Страница 56 из 110
«Parlons d’autre chose», dit-il.
L’abbé le regarda encore un instant et hocha tristement la tête; puis, comme l’en avait prié Dantès, il parla d’autre chose.
Le vieux priso
Dantès écoutait chacune de ses paroles avec admiration: les unes correspondaient à des idées qu’il avait déjà et à des co
«Vous devriez m’apprendre un peu de ce que vous savez, dit Dantès, ne fût-ce que pour ne pas vous e
L’abbé sourit.
«Hélas! mon enfant, dit-il, la science humaine est bien bornée, et quand je vous aurai appris les mathématiques, la physique, l’histoire et les trois ou quatre langues vivantes que je parle, vous saurez ce que je sais: or, toute cette science, je serai deux ans à peine à la verser de mon esprit dans le vôtre.
– Deux ans! dit Dantès, vous croyez que je pourrais apprendre toutes ces choses en deux ans?
– Dans leur application, non; dans leurs principes, oui: apprendre n’est pas savoir; il y a les sachants et les savants: c’est la mémoire qui fait les uns, c’est la philosophie qui fait les autres.
– Mais ne peut-on apprendre la philosophie?
– La philosophie ne s’apprend pas; la philosophie est la réunion des sciences acquises au génie qui les applique: la philosophie, c’est le nuage éclatant sur lequel le Christ a posé le pied pour remonter au ciel.
– Voyons, dit Dantès, que m’apprenez-vous d’abord? J’ai hâte de commencer, j’ai soif de science.
– Tout!» dit l’abbé.
En effet, dès le soir, les deux priso
Quant à l’abbé Faria, Dantès remarqua que, malgré la distraction que sa présence avait apportée à sa captivité, il s’assombrissait tous les jours. Une pensée incessante et éternelle paraissait assiéger son esprit; il tombait dans de profondes rêveries, soupirait involontairement, se levait tout à coup, croisait les bras et se promenait sombre autour de sa prison.
Un jour, il s’arrêta tout à coup au milieu d’un de ces cercles cent fois répétés qu’il décrivait autour de sa chambre, et s’écria:
«Ah! s’il n’y avait pas de sentinelle!
– Il n’y aura de sentinelle qu’autant que vous le voudrez bien, reprit Dantès qui avait suivi sa pensée à travers la boîte de son cerveau comme à travers un cristal.
– Ah! je vous l’ai dit, reprit l’abbé, je répugne à un meurtre.
– Et cependant ce meurtre, s’il est commis, le sera par l’instinct de notre conservation, par un sentiment de défense perso
– N’importe, je ne saurais.
– Vous y pensez, cependant?
– Sans cesse, sans cesse, murmura l’abbé.
– Et vous avez trouvé un moyen, n’est-ce pas? dit vivement Dantès.
– Oui, s’il arrivait qu’on pût mettre sur la galerie une sentinelle aveugle et sourde.
– Elle sera aveugle, elle sera sourde, répondit le jeune homme avec un accent de résolution qui épouvanta l’abbé.
– Non, non! s’écria-t-il; impossible.»
Dantès voulut le retenir sur ce sujet, mais l’abbé secoua la tête et refusa de répondre davantage.
Trois mois s’écoulèrent.
«Êtes-vous fort?» demanda un jour l’abbé à Dantès.
Dantès, sans répondre, prit le ciseau, le tordit comme un fer à cheval et le redressa.
«Vous engageriez-vous à ne tuer la sentinelle qu’à la dernière extrémité?
– Oui, sur l’ho
– Alors, dit l’abbé, nous pourrons exécuter notre dessein.
– Et combien nous faudra-t-il de temps pour l’exécuter?
– Un an, au moins.
– Mais nous pourrions nous mettre au travail?
– Tout de suite.
– Oh! voyez donc, nous avons perdu un an, s’écria Dantès.
– Trouvez-vous que nous l’ayons perdu? dit l’abbé.
– Oh! pardon, pardon, s’écria Edmond rougissant.
– Chut! dit l’abbé, l’homme n’est jamais qu’un homme; et vous êtes encore un des meilleurs que j’aie co
L’abbé montra alors à Dantès un dessin qu’il avait tracé: c’était le plan de sa chambre, de celle de Dantès et du corridor qui joignait l’une à l’autre. Au milieu de cette galerie, il établissait un boyau pareil à celui qu’on pratique dans les mines. Ce boyau menait les deux priso