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– Il n'y avait qu'à ouvrir les oreilles, ou plutôt à les fermer, tant les cris étaient terribles.
– Et c'était du peuple, du vrai peuple?
– Certainement, monsieur; seulement, ce vrai peuple nous a battus.
– Oh! fort bien, continua Colbert tout à sa pensée. Alors vous supposez que c'est le peuple seul qui voulait faire brûler les condamnés?
– Oh! oui, monsieur.
– C'est autre chose… Vous avez donc bien résisté?
– Nous avons eu trois hommes étouffés, monsieur.
– Vous n'avez tué perso
– Monsieur, il est resté sur le carreau quelques mutins, un, entre autres, qui n'était pas un homme ordinaire.
– Qui?
– Un certain Me
– Me
– Oui, monsieur, c'est le même.
– Et ce Me
– Plus fort que tous les autres; comme un enragé.
Le front de Colbert devint nuageux et se rida. L'espèce d'auréole ambitieuse qui éclairait son visage s'éteignit comme le feu des vers luisants qu'on écrase sous l'herbe.
– Que disiez-vous donc, reprit alors l'intendant déçu, que l'initiative venait du peuple? Me
«C'est vrai, pensa d'Artagnan, et voilà mes doutes éclaircis. Je le répète, M. Fouquet peut-être ce qu'on voudra, mais c'est un galant homme.»
– Et, poursuivit Colbert, pensez-vous être sûr que ce Me
D'Artagnan jugea que le moment était venu de faire son entrée.
– Parfaitement, monsieur, répliqua-t-il en s'avançant tout à coup.
– Ah! c'est vous; monsieur? dit Colbert.
– En perso
– Ce n'est pas moi, monsieur, qui avais un e
«Double brute! pensa d'Artagnan, tu fais de la morgue et de l'hypocrisie avec moi…»
– Eh bien! poursuivit-il, je suis très heureux d'avoir rendu un si bon service au roi, voudrez-vous vous charger de le dire à Sa Majesté, monsieur l'intendant?
– Quelle commission me do
– Je ne vous do
Colbert ouvrit de grands yeux et interrogea du regard le chef du guet.
– Ah! c'est bien vrai, dit celui-ci, que monsieur a été notre sauveur.
– Que ne me disiez-vous, monsieur, que vous veniez me raconter cela? fit Colbert avec envie; tout s'expliquait, et mieux pour vous que pour tout autre.
– Vous faites erreur, monsieur l'intendant, je ne venais pas du tout vous raconter cela.
– C'est un exploit pourtant, monsieur.
– Oh! dit le mousquetaire avec insouciance, la grande habitude blase l'esprit.
– À quoi dois-je l'ho
– Tout simplement à ceci: le roi m'a commandé de venir vous trouver.
– Ah! dit Colbert en reprenant son aplomb, parce qu'il voyait d'Artagnan tirer un papier de sa poche, c'est pour me demander de l'argent?
– Précisément, monsieur.
– Veuillez attendre, je vous prie, monsieur; j'expédie le rapport du guet.
D'Artagnan tourna sur ses talons assez insolemment, et, se retrouvant en face de Colbert après ce premier tour, il le salua comme Arlequin eût pu le faire; puis, opérant une seconde évolution, il se dirigea vers la porte d'un bon pas.
Colbert fut frappé de cette vigoureuse résistance à laquelle il n'était pas accoutumé. D'ordinaire, les gens d'épée, lorsqu'ils venaient chez lui, avaient un tel besoin d'argent, que, leurs pieds eussent-ils dû prendre racine dans le marbre, leur patience ne s'épuisait pas. D'Artagnan allait-il droit chez le roi? allait-il se plaindre d'une réception mauvaise ou raconter son exploit? C'était une grave matière à réflexion.
En tout cas, le moment était mal choisi pour renvoyer d'Artagnan, soit qu'il vînt de la part du roi, soit qu'il vînt de la sie
Aussi Colbert pensa-t-il que mieux valait secouer toute arrogance et rappeler d'Artagnan.
– Hé! monsieur d'Artagnan, cria Colbert, quoi! vous me quittez ainsi?
D'Artagnan se retourna.
– Pourquoi non? dit-il tranquillement; nous n'avons plus rien à nous dire, n'est-ce pas?
– Vous avez au moins de l'argent à toucher, puisque vous avez une ordo
– Moi? pas le moins du monde, mon cher monsieur Colbert.
– Mais enfin, monsieur, vous avez un bon! Et de même que, vous, vous do
– Inutile, mon cher monsieur Colbert, dit d'Artagnan, qui jouissait intérieurement du désarroi mis dans les idées de Colbert; ce bon est payé.
– Payé! par qui donc?
– Mais par le surintendant.
Colbert pâlit.
– Expliquez-vous alors, dit-il d'une voix étranglée; si vous êtes payé, pourquoi me montrer ce papier?
– Suite de la consigne dont vous parliez si ingénieusement tout à l'heure, cher monsieur Colbert; le roi m'avait dit de toucher un quartier de la pension qu'il veut bien me faire…
– Chez moi?… dit Colbert.
– Pas précisément. Le roi m'adit: «Allez chez M. Fouquet: le surintendant n'aura peut-être pas d'argent, alors vous irez chez M. Colbert.»