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Cependant, quoique endormie au moment où le jour commençait à paraître, Marguerite se réveilla au premier son des trompettes, aux premiers aboiements des chiens. Elle se leva aussitôt et commença de revêtir un costume si négligé qu’il en était prétentieux. Alors elle appela ses femmes, fit introduire dans son antichambre les gentilshommes du service ordinaire du roi de Navarre; puis, ouvrant la porte qui enfermait sous la même clef Henri et de la Mole, elle do
– Allons, Sire, dit-elle, ce n’est pas le tout que d’avoir fait croire à madame ma mère ce qui n’est pas, il convient encore que vous persuadiez toute votre cour de la parfaite intelligence qui règne entre nous. Mais tranquillisez-vous, ajouta-t-elle en riant, et retenez bien mes paroles, que la circonstance fait presque sole
Le roi de Navarre sourit et ordo
Marguerite remarquait du coin de l’œil l’imperceptible éto
Pour le faire venir, Gillo
François entra si rapidement qu’il faillit, en les écartant, renverser ceux qui le précédaient. Son premier coup d’œil fut pour Henri. Marguerite n’eut que le second.
Henri lui répondit par un salut courtois. Marguerite composa son visage, qui exprima la plus parfaite sérénité.
D’un autre regard vague, mais scrutateur, le duc embrassa alors toute la chambre; il vit le lit aux tapisseries dérangées, le double oreiller affaissé au chevet, le chapeau du roi jeté sur une chaise.
Il pâlit; mais se remettant sur-le-champ:
– Mon frère Henri, dit-il, venez-vous jouer ce matin à la paume avec le roi?
– Le roi me fait-il cet ho
– Mais non, le roi n’a point parlé de cela, dit le duc un peu embarrassé; mais n’êtes-vous point de sa partie ordinaire?
Henri sourit, car il s’était passé tant et de si graves choses depuis la dernière partie qu’il avait faite avec le roi, qu’il n’y aurait rien eu d’éto
– J’y vais, mon frère! dit Henri en souriant.
– Venez, reprit le duc.
– Vous vous en allez? demanda Marguerite.
– Oui, ma sœur.
– Vous êtes donc pressé?
– Très pressé.
– Si cependant je réclamais de vous quelques minutes?
Une pareille demande était si rare dans la bouche de Marguerite, que son frère la regarda en rougissant et en pâlissant tour à tour.
– Que va-t-elle lui dire? pensa Henri non moins éto
Marguerite, comme si elle eût deviné la pensée de son époux, se retourna de son côté.
– Monsieur, dit-elle avec un charmant sourire, vous pouvez rejoindre Sa Majesté, si bon vous semble, car le secret que j’ai à révéler à mon frère est déjà co
– Qu’est-ce donc? demanda François en les regardant tous deux avec éto
– Ah! ah! dit Henri en rougissant de dépit, je sais ce que vous voulez dire, madame. En vérité, je regrette de ne pas être plus libre. Mais si je ne puis do
– Allons, allons, se dit Marguerite en elle-même, à eux deux ils vont faire ce que ni l’un ni l’autre des deux n’eût fait tout seul.
Et elle ouvrit la porte du cabinet et en fit sortir le jeune blessé après avoir dit à Henri:
– C’est à vous, monsieur, d’expliquer à mon frère à quel titre nous nous intéressons à M. de La Mole.
En deux mots Henri, pris au trébuchet, raconta à M. d’Alençon, moitié protestant par opposition, comme Henri moitié catholique par prudence, l’arrivée de La Mole à Paris, et comment le jeune homme avait été blessé en venant lui apporter une lettre de M. d’Auriac.
Quand le duc se retourna, La Mole, sorti du cabinet, se tenait debout devant lui.
François, en l’apercevant si beau, si pâle, et par conséquent doublement séduisant par sa beauté et par sa pâleur, sentit naître une nouvelle terreur au fond de son âme. Marguerite le prenait à la fois par la jalousie et par l’amour-propre.
– Mon frère, lui dit-elle, ce jeune gentilhomme, j’en réponds, sera utile à qui saura l’employer. Si vous l’acceptez pour vôtre, il trouvera en vous un maître puissant, et vous en lui un serviteur dévoué. En ces temps, il faut bien s’entourer, mon frère! surtout, ajouta-t-elle en baissant la voix de manière que le duc d’Alençon l’entendît seul, quand on est ambitieux et que l’on a le malheur de n’être que troisième fils de France.
Elle mit un doigt sur sa bouche pour indiquer à François que, malgré cette ouverture, elle gardait encore à part en elle-même une portion importante de sa pensée.
– Puis, ajouta-t-elle, peut-être trouverez-vous, tout au contraire de Henri, qu’il n’est pas séant que ce jeune homme demeure si près de mon appartement.
– Ma sœur, dit vivement François, monsieur de La Mole, si cela lui convient toutefois, sera dans une demi-heure installé dans mon logis, où je crois qu’il n’a rien à craindre. Qu’il m’aime et je l’aimerai.
François mentait, car au fond de son cœur il détestait déjà La Mole.
– Bien, bien… je ne m’étais donc pas trompée! murmura Marguerite, qui vit les sourcils du roi de Navarre se froncer. Ah! pour vous conduire l’un et l’autre, je vois qu’il faut vous conduire l’un par l’autre.