'abord, qui êtes-vous, je vous prie?
– J'ai déjà dit mon nom à votre sergent, milord.
– Excusez-le, monsieur; il est écossais, il a éprouvé de la difficulté à le retenir.
– Je m'appelle le comte de La Fère, monsieur, dit Athos en s'inclinant.
– Le comte de La Fère? dit Monck, cherchant à se souvenir. Pardon, monsieur, mais il me semble que c'est la première fois que j’entends ce nom. Remplissez-vous quelque poste à la cour de France?
– Aucun. Je suis simple gentilhomme.
– Quelle dignité?
– Le roi Charles Ier m'a fait chevalier de la Jarretière, et la reine A
– La Jarretière! le Saint-Esprit! vous êtes chevalier de ces deux ordres, monsieur?
– Oui.
– Et à quelle occasion une pareille faveur vous a-t-elle été accordée?
– Pour services rendus à Leurs Majestés.
Monck regarda avec éto
– C'est bien vous, dit-il, qui hier vous êtes présenté aux avant-postes?
– Et qu'on a renvoyé; oui, milord.
– Beaucoup d'officiers, monsieur, ne laissent entrer perso
– Milord, vous avez d'autant mieux fait de me recevoir, qu'il ne s'agit en rien ni de la bataille que vous allez livrer au général Lambert, ni de votre camp, et la preuve, c'est que j'ai détourné la tête pour ne pas voir vos hommes, et fermé les yeux pour ne pas compter vos tentes. Non, je viens vous parler, milord, pour moi.
– Parlez donc, monsieur, dit Monck.
– Tout à l'heure, continua Athos, j'avais l'ho
– Je sais, dit froidement Monck.
– J'avais en ce moment une forte somme en or, et à la veille de la bataille, par pressentiment peut-être de la façon dont les choses se devaient passer le lendemain, je la cachai dans la principale cave du couvent de Newcastle, dans la tour dont vous voyez d'ici le sommet argenté par la lune.
«Mon trésor a donc été enterré là, et je venais prier Votre Ho
Monck se co
– Monsieur, dit-il, vous avez en effet bien auguré de moi. Mais la somme vaut-elle la peine que vous vous exposiez? Croyez-vous même qu'elle soit encore à l'endroit où vous l'avez laissée?
– Elle y est, monsieur, n'en doutez pas.
– Voilà pour une question; mais pour l'autre?… Je vous ai demandé si la somme était tellement forte que vous dussiez vous exposer ainsi.
– Elle est forte réellement, oui, milord, car c'est un million que j'ai renfermé dans deux barils.
– Un million! s'écria Monck, que cette fois à son tour Athos regardait fixement et longuement Monck s'en aperçut; alors sa défiance revint.
«Voilà, se dit-il, un homme qui me tend un piège…»
– Ainsi, monsieur, reprit-il, vous voudriez retirer cette somme, à ce que je comprends?
– S'il vous plaît, milord.
– Aujourd'hui?
– Ce soir même, et à cause des circonstances que je vous ai expliquées.
– Mais, monsieur, objecta Monck, le général Lambert est aussi près de l'abbaye où vous avez affaire que moi-même, pourquoi donc ne vous êtes-vous pas adressé à lui?
– Parce que, milord, quand on agit dans les circonstances importantes, il faut consulter son instinct avant toutes choses. Eh bien! le général Lambert ne m'inspire pas la confiance que vous m'inspirez.
– Soit, monsieur. Je vous ferai retrouver votre argent, si toutefois il y est encore, car, enfin, il peut n'y être plus. Depuis 1648, douze ans sont révolus, et bien des événements se sont passés.
Monck insistait sur ce point pour voir si le gentilhomme français saisirait l'échappatoire qui lui était ouverte; mais Athos ne sourcilla point.
– Je vous assure, milord, dit-il fermement, que ma conviction à l'endroit des deux barils est qu'ils n'ont changé ni de place ni de maître.
Cette réponse avait enlevé à Monck un soupçon, mais elle lui en avait suggéré un autre.
Sans doute ce Français était quelque émissaire envoyé pour induire en faute le protecteur du Parlement; l'or n'était qu'un leurre; sans doute encore, à l'aide de ce leurre, on voulait exciter la cupidité du général. Cet or ne devait pas exister. Il s'agissait, pour Monck, de prendre en flagrant délit de mensonge et de ruse le gentilhomme français, et de se tirer du mauvais pas même où ses e
Monck, une fois fixé sur ce qu'il avait à faire:
– Monsieur, dit-il à Athos, sans doute vous me ferez l'ho
– Oui, milord, répondit Athos en s'inclinant, car vous me faites un ho
– C'est d'autant plus gracieux à vous d'accepter avec cette franchise, que mes cuisiniers sont peu nombreux et peu exercés, et que mes approvisio