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– Te menacer, toi, Henriette! il a osé?

– Eh! mordi! je le menaçais bien, moi! Au bout du compte, il a eu raison. Ainsi, tu le vois, dévoué jusqu’à un certain point, ou plutôt jusqu’à un point très incertain.

– Alors, nous verrons, dit Marguerite rêveuse, je parlerai à La Mole. Tu n’avais pas autre chose à me dire?

– Si fait: une chose des plus intéressantes et pour laquelle je suis venue. Mais, que veux-tu! tu as été me parler de choses plus intéressantes encore. J’ai reçu des nouvelles.

– De Rome?

– Oui, un courrier de mon mari.

– Eh bien, l’affaire de Pologne?

– Va à merveille, et tu vas probablement sous peu de jours être débarrassée de ton frère d’Anjou.

– Le pape a donc ratifié son élection?

– Oui, ma chère.

– Et tu ne me disais pas cela! s’écria Marguerite. Eh! vite, vite, des détails.

– Oh! ma foi, je n’en ai pas d’autres que ceux que je te transmets. D’ailleurs attends, je vais te do

Et madame de Nevers remit la lettre à la reine. Marguerite l’ouvrit vivement et la parcourut; mais effectivement elle ne disait rien autre chose que ce qu’elle avait déjà appris de la bouche de son amie.

– Et comment as-tu reçu cette lettre? continua la reine.

– Par un courrier de mon mari qui avait ordre de toucher à l’hôtel de Guise avant d’aller au Louvre et de me remettre cette lettre avant celle du roi. Je savais l’importance que ma reine attachait à cette nouvelle, et j’avais écrit à M. de Nevers d’en agir ainsi. Tu vois, il a obéi, lui. Ce n’est pas comme ce monstre de Coco

– Quel homme?

– Oh! l’horrible métier! Imagine-toi que ce malheureux messager est arrivé las, défait, poudreux; il a couru sept jours, jour et nuit, sans s’arrêter un instant.

– Mais cet homme dont tu parlais tout à l’heure?

– Attends donc. Constamment suivi par un homme de mine farouche qui avait des relais comme lui et courait aussi vite que lui pendant ces quatre cents lieues, ce pauvre courrier a toujours attendu quelque balle de pistolet dans les reins. Tous deux sont arrivés à la barrière Saint-Marcel en même temps, tous deux ont descendu la rue Mouffetard au grand galop, tous deux ont traversé la Cité. Mais, au bout du pont Notre-Dame, notre courrier a pris à droite, tandis que l’autre tournait à gauche par la place du Châtelet, et filait par les quais du côté du Louvre comme un trait d’arbalète.

– Merci, ma bo

– Tu n’oublieras donc pas ma lettre? dit la duchesse de Nevers en riant.

– Non, non, sois tranquille, il l’aura et à temps. Madame de Nevers sortit, et aussitôt Marguerite envoya chercher Henri, qui accourut et auquel elle remit la lettre du duc de Nevers.

– Oh! oh! fit-il. Puis Marguerite lui raconta l’histoire du double courrier.

– Au fait, dit Henri, je l’ai vu entrer au Louvre.

– Peut-être était-il pour la reine mère?

– Non pas; j’en suis sûr, car j’ai été à tout hasard me placer dans le corridor, et je n’ai vu passer perso

– Alors, dit Marguerite en regardant son mari, il faut que ce soit…

– Pour votre frère d’Alençon, n’est-ce pas? dit Henri.

– Oui; mais comment le savoir?

– Ne pourrait-on, demanda Henri négligemment, envoyer chercher un de ces deux gentilshommes et savoir par lui…

– Vous avez raison, Sire! dit Marguerite mise à son aise par la proposition de son mari; je vais envoyer chercher M. de La Mole… Gillo

La jeune fille parut.

– Il faut que je parle à l’instant même à M. de La Mole, lui dit la reine. Tâchez de le trouver et amenez-le.

Gillo

De son côté, le jeune homme voyant le roi chez Marguerite demeura debout sur le seuil de la chambre, muet de surprise et pâlissant d’inquiétude.

Marguerite alla à lui.

– Monsieur de la Mole, demanda-t-elle, pourriez-vous me dire qui est aujourd’hui de garde chez M. d’Alençon?

– Coco

– Tâchez de me savoir de lui s’il a introduit chez son maître un homme couvert de boue et paraissant avoir fait une longue route à franc étrier.

– Ah! madame, je crains bien qu’il ne me le dise pas; depuis quelques jours il devient très taciturne.

– Vraiment! Mais en lui do

– De la duchesse!… Oh! avec ce billet, j’essaierai.

– Ajoutez dit Marguerite en baissant la voix, que ce billet lui servira de sauf-conduit pour entrer ce soir dans la maison que vous savez.

– Et moi, madame, dit tout bas La Mole, quel sera le mien?

– Vous vous nommerez, et cela suffira.

– Do

– Nous saurons demain si le duc d’Alençon est instruit de l’affaire de Pologne, dit tranquillement Marguerite en se retournant vers son mari.

– Ce M. de La Mole est véritablement un gentil serviteur, dit le Béarnais avec ce sourire qui n’appartenait qu’à lui; et… par la messe! je ferai sa fortune.