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– Et ma moitié à moi? dit Planchet.

– Je l'emporte.

– Votre confiance m'honore, dit Planchet; mais si vous ne revenez pas?

– C'est possible, quoique la chose soit peu vraisemblable, Alors, Planchet, pour le cas où je ne reviendrais pas, do

D'Artagnan prit une plume, du papier et écrivit sur une simple feuille:

«Moi, d'Artagnan, je possède vingt mille livres économisées sou à sou depuis trente-trois ans que je suis au service de Sa Majesté le roi de France. J'en do

«En fin de quoi j'ai signé les présentes.

«D'Artagnan.

Planchet paraissait fort curieux de savoir ce qu'avait écrit d'Artagnan.

– Tiens, dit le mousquetaire à Planchet, lis.

Aux dernières lignes, les larmes vinrent aux yeux de Planchet.

– Vous croyez que je n'eusse pas do

D'Artagnan sourit.

– Accepte, Planchet, accepte, et de cette façon tu ne perdras que quinze mille francs au lieu de vingt, et tu ne seras pas tenté de faire affront à la signature de ton maître et ami, en cherchant à ne rien perdre du tout.

Comme il co

Cependant le premier passait pour un esprit subtil parmi les plus fins esprits de la cour de France. Quant au second, il s'était acquis à bon droit la réputation d'une des plus fortes cervelles parmi les marchands épiciers de la rue des Lombards, par conséquent de Paris, par conséquent de France.

Or, à n'envisager ces deux hommes qu'au point de vue de tous les hommes, et les moyens à l'aide desquels ils comptaient remettre un roi sur son trône que comparativement aux autres moyens, le plus mince cerveau du pays où les cerveaux sont les plus minces se fût révolté contre l'outrecuidance du lieutenant et la stupidité de son associé. Heureusement d'Artagnan n'était pas homme à écouter les sornettes qui se débitaient autour de lui, ni les commentaires que l'on faisait sur lui. Il avait adopté la devise: «Faisons bien et laissons dire.» Planchet, de son côté, avait adopté celle-ci: «Laissons faire et ne disons rien.» Il en résultait que, selon l'habitude de tous les génies supérieurs, ces deux hommes se flattaient intra pectus d'avoir raison contre tous ceux qui leur do

Pour commencer, d'Artagnan se mit en route par le plus beau temps du monde, sans nuages au ciel, sans nuages à l'esprit, joyeux et fort, calme et décidé, gros de sa résolution, et par conséquent portant avec lui une dose décuple de ce fluide puissant que les secousses de l'âme font jaillir des nerfs et qui procurent à la machine humaine une force et une influence dont les siècles futurs se rendront, selon toute probabilité, plus arithmétiquement compte que nous ne pouvons le faire aujourd'hui. Il remonta, comme aux temps passés, cette route féconde en aventures qui l'avait conduit à Boulogne et qu'il faisait pour la quatrième fois. Il put presque, chemin faisant, reco

D'Artagnan ne fut pas peut-être aussi gai cette fois qu'il l’eût été avec la perspective de trouver quelques bons amis à Calais au lieu de celle qu'il avait d'y rencontrer les dix sacripants; mais cependant la mélancolie ne le visita point plus d'une fois par jour, et ce fut cinq visites à peu près qu'il reçut de cette sombre déité avant d'apercevoir la mer à Boulogne, encore les visites furent-elles courtes.

Mais, une fois là, d'Artagnan se sentit près de l'action, et tout autre sentiment que celui de la confiance disparut, pour ne plus jamais revenir. De Boulogne, il suivit la côte jusqu'à Calais. Calais était le rendez-vous général, et dans Calais il avait désigné à chacun de ses enrôlés l'hôtellerie du Grand-Monarque, où la vie n'était point chère, où les matelots faisaient la chaudière, où les hommes d'épée, à fourreau de cuir, bien entendu, trouvaient gîte, table, nourriture, et toutes les douceurs de la vie enfin, à trente sous par jour. D'Artagnan se proposait de les surprendre en flagrant délit de vie errante, et de juger par la première apparence s'il fallait compter sur eux comme sur de bons compagnons.

Il arriva le soir, à quatre heures et demie, à Calais.

Chapitre XXII – D'Artagnan voyage pour la maison Planchet et Compagnie

L'hôtellerie du Grand-Monarque était située dans une petite rue parallèle au port, sans do

D'Artagnan arriva sur le port, prit une de ces rues, et tomba inopinément devant l'hôtellerie du Grand-Monarque. Le moment était bien choisi et put rappeler à d'Artagnan son début à l'hôtellerie du Franc-Meunier, à Meung. Des matelots qui venaient de jouer aux dés s'étaient pris de querelle et se menaçaient avec fureur. L'hôte, l'hôtesse et deux garçons surveillaient avec anxiété le cercle de ces mauvais joueurs, du milieu desquels la guerre semblait prête à s'élancer toute hérissée de couteaux et de haches.

Le jeu, cependant, continuait.

Un banc de pierre était occupé par deux hommes qui semblaient ainsi veiller à la porte; quatre tables placées au fond de la chambre commune étaient occupées par huit autres individus. M. les hommes du banc ni les hommes des tables ne prenaient part ni à la querelle ni au jeu. D'Artagnan reco