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Julien frémit de l’imprudence, chercha la page cent trente et y trouva attachée avec une épingle la lettre suivante écrite à la hâte, baignée de larmes et sans la moindre orthographe. Ordinairement Mme de Rênal la mettait fort bien, il fut touché de ce détail et oublia un peu l’imprudence effroyable.

«Tu n’a pas voulu me recevoir cette nuit? Il est des moments où je crois n’avoir jamais lu jusqu’au fond de ton âme. Tes regards m’effrayent. J’ai peur de toi. Grand Dieu! ne m’aurais-tu jamais aimée? En ce cas, que mon mari découvre nos amours, et qu’il m’enferme dans une éternelle prison, à la campagne, loin de mes enfants. Peut-être Dieu le veut ainsi. Je mourrai bientôt. Mais tu seras un monstre.

Ne m’aimes-tu pas? es-tu las de mes folies, de mes remords, impie? Veux-tu me perdre? je t’en do

Mais se co

N’en doute pas, cher ami, s’il y a une lettre anonyme, elle vient de cet être odieux qui pendant six ans m’a poursuivie de sa grosse voix, du récit de ses sauts à cheval, de sa fatuité, et de l’énumération éternelle de tous ses avantages.

Y a-t-il une lettre anonyme? méchant, voilà ce que je voulais discuter avec toi; mais non, tu as bien fait. Te serrant dans mes bras, peut-être pour la dernière fois, jamais je n’aurais pu discuter froidement, comme je fais étant seule. De ce moment notre bonheur ne sera plus aussi facile. Sera-ce une contrariété pour vous? Oui, les jours où vous n’aurez pas reçu de M. Fouqué quelque livre amusant. Le sacrifice est fait, demain, qu’il y ait ou qu’il n’y ait pas de lettre anonyme, moi aussi je dirai à mon mari que j’ai reçu une lettre anonyme, et qu’il faut à l’instant te faire un pont d’or, trouver quelque prétexte ho

Hélas! cher ami, nous allons être séparés quinze jours, un mois peut-être! Va, je te rends justice, tu souffriras autant que moi. Mais enfin, voilà le seul moyen de parer l’effet de cette lettre anonyme; ce n’est pas la première que mon mari ait reçue, et sur mon compte encore. Hélas! combien j’en riais!

Tout le but de ma conduite, c’est de faire penser à mon mari que la lettre vient de M. Valenod; je ne doute pas qu’il n’en soit l’auteur. Si tu quittes la maison, ne manque pas d’aller t’établir à Verrières. Je ferai en sorte que mon mari ait l’idée d’y passer quinze jours, pour prouver aux sots qu’il n’y a pas de froid entre lui et moi. Une fois à Verrières, lie-toi d’amitié avec tout le monde, même avec les libéraux. Je sais que toutes ces dames te rechercheront.

Ne va pas te fâcher avec M. Valenod, ni lui couper les oreilles, comme tu disais un jour; fais-lui au contraire toutes tes bo

Voilà ce que mon mari ne souffrira jamais. Dût-il s’y résoudre, eh bien! au moins tu habiteras Verrières, et je te verrai quelquefois. Mes enfants qui t’aiment tant iront te voir. Grand Dieu! je sens que j’aime mieux mes enfants parce qu’ils t’aiment. Quel remords! comment tout ceci finira-t-il?… Je m’égare… Enfin, tu comprends ta conduite; sois doux, poli, point méprisant avec ces grossiers perso

C’est toi qui va me fournir la lettre anonyme; arme-toi de patience et d’une paire de ciseaux. Coupe dans un livre les mots que tu vas voir; colle-les ensuite, avec de la colle à bouche, sur la feuille de papier bleuâtre que je t’envoie; elle me vient de M. Valenod. Attends-toi à une perquisition chez toi; brûle les pages du livre que tu auras mutilé. Si tu ne trouves pas les mots tout faits, aie la patience de les former lettre à lettre. Pour épargner ta peine, j’ai fait la lettre anonyme trop courte. Hélas! si tu ne m’aimes plus, comme je le crains, que la mie

Lettre anonyme

«Madame,

Toutes vos petites menées sont co

«Dès que tu auras fini de coller les mots qui composent cette lettre (y as-tu reco

J’irai dans le village et reviendrai avec un visage troublé, je le serai en effet beaucoup. Grand Dieu! qu’est-ce que je hasarde, et tout cela parce que tu as cru deviner une lettre anonyme. Enfin, avec un visage renversé, je do

Du haut des rochers tu peux voir la tour du colombier. Si nos affaires vont bien, j’y placerai un mouchoir blanc; dans le cas contraire, il n’y aura rien.

Ton cœur, ingrat, ne te fera-t-il pas trouver le moyen de me dire que tu m’aimes avant de partir pour cette promenade? Quoi qu’il puisse arriver, sois sûr d’une chose: je ne survivrais pas d’un jour à notre séparation définitive. Ah! mauvaise mère! Ce sont deux mots vains que je viens d’écrire là, cher Julien. Je ne les sens pas; je ne puis songer qu’à toi en ce moment, je ne les ai écrits que pour ne pas être blâmée de toi. Maintenant que je me vois au moment de te perdre, à quoi bon dissimuler? Oui! que mon âme te semble atroce, mais que je ne mente pas devant l’homme que j’adore! Je n’ai déjà que trop trompé en ma vie. Va, je te pardo