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– Voilà qui me confond. Ce nom de Jupenet me semble cependant un beau nom et bien digne d'être co

– Si nous le calions?

– Sans doute: mais avec quoi?

– Avec ce couteau.

– Et la sarcelle, avec quoi la découperons-nous? comptez-vous par hasard ne pas toucher à la sarcelle?

– Si fait.

– Eh bien! alors…

– Attendez.

Le poète fouilla dans sa poche et en tira un petit morceau de fonte oblong, quadrangulaire, épais d'une ligne à peu près, long d'un pouce et demi.

Mais à peine le petit morceau de fonte eut-il vu le jour que le poète parut avoir commis une imprudence et fit un mouvement pour le remettre dans sa poche.

D'Artagnan s'en aperçut. C'était un homme à qui rien n'échappait.

Il étendit la main vers le petit morceau de fonte.

– Tiens, c'est gentil, ce que vous tenez là, dit-il; peut-on voir?

– Certainement, dit le poète, qui parut avoir cédé trop vite à un premier mouvement, certainement qu'on peut voir; mais vous avez beau regarder, ajouta-t-il d'un air satisfait, si je ne vous dis point à quoi cela sert, vous ne le saurez pas.

D'Artagnan avait saisi comme un aveu les hésitations du poète et son empressement à cacher le morceau de fonte qu'un premier mouvement l'avait porté à sortir de sa poche.

Aussi, son attention une fois éveillée sur ce point, il se renferma dans une circonspection qui lui do

C'était un caractère d'imprimerie.

– Devinez-vous ce que c'est? continua le poète.

– Non! dit d'Artagnan; non, ma foi!

– Eh bien! monsieur, dit maître Jupenet, ce petit morceau de fonte est une lettre d'imprimerie.

– Bah!

– Une majuscule.

– Tiens! tiens! fit M. Agnan écarquillant des yeux bien naïfs.

– Oui, monsieur, un J majuscule, la première lettre de mon nom.

– Et c'est une lettre, cela?

– Oui, monsieur.

– Eh bien! je vais vous avouer une chose.

– Laquelle?

– Non! car c'est encore une bêtise que je vais vous dire.

– Eh! non, fit maître Jupenet d'un air protecteur.

– Eh bien! je ne comprends pas, si cela est une lettre, comment on peut faire un mot.

– Un mot?

– Pour l'imprimer, oui.

– C'est bien facile.

– Voyons.

– Cela vous intéresse?

– Énormément.

– Eh bien! je vais vous expliquer la chose. Attendez!

– J'attends.

– M'y voici.

– Bon!

– Regardez bien.

– Je regarde.

D'Artagnan, en effet, paraissait absorbé dans sa contemplation. Jupenet tira de sa poche sept ou huit autres morceaux de fonte, mais plus petits.

– Ah! ah! fit d'Artagnan.

– Quoi?

– Vous avez donc toute une imprimerie dans votre poche. Peste! c'est curieux, en effet.

– N'est-ce pas?

– Que de choses on apprend en voyageant, mon Dieu!

– À votre santé, dit Jupenet enchanté.

– À la vôtre, mordioux, à la vôtre! Mais un instant, pas avec ce cidre. C'est une abominable boisson et indigne d'un homme qui s'abreuve à l'Hippocrène: n'est-ce pas ainsi que vous appelez votre fontaine, à vous autres poètes?

– Oui, monsieur, notre fontaine s'appelle ainsi en effet. Cela vient de deux mots grecs, hippos, qui veut dire cheval… et…

– Monsieur, interrompit d'Artagnan, je vais vous faire boire une liqueur qui vient d'un seul mot français et qui n'en est pas plus mauvaise pour cela, du mot raisin; ce cidre m'écœure et me gonfle à la fois. Permettez-moi de m'informer près de notre hôte s'il n'a pas quelque bo

En effet, l'hôte interpellé monta aussitôt.

– Monsieur, interrompit le poète, prenez garde, nous n'aurons pas le temps de boire le vin, à moins que nous ne nous pressions fort, car je dois profiter de la marée pour prendre le bateau.

– Quel bateau? demanda d'Artagnan.

– Mais le bateau qui part pour Belle-Île.

– Ah! pour Belle-Île? dit le mousquetaire. Bon!

– Bah! vous aurez tout le temps, monsieur, répliqua l'hôtelier en débouchant la bouteille; le bateau ne part que dans une heure.

– Mais qui m'avertira? fit le poète.

– Votre voisin, répliqua l'hôte.

– Mais je le co

– Quand vous l'entendrez partir, il sera temps que vous partiez.

– Il va donc à Belle-Île aussi?

– Oui.

– Ce monsieur qui a un laquais? demanda d'Artagnan.

– Ce monsieur qui a un laquais.

– Quelque gentilhomme, sans doute?

– Je l'ignore.

– Comment, vous l'ignorez?

– Oui. Tout ce que je sais, c'est qu'il boit le même vin que vous.

– Peste! voilà bien de l'ho