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L’air, c’est presque la liberté. Il respira donc à pleine poitrine cette brise vivace qui apporte sur ses ailes toutes ces senteurs inco

Dantès joignit ses mains, leva les yeux au ciel et pria.

La barque continuait son chemin; elle avait dépassé la Tête de Mort, elle était en face de l’anse du Pharo; elle allait doubler la batterie, c’était une manœuvre incompréhensible pour Dantès.

«Mais où donc me menez-vous? demanda-t-il l’un des gendarmes.

– Vous le saurez tout à l’heure.

– Mais encore…

– Il nous est interdit de vous do

Dantès était à moitié soldat; questio

Comment un pressentiment ne disait-il pas à Mercédès que son amant passait à trois cents pas d’elle?

Une seule lumière brillait aux Catalans. En interrogeant la position de cette lumière, Dantès reco

Une fausse honte le retint. Que diraient ces hommes qui le regardaient, en l’entendant crier comme un insensé? Il resta donc muet et les yeux fixés sur cette lumière.

Pendant ce temps, la barque continuait son chemin; mais le priso

Un accident de terrain fit disparaître la lumière. Dantès se retourna et s’aperçut que la barque gagnait le large.

Pendant qu’il regardait, absorbé dans sa propre pensée, on avait substitué les voiles aux rames, et la barque s’avançait maintenant, poussée par le vent.

Malgré la répugnance qu’éprouvait Dantès à adresser au gendarme de nouvelles questions, il se rapprocha de lui, et lui prenant la main.

«Camarade, lui dit-il, au nom de votre conscience et de par votre qualité de soldat, je vous adjure d’avoir pitié de moi et de me répondre. Je suis le capitaine Dantès, bon et loyal Français, quoique accusé de je ne sais quelle trahison: où me menez-vous? dites-le, et, foi de marin, je me rangerai à mon devoir et me résignerai à mon sort.»

Le gendarme se gratta l’oreille, regarda son camarade. Celui-ci fit un mouvement qui voulait dire à peu près: Il me semble qu’au point où nous en sommes il n’y a pas d’inconvénient, et le gendarme se retourna vers Dantès:

«Vous êtes Marseillais et marin, dit-il, et vous me demandez où nous allons?

– Oui, car, sur mon ho

– Ne vous en doutez-vous pas?

– Aucunement.

– Ce n’est pas possible.

– Je vous le jure sur ce que j’ai de plus sacré monde. Répondez-moi donc, de grâce!

– Mais la consigne?

– La consigne ne vous défend pas de m’apprendre ce que je saurai dans dix minutes, dans une demi heure, dans une heure peut-être. Seulement vous m’épargnez d’ici là des siècles d’incertitude. Je vous le demande, comme si vous étiez mon ami, regardez: je ne veux ni me révolter ni fuir; d’ailleurs je ne le puis: où allons-nous?

– À moins que vous n’ayez un bandeau sur les yeux, ou que vous ne soyez jamais sorti du port de Marseille, vous devez cependant deviner où vous allez?

– Non.

– Regardez autour de vous alors.»

Dantès se leva, jeta naturellement les yeux sur le point où paraissait se diriger le bateau, et à cent toises devant lui il vit s’élever la roche noire et ardue sur laquelle monte, comme une superfétation du silex, le sombre château d’If.

Cette forme étrange, cette prison autour de laquelle règne une si profonde terreur, cette forteresse qui fait vivre depuis trois cents ans Marseille de ses lugubre traditions, apparaissant ainsi tout à coup à Dantès qui ne songeait point à elle, lui fit l’effet que fait au condamné à mort l’aspect de l’échafaud.

«Ah! mon Dieu! s’écria-t-il, le château d’If! et qu’allons nous faire là?»

Le gendarme sourit.

«Mais on ne me mène pas là pour être empriso

– Il n’y a, je suppose, dit le gendarme, qu’un gouverneur, des geôliers, une garnison et de bons murs. Allons, allons, l’ami, ne faites pas tant l’éto

Dantès serra la main du gendarme à la lui briser.

«Vous prétendez donc, dit-il, que l’on me conduit au château d’If pour m’y empriso

– C’est probable, dit le gendarme; mais en tout cas, camarade, il est inutile de me serrer si fort.

– Sans autre information, sans autre formalité? demanda le jeune homme.

– Les formalités sont remplies, l’information est faite.

– Ainsi, malgré la promesse de M. de Villefort?…

– Je ne sais si M. de Villefort vous a fait une promesse, dit le gendarme, mais ce que je sais, c’est que nous allons au château d’If. Eh bien, que faites-vous donc? Holà! camarades, à moi!»