Страница 156 из 159
– Ah! Porthos, s'écria d'Artagnan en laissant tomber ses bras comme un vaincu qui rend son épée; ah! mon ami, vous n'êtes pas seulement un topographe herculéen, vous êtes encore un dialecticien de première trempe.
– N'est-ce pas, répondit Porthos, que c'est puissamment raiso
Et il souffla comme le congre que d'Artagnan avait laissé échapper le matin.
– Et maintenant, continua d'Artagnan, ce maraud qui accompagne M. Gétard est-il aussi de la maison de M. Fouquet?
– Oh! fit Porthos avec mépris, c'est un M. Jupenet ou Juponet, une espèce de poète.
– Qui vient s'établir ici?
– Je crois que oui.
– Je pensais que M. Fouquet avait bien assez de poètes là-bas: Scudéry, Loret, Pellisson, La Fontaine. S'il faut que je vous dise la vérité, Porthos, ce poète-là vous déshonore.
– Eh! mon ami, ce qui nous sauve, c'est qu'il n'est pas ici comme poète.
– Comment donc y est-il?
– Comme imprimeur, et même vous me faites songer que j'ai un mot à lui dire, à ce cuistre.
– Dites.
Porthos fit un signe à Jupenet, lequel avait bien reco
Ce signe était tellement impératif, qu'il fallait obéir cette fois.
Il s'approcha donc.
– Ça! dit Porthos, vous voilà débarqué d'hier et vous faites déjà des vôtres.
– Comment cela, monsieur le baron? demanda Jupenet tout tremblant.
– Votre presse a gémi toute la nuit, monsieur, dit Porthos, et vous m'avez empêché de dormir, corne de bœuf!
– Monsieur… objecta timidement Jupenet.
– Vous n'avez rien encore à imprimer; donc vous ne devez pas encore faire aller la presse. Qu'avez-vous donc imprimé cette nuit?
– Monsieur, une poésie légère de ma composition.
– Légère! Allons donc, monsieur, la presse criait que c'était pitié. Que cela ne vous arrive plus, entendez-vous?
– Non, monsieur.
– Vous me le promettez?
– Je le promets.
– C'est bien; pour cette fois, je vous pardo
Le poète se retira avec la même humilité dont il avait fait preuve en arrivant.
– Eh bien! maintenant que nous avons lavé la tête à ce drôle, déjeunons, dit Porthos.
– Oui, dit d'Artagnan, déjeunons.
– Seulement, dit Porthos, je vous ferai observer, mon ami, que nous n'avons que deux heures pour notre repas.
– Que voulez-vous! nous tâcherons d'en faire assez. Mais pourquoi n'avons-nous que deux heures?
– Parce que la marée monte à une heure, et qu'avec la marée je pars pour Va
– Mais non, interrompit d'Artagnan, mieux que cela.
– Quoi?
– Vous allez à Va
– Sans doute.
– Pour voir Aramis?
– Oui.
– Eh bien! moi qui étais venu de Paris exprès pour voir Aramis…
– C'est vrai.
– Je partirai avec vous.
– Tiens! c'est cela.
– Seulement, je devais commencer par voir Aramis, et vous après. Mais l'homme propose et Dieu dispose. J'aurai commencé par vous, je finirai par Aramis.
– Très bien!
– Et en combien d'heures allez-vous d'ici à Va
– Ah! mon Dieu! en six heures. Trois heures de mer d'ici à Sarzeau, trois heures de route de Sarzeau à Va
– Comme c'est commode! Et vous allez souvent à Va
– Oui, une fois par semaine. Mais attendez que je pre
Porthos ramassa son plan, le plia avec soin et l'engouffra dans sa large poche.
– Bon! dit à part d'Artagnan, je crois que je sais maintenant quel est le véritable ingénieur qui fortifie Belle-Île. Deux heures après, à la marée montante, Porthos et d'Artagnan partaient pour Sarzeau.
Chapitre LXXI – Une procession à Va
La traversée de Belle-Île à Sarzeau se fit assez rapidement, grâce à l'un de ces petits corsaires dont on avait parlé à d'Artagnan pendant son voyage, et qui, taillés pour la course et destinés à la chasse, s'abritaient momentanément dans la rade de Locmaria, où l'un d'eux, avec le quart de son équipage de guerre, faisait le service entre Belle-Île et le continent.
D'Artagnan eut l'occasion de se convaincre cette fois encore que Porthos, bien qu'ingénieur et topographe, n'était pas profondément enfoncé dans les secrets d'État.
Sa parfaite ignorance, au reste, eût passé près de tout autre pour une savante dissimulation. Mais d'Artagnan co
Donc, s'il n'avait rien trouvé, ce rusé d'Artagnan, en roulant et en déroulant son Porthos, c'est qu'en vérité il n'y avait rien.
– Soit, dit d'Artagnan; j'en saurai plus à Va
Tous les soins du mousquetaire se bornèrent donc pour le moment à surveiller Porthos.
Et, hâtons-nous de le dire, Porthos ne méritait pas cet excès de défiance. Porthos ne songeait aucunement à mal.
Peut-être, à la première vue, d'Artagnan lui avait-il inspiré un peu de défiance; mais presque aussitôt d'Artagnan avait reconquis dans ce bon et brave cœur la place qu'il y avait toujours occupée, et pas le moindre nuage n'obscurcissait le gros œil de Porthos se fixant de temps en temps avec tendresse sur son ami.
En débarquant, Porthos s'informa si ses chevaux l'attendaient Et, en effet, il les aperçut bientôt à la croix du chemin qui tourne autour de Sarzeau et qui, sans traverser cette petite ville, aboutit à Va