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– Mais je te dis…
– Un million?»
Andrea haussa les épaules.
«Va pour un million, dit Caderousse, tu n’en auras jamais autant que je t’en désire.
– Merci, dit le jeune homme.
– Oh! c’est de bon cœur, ajouta Caderousse en riant de son gros rire. Attends, que je te reconduise.
– Ce n’est pas la peine.
– Si fait.
– Pourquoi cela?
– Oh! parce qu’il y a un petit secret à la porte; c’est une mesure de précaution que j’ai cru devoir adopter; serrure Huret et Fichet, revue et corrigée par Gaspard Caderousse. Je t’en confectio
– Merci, dit Andrea; je te ferai prévenir huit jours d’avance.»
Ils se séparèrent. Caderousse resta sur le palier jusqu’à ce qu’il eût vu Andrea non seulement descendre les trois étages, mais encore traverser la cour. Alors il rentra précipitamment, ferma la porte avec soin, et se mit à étudier, en profond architecte, le plan que lui avait laissé Andrea.
«Ce cher Benedetto, dit-il, je crois qu’il ne serait pas fâché d’hériter, et que celui qui avancera le jour où il doit palper ses cinq cent mille francs ne sera pas son plus méchant ami.»
LXXXII. L’effraction.
Le lendemain du jour où avait eu lieu la conversation que nous venons de rapporter, le comte de Monte-Cristo était en effet parti pour Auteuil avec Ali, plusieurs domestiques et des chevaux qu’il voulait essayer. Ce qui avait surtout déterminé ce départ, auquel il ne songeait même pas la veille, et auquel Andrea ne songeait pas plus que lui, c’était l’arrivée de Bertuccio, qui, revenu de Normandie, rapportait des nouvelles de la maison et de la corvette. La maison était prête, et la corvette, arrivée depuis huit jours et à l’ancre dans une petite anse où elle se tenait avec son équipage de six hommes, après avoir rempli toutes les formalités exigées, était déjà en état de reprendre la mer.
Le comte loua le zèle de Bertuccio et l’invita à se préparer à un prompt départ, son séjour en France ne devant plus se prolonger au-delà d’un mois.
«Maintenant, lui dit-il, je puis avoir besoin d’aller en une nuit de Paris au Tréport; je veux huit relais échelo
– Votre Excellence avait déjà manifesté ce désir, répondit Bertuccio, et les chevaux sont prêts. Je les ai achetés et canto
– C’est bien, dit Monte-Cristo, je reste ici un jour ou deux, arrangez-vous en conséquence.»
Comme Bertuccio allait sortir pour ordo
«Que venez-vous faire ici? demanda le comte en le voyant tout couvert de poussière, je ne vous ai pas demandé, ce me semble?»
Baptistin, sans répondre, s’approcha du comte et lui présenta la lettre.
«Importante et pressée», dit-il.
Le comte ouvrit la lettre et lut:
«M. de Monte-Cristo est prévenu que cette nuit même un homme s’introduira dans sa maison des Champs-Élysées, pour soustraire des papiers qu’il croit enfermés dans le secrétaire du cabinet de toilette: on sait M. le comte de Monte-Cristo assez brave pour ne pas recourir à l’intervention de la police, intervention qui pourrait compromettre fortement celui qui do
Le premier mouvement du comte fut de croire à une ruse de voleurs, piège grossier qui lui signalait un danger médiocre pour l’exposer à un danger plus grave. Il allait donc faire porter la lettre à un commissaire de police, malgré la recommandation, et peut-être même à cause de la recommandation de l’ami anonyme, quand tout à coup l’idée lui vint que ce pouvait être, en effet, quelque e
«Ils ne veulent pas me voler mes papiers, dit Monte-Cristo, ils veulent me tuer; ce ne sont pas des voleurs, ce sont des assassins. Je ne veux pas que M. le préfet de Police se mêle de mes affaires particulières. Je suis assez riche, ma foi, pour dégrever en ceci le budget de son administration.»
Le comte rappela Baptistin, qui était sorti de la chambre après avoir apporté la lettre.
«Vous allez retourner à Paris, dit-il, vous ramènerez ici tous les domestiques qui restent. J’ai besoin de tout mon monde à Auteuil.
– Mais ne restera-t-il donc perso
– Si fait, le concierge.
– Monsieur le comte réfléchira qu’il y a loin de la loge à la maison.
– Eh bien?
– Eh bien, on pourrait dévaliser tout le logis, sans qu’il entendît le moindre bruit.
– Qui cela?
– Mais des voleurs.
– Vous êtes un niais, monsieur Baptistin; les voleurs dévalisassent-ils tout le logement, ne m’occasio
Baptistin s’inclina.
«Vous m’entendez, dit le comte, ramenez vos camarades depuis le premier jusqu’au dernier; mais que tout reste dans l’état habituel; vous fermerez les volets du rez-de-chaussée, voilà tout.
– Et ceux du premier?
– Vous savez qu’on ne les ferme jamais. Allez.»
Le comte fit dire qu’il dînerait seul chez lui et ne voulait être servi que par Ali.
Il dîna avec sa tranquillité et sa sobriété habituelles, et après le dîner, faisant signe à Ali de le suivre, il sortit par la petite porte, gagna le bois de Boulogne comme s’il se promenait, prit sans affectation le chemin de Paris, et à la nuit tombante se trouva en face de la maison des Champs-Élysées.