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Charles IX entra donc, comme nous l’avons dit, dans ce cabinet, et, après avoir fermé la porte principale par laquelle il était entré, il alla soulever une tapisserie qui masquait un passage do

Comme ce mouvement s’était fait avec lenteur et que les pas du roi, assourdis par le tapis, n’avaient pas eu plus de retentissement que ceux d’un fantôme, la femme agenouillée, n’ayant rien entendu, ne se retourna point et continua de prier, Charles demeura un instant debout, pensif et la regardant.

C’était une femme de trente-quatre à trente-cinq ans, dont la beauté vigoureuse était relevée par le costume des paysa

Or, tout était à l’avenant de ce prie-Dieu et de cette bible.

– Eh! Madelon! dit le roi.

La femme agenouillée releva la tête en souriant, à cette voix familière; puis, se levant:

– Ah! c’est toi, mon fils! dit-elle.

– Oui, nourrice, viens ici.

Charles IX laissa retomber la portière et alla s’asseoir sur le bras du fauteuil. La nourrice parut.

– Que me veux-tu, Charlot? dit-elle.

– Viens ici et réponds tout bas. La nourrice s’approcha avec cette familiarité qui pouvait venir de cette tendresse maternelle que la femme conçoit pour l’enfant qu’elle a allaité, mais à laquelle les pamphlets du temps do

– Me voilà, dit-elle, parle.

– L’homme que j’ai fait demander est-il là?

– Depuis une demi-heure.

Charles se leva, s’approcha de la fenêtre, regarda si perso

– C’est bon, nourrice, fais-le entrer. La bo

Après quelques secondes, pendant lesquelles le visage de l’étranger se décomposa de plus en plus:

– C’est bien vous, dit le roi, que l’on nomme François de Louviers-Maurevel?

– Oui, Sire.

– Commandant des pétardiers?

– Oui, Sire.

– J’ai voulu vous voir. Maurevel s’inclina.

– Vous savez, continua Charles en appuyant sur chaque mot, que j’aime également tous mes sujets.

– Je sais, balbutia Maurevel, que Votre Majesté est le père de son peuple.

– Et que huguenots et catholiques sont également mes enfants.

Maurevel resta muet; seulement, le tremblement qui agitait son corps devint visible au regard perçant du roi, quoique celui auquel il adressait la parole fût presque caché dans l’ombre.

– Cela vous contrarie, continua le roi, vous qui avez fait une si rude guerre aux huguenots? Maurevel tomba à genoux.

– Sire, balbutia-t-il, croyez bien…

– Je crois, continua Charles IX en arrêtant de plus en plus sur Maurevel un regard qui, de vitreux qu’il était d’abord, devenait presque flamboyant; je crois que vous aviez bien envie de tuer à Moncontour M. l’amiral qui sort d’ici; je crois que vous avez manqué votre coup, et qu’alors vous êtes passé dans l’armée du duc d’Anjou, notre frère; enfin, je crois qu’alors vous êtes passé une seconde fois chez les princes, et que vous y avez pris du service dans la compagnie de M. de Mouy de Saint-Phale…

– Oh! Sire!

– Un brave gentilhomme picard?

– Sire, Sire, s’écria Maurevel, ne m’accablez pas!

– C’était un digne officier, continua Charles IX, – et au fur et à mesure qu’il parlait, une expression de cruauté presque féroce se peignait sur son visage, – lequel vous accueillit comme un fils, vous logea, vous habilla, vous nourrit.

Maurevel laissa échapper un soupir de désespoir.

– Vous l’appeliez votre père, je crois, continua impitoyablement le roi, et une tendre amitié vous liait au jeune de Mouy, son fils?

Maurevel, toujours à genoux, se courbait de plus en plus, écrasé sous la parole de Charles IX, debout, impassible et pareil à une statue dont les lèvres seules eussent été douées de vie.

– À propos continua le roi, n’était-ce pas dix mille écus que vous deviez toucher de M. de Guise au cas où vous tueriez l’amiral?

L’assassin, consterné, frappait le parquet de son front.

– Quant au sieur de Mouy, votre bon père, un jour vous l’escortiez dans une reco