Страница 66 из 98
– C’est indispensable, répondit René.
– En ce cas, je me nomme le comte A
– Et moi, le comte Lerac de la Mole, dit une autre voix qui, pour la première fois, se faisait entendre.
– Attendez, attendez, messieurs, je suis à vous. Et en même temps René, tirant les verrous, enlevant les barres, ouvrit aux deux jeunes gens la porte qu’il se contenta de fermer à la clef; puis, les conduisant par l’escalier extérieur, il les introduisit dans le second compartiment. La Mole, en entrant, fit le signe de la croix sous son manteau; il était pâle, et sa main tremblait sans qu’il pût réprimer cette faiblesse. Coco
– Permettez, mon gentilhomme, dit René de sa voix grave et en posant sa main sur celle de Coco
– Ah! c’est différent, reprit Coco
Il se fit un instant de profond silence: maître René attendait que l’un ou l’autre des deux jeunes gens s’expliquât. Pendant ce temps, on entendait la respiration sifflante de Coco
– Maître René, dit-il enfin, vous êtes un habile homme, dites-moi donc si je demeurerai estropié de ma blessure, c’est-à-dire si j’aurai toujours cette courte respiration qui m’empêche de monter à cheval, de faire des armes et de manger des omelettes au lard.
René approcha son oreille de la poitrine de Coco
– Non, monsieur le comte, dit-il, vous guérirez.
– En vérité?
– Je vous l’affirme.
– Vous me faites plaisir. Il se fit un nouveau silence.
– Ne désirez-vous pas savoir encore autre chose, monsieur le comte?
– Si fait, dit Coco
– Vous l’êtes, dit René.
– Comment le savez-vous?
– Parce que vous le demandez.
– Mordi! je crois que vous avez raison. Mais de qui?
– De celle qui dit maintenant à tout propos le juron que vous venez de dire.
– En vérité, dit Coco
– Eh! que diable! dit Coco
– Parlez, dit le Florentin.
– Moi, monsieur René, balbutia La Mole dont la voix se rassura peu à peu, je ne veux pas vous demander si je suis amoureux, car je sais que je le suis et ne m’en cache point; mais dites-moi si je serai aimé, car en vérité tout ce qui m’était d’abord un sujet d’espoir tourne maintenant contre moi.
– Vous n’avez peut-être pas fait tout ce qu’il faut faire pour cela.
– Qu’y a-t-il à faire, monsieur, qu’à prouver par son respect et son dévouement à la dame de ses pensées qu’elle est véritablement et profondément aimée?
– Vous savez, dit René, que ces démonstrations sont parfois bien insignifiantes.
– Alors, il faut désespérer?
– Non, alors il faut recourir à la science. Il y a dans la nature humaine des antipathies qu’on peut vaincre, des sympathies qu’on peut forcer. Le fer n’est pas l’aimant; mais en l’aimantant, à son tour il attire le fer.
– Sans doute, sans doute, murmura La Mole; mais je répugne à toutes ces conjurations.
– Ah! si vous répugnez, dit René, alors il ne fallait pas venir.
– Allons donc, allons donc, dit Coco
– Non, monsieur le comte.
– J’en suis fâché, j’avais deux mots à lui dire, et cela eût peut-être encouragé La Mole.
– Eh bien, soit! dit La Mole, abordons franchement la question. On m’a parlé de figures en cire modelées à la ressemblance de l’objet aimé. Est-ce un moyen?
– Infaillible.
– Et rien, dans cette expérience, ne peut porter atteinte à la vie ni à la santé de la perso
– Rien.
– Essayons donc.
– Veux-tu que je commence? dit Coco
– Non, dit La Mole, et, puisque me voilà engagé, j’irai jusqu’au bout.
– Désirez-vous beaucoup, ardemment, impérieusement savoir à quoi vous en tenir, monsieur de la Mole? demanda le Florentin.
– Oh! s’écria La Mole, j’en meurs, maître René. Au même instant on heurta doucement à la porte de la rue, si doucement que maître René entendit seul ce bruit, et encore parce qu’il s’y attendait sans doute. Il approcha sans affectation, et tout en faisant quelques questions oiseuses à La Mole, son oreille du tuyau et perçut quelques éclats de voix qui parurent le fixer.
– Résumez donc maintenant votre désir, dit-il, et appelez la perso
La Mole s’agenouilla comme s’il eût parlé à une divinité, et René, passant dans le premier compartiment, glissa sans bruit par l’escalier extérieur: un instant après des pas légers effleuraient le plancher de la boutique.
La Mole, en se relevant, vit devant lui maître René; le Florentin tenait à la main une petite figurine de cire d’un travail assez médiocre; elle portait une couro
– Voulez-vous toujours être aimé de votre royale maîtresse? demanda le parfumeur.
– Oui, dût-il m’en coûter la vie, dussé-je y perdre mon âme, répondit La Mole.
– C’est bien, dit le Florentin en prenant du bout des doigts quelques gouttes d’eau dans une aiguière et en les secouant sur la tête de la figurine en prononçant quelques mots latins.
La Mole frisso
– Que faites-vous? demanda-t-il.
– Je baptise cette petite figurine du nom de Marguerite.
– Mais dans quel but?
– Pour établir la sympathie. La Mole ouvrait la bouche pour l’empêcher d’aller plus avant, mais un regard railleur de Coco
– Il faut la pleine et entière volonté, dit-il.
– Faites, répondit La Mole. René traça sur une petite banderole de papier rouge quelques caractères cabalistiques, les passa dans une aiguille d’acier, et avec cette aiguille, piqua la statuette au cœur. Chose étrange! à l’orifice de la blessure apparut une gouttelette de sang, puis il mit le feu au papier.