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Coclès marcha devant, et l’étranger le suivit.

Sur l’escalier, on rencontra une belle jeune fille de seize à dix-sept ans, qui regarda l’étranger avec inquiétude.

Coclès ne remarqua point cette expression de visage qui cependant parut n’avoir point échappé à l’étranger.

«M. Morrel est à son cabinet, n’est-ce pas, mademoiselle Julie? demanda le caissier.

– Oui, du moins je le crois, dit la jeune fille en hésitant; voyez d’abord, Coclès, et si mon père y est, a

– M’a

La jeune fille pâlit et continua de descendre, tandis que Coclès et l’étranger continuaient de monter.

Elle entra dans le bureau où se tenait Emmanuel, et Coclès, à l’aide d’une clef dont il était possesseur, et qui a

L’Anglais entra; il trouva M. Morrel assis devant une table, pâlissant devant les colo

En voyant l’étranger, M. Morrel ferma le registre, se leva et avança un siège; puis, lorsqu’il eut vu l’étranger s’asseoir, il s’assit lui-même.

Quatorze a

L’Anglais le regarda avec un sentiment de curiosité évidemment mêlé d’intérêt.

«Monsieur, dit Morrel, dont cet examen semblait redoubler le malaise, vous avez désiré me parler?

– Oui, monsieur. Vous savez de quelle part je viens, n’est-ce pas?

– De la part de la maison Thomson et French, à ce que m’a dit mon caissier du moins.

– Il vous a dit la vérité, monsieur. La maison Thomson et French avait dans le courant de ce mois et du mois prochain trois ou quatre cent mille francs à payer en France, et co

Morrel poussa un profond soupir, et passa la main sur son front couvert de sueur.

«Ainsi, monsieur, demanda Morrel, vous avez des traites signées par moi?

– Oui, monsieur, pour une somme assez considérable.

– Pour quelle somme? demanda Morrel d’une voix qu’il tâchait de rendre assurée.

– Mais voici d’abord, dit l’Anglais en tirant une liasse de sa poche, un transport de deux cent mille francs fait à notre maison par M. de Boville, l’inspecteur des prisons. Reco

– Oui, monsieur, c’est un placement qu’il a fait chez moi, à quatre et demi du cent, voici bientôt cinq ans.

– Et que vous devez rembourser…

– Moitié le 15 de ce mois-ci, moitié le 15 du mois prochain.

– C’est cela; puis voici trente-deux mille cinq cents francs, fin courant: ce sont des traites signées de vous et passées à notre ordre par des tiers porteurs.

– Je le reco

– Non, monsieur, j’ai encore pour la fin du mois prochain ces valeurs-ci, que nous ont passées la maison Pascal et la maison Wild et Turner de Marseille, cinquante-cinq mille francs à peu près: en tout deux cent quatre-vingt-sept mille cinq cents francs.»

Ce que souffrait le malheureux Morrel pendant cette énumération est impossible à décrire.

«Deux cent quatre-vingt-sept mille cinq cents francs, répéta-t-il machinalement.

– Oui, monsieur, répondit l’Anglais. Or, continua-t-il après un moment de silence, je ne vous cacherai pas, monsieur Morrel, que, tout en faisant la part de votre probité sans reproches jusqu’à présent, le bruit public de Marseille est que vous n’êtes pas en état de faire face à vos affaires.»

À cette ouverture presque brutale, Morrel pâlit affreusement.

«Monsieur, dit-il, jusqu’à présent, et il y a plus de vingt-quatre ans que j’ai reçu la maison des mains de mon père qui lui-même l’avait gérée trente-cinq ans, jusqu’à présent pas un billet signé Morrel et fils n’a été présenté à la caisse sans être payé.

– Oui, je sais cela, répondit l’Anglais; mais d’homme d’ho

Morrel tressaillit et regarda celui qui lui parlait ainsi avec plus d’assurance qu’il ne l’avait encore fait.

«Aux questions posées avec cette franchise, dit-il, il faut faire une réponse franche. Oui, monsieur, je paierai si, comme je l’espère, mon bâtiment arrive à bon port, car son arrivée me rendra le crédit que les accidents successifs dont j’ai été la victime m’ont ôté; mais si par malheur le Pharaon, cette dernière ressource sur laquelle je compte, me manquait…»

Les larmes montèrent aux yeux du pauvre armateur.

«Eh bien, demanda son interlocuteur, si cette dernière ressource vous manquait?…

– Eh bien, continua Morrel, monsieur, c’est cruel à dire… mais, déjà habitué au malheur, il faut que je m’habitue à la honte, eh bien, je crois que je serais forcé de suspendre mes paiements.

– N’avez-vous donc point d’amis qui puissent vous aider dans cette circonstance?»

Morrel sourit tristement.

«Dans les affaires, monsieur, dit-il, on n’a point d’amis, vous le savez bien, on n’a que des correspondants.

– C’est vrai, murmura l’Anglais. Ainsi vous n’avez plus qu’une espérance?

– Une seule.

– La dernière?

– La dernière.