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«Oh! oh! murmura-t-il, qui m’envoie cette pensée? est-ce vous, mon Dieu? Puisqu’il n’y a que les morts qui sortent librement d’ici, prenons la place des morts.»

Et sans perdre le temps de revenir sur cette décision, comme pour ne pas do

On aurait pu entendre battre son cœur si par malheur on fût entré en ce moment.

Dantès aurait bien pu attendre après la visite du soir, mais il avait peur que d’ici là le gouverneur ne changeât de résolution et qu’on n’enlevât le cadavre.

Alors sa dernière espérance était perdue.

En tout cas, maintenant son plan était arrêté.

Voici ce qu’il comptait faire.

Si pendant le trajet les fossoyeurs reco

S’ils le conduisaient jusqu’au cimetière et le déposaient dans une fosse, il se laissait couvrir de terre; puis, comme c’était la nuit, à peine les fossoyeurs avaient-ils le dos tourné, qu’il s’ouvrait un passage à travers la terre molle et s’enfuyait: il espérait que le poids ne serait pas trop grand pour qu’il pût le soulever.

S’il se trompait, si au contraire la terre était trop pesante, il mourait étouffé, et, tant mieux! tout était fini.

Dantès n’avait pas mangé depuis la veille, mais il n’avait pas songé à la faim le matin, et il n’y songeait pas encore. Sa position était trop précaire pour lui laisser le temps d’arrêter sa pensée sur aucune autre idée.

Le premier danger que courait Dantès, c’était que le geôlier, en lui apportant son souper de sept heures, s’aperçût de la substitution opérée; heureusement, vingt fois, soit par misanthropie, soit par fatigue, Dantès avait reçu le geôlier couché; et dans ce cas, d’ordinaire, cet homme déposait son pain et sa soupe sur la table et se retirait sans lui parler.

Mais, cette fois, le geôlier pouvait déroger à ses habitudes de mutisme, parler à Dantès, et voyant que Dantès ne lui répondait point, s’approcher du lit et tout découvrir.

Lorsque sept heures du soir approchèrent, les angoisses de Dantès commencèrent véritablement. Sa main, appuyée sur son cœur, essuyait d’en comprimer les battements, tandis que de l’autre il essuyait la sueur de son front qui ruisselait le long de ses tempes. De temps en temps des frissons lui couraient par tout le corps et lui serraient le cœur comme dans un étau glacé. Alors, il croyait qu’il allait mourir. Les heures s’écoulèrent sans amener aucun mouvement dans le château, et Dantès comprit qu’il avait échappé à ce premier danger; c’était d’un bon augure. Enfin, vers l’heure fixée par le gouverneur, des pas se firent entendre dans l’escalier. Edmond comprit que le moment était venu; il rappela tout son courage, retenant son haleine; heureux s’il eût pu retenir en même temps et comme elle les pulsations précipitées de ses artères.

On s’arrêta à la porte, le pas était double. Dantès devina que c’étaient les deux fossoyeurs qui le venaient chercher. Ce soupçon se changea en certitude, quand il entendit le bruit qu’ils faisaient en déposant la civière.

La porte s’ouvrit, une lumière voilée parvint aux yeux de Dantès. Au travers de la toile qui le couvrait, il vit deux ombres s’approcher de son lit. Une troisième à la porte, tenant un falot à la main. Chacun des deux hommes, qui s’étaient approchés du lit, saisit le sac par une de ses extrémités.

«C’est qu’il est encore lourd, pour un vieillard si maigre! dit l’un d’eux en le soulevant par la tête.

– On dit que chaque a

– As-tu fait ton nœud? demanda le premier.

– Je serais bien bête de nous charger d’un poids inutile, dit le second, je le ferai là-bas.

– Tu as raison; partons alors.»

«Pourquoi ce nœud?» se demanda Dantès.

On transporta le prétendu mort du lit sur la civière.

Edmond se raidissait pour mieux jouer son rôle de trépassé.

On le posa sur la civière; et le cortège, éclairé par l’homme au falot, qui marchait devant, monta l’escalier.

Tout à coup, l’air frais et âpre de la nuit l’inonda. Dantès reco

Les porteurs firent une vingtaine de pas, puis ils s’arrêtèrent et déposèrent la civière sur le sol.

Un des porteurs s’éloigna, et Dantès entendit ses souliers retentir sur les dalles.

«Où suis-je donc?» se demanda-t-il.

«Sais-tu qu’il n’est pas léger du tout!» dit celui qui était resté près de Dantès en s’asseyant sur le bord de la civière.

Le premier sentiment de Dantès avait été de s’échapper, heureusement, il se retint.

«Éclaire-moi donc, animal, dit celui des deux porteurs qui s’était éloigné, ou je ne trouverai jamais ce que je cherche.»

L’homme au falot obéit à l’injonction, quoique, comme on l’a vu, elle fût faite en termes peu convenables.

«Que cherche-t-il donc? se demanda Dantès. Une bêche sans doute.»

Une exclamation de satisfaction indiqua que le fossoyeur avait trouvé ce qu’il cherchait.

«Enfin, dit l’autre, ce n’est pas sans peine.

– Oui, répondit-il, mais il n’aura rien perdu pour attendre.»

À ces mots, il se rapprocha d’Edmond, qui entendit déposer près de lui un corps lourd et retentissant; au même moment, une corde entoura ses pieds d’une vive et douloureuse pression.

«Eh bien, le nœud est-il fait? demanda celui des fossoyeurs qui était resté inactif.

– Et bien fait, dit l’autre; je t’en réponds.