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– Parce que, en ce moment, je me sens le courage de mourir sans trop faire rire à mes dépens. Et qui me dit que dans deux mois, après un long séjour dans ce cachot humide, je serai aussi bien disposé? Je prévois des entrevues avec des prêtres, avec mon père… Rien au monde ne peut m’être aussi désagréable. Mourons.

Cette contrariété imprévue réveilla toute la partie altière du caractère de Mathilde. Elle n’avait pu voir l’abbé de Frilair avant l’heure où l’on ouvre les cachots de la prison de Besançon; sa fureur retomba sur Julien. Elle l’adorait, et, pendant un grand quart d’heure, il retrouva dans ses imprécations contre son caractère de lui Julien, dans ses regrets de l’avoir aimé, toute cette âme hautaine qui jadis l’avait accablé d’injures si poignantes, dans la bibliothèque de l’hôtel de La Mole.

– Le ciel devait à la gloire de ta race de te faire naître homme, lui dit-il.

Mais quant à moi, pensait-il, je serais bien dupe de vivre encore deux mois dans ce séjour dégoûtant, en butte à tout ce que la faction patricie

Eh bien, soit, à la bo

Cette résolution prise, il tomba dans la rêverie… Le courrier en passant apportera le journal à six heures comme à l’ordinaire; à huit heures, après que M. de Rênal l’aura lu, Élisa, marchant sur la pointe du pied, viendra le déposer sur son lit. Plus tard elle s’éveillera: tout à coup, en lisant, elle sera troublée; sa jolie main tremblera; elle lira jusqu’à ces mots… À dix heures et cinq minutes, il avait cessé d’exister.

Elle pleurera à chaudes larmes, je la co

Ah! ceci est une antithèse! pensa-t-il, et, pendant un grand quart d’heure que dura encore la scène que lui faisait Mathilde, il ne songea qu’à Mme de Rênal. Malgré lui, et quoique répondant souvent à ce que Mathilde lui disait, il ne pouvait détacher son âme du souvenir de la chambre à coucher de Verrières. Il voyait la gazette de Besançon sur la courte-pointe de taffetas orange. Il voyait cette main si blanche qui la serrait d’un mouvement convulsif; il voyait Mme de Rênal pleurer… Il suivait la route chaque larme sur cette figure charmante.

Mlle de La Mole, ne pouvant rien obtenir de Julien, fit entrer l’avocat. C’était heureusement un ancien capitaine de l’armée d’Italie de 1796, où il avait été camarade de Manuel.

Pour la forme, il combattit la résolution du condamné. Julien, voulant le traiter avec estime, lui déduisit toutes ses raisons.

Ma foi, on peut penser comme vous, finit par lui dire M. Félix Vaneau; c’était le nom de l’avocat. Mais vous avez trois jours pleins pour appeler, et il est de mon devoir de revenir tous les jours. Si un volcan s’ouvrait sous la prison, d’ici à deux mois, vous seriez sauvé. Vous pouvez mourir de maladie, dit-il en regardant Julien.

Julien lui serra la main. – Je vous remercie, vous êtes un brave homme. À ceci je songerai.

Et lorsque Mathilde sortit enfin avec l’avocat, il se sentait beaucoup plus d’amitié pour l’avocat que pour elle.

Chapitre XLIII

Une heure après, comme il dormait profondément, il fut éveillé par des larmes qu’il sentait couler sur sa main. Ah! c’est encore Mathilde, pensa-t-il à demi éveillé. Elle vient, fidèle à la théorie, attaquer ma résolution par les sentiments tendres. E

Il entendit un soupir singulier; il ouvrit les yeux, c’était Mme de Rênal.

– Ah! je te revois avant que de mourir, est-ce une illusion? s’écria-t-il en se jetant à ses pieds.

Mais pardon, Madame, je ne suis qu’un assassin à vos yeux, dit-il à l’instant, en revenant à lui.

– Monsieur… je viens vous conjurer d’appeler, je sais que vous ne le voulez pas… Ses sanglots l’étouffaient; elle ne pouvait parler.

– Daignez me pardo

– Si tu veux que je te pardo

Julien la couvrait de baisers.

– Viendras-tu me voir tous les jours pendant ces deux mois?

– Je te le jure. Tous les jours, à moins que mon mari ne me le défende.

– Je signe! s’écria Julien. Quoi! tu me pardo

Il la serrait dans ses bras; il était fou. Elle jeta un petit cri.

– Ce n’est rien, lui dit-elle, tu m’as fait mal.

– À ton épaule, s’écria Julien fondant en larmes. Il s’éloigna un peu, et couvrit sa main de baisers de flamme. Qui me l’eût dit la dernière fois que je te vis dans ta chambre à Verrières?…

– Qui m’eût dit alors que j’écrirais à M. de La Mole cette lettre infâme?…

– Sache que je t’ai toujours aimée, que je n’ai aimé que toi.

– Est-il bien possible! s’écria Mme de Rênal, ravie à son tour. Elle s’appuya sur Julien, qui était à ses genoux, et longtemps ils pleurèrent en silence.

À aucune époque de sa vie, Julien n’avait trouvé un moment pareil.

Bien longtemps après, quand on put parler:

– Et cette jeune Mme Michelet, dit Mme de Rênal, ou plutôt cette Mlle de La Mole; car je commence en vérité à croire cet étrange roman!

– Il n’est vrai qu’en apparence, répondit Julien. C’est ma femme, mais ce n’est pas ma maîtresse…

En s’interrompant cent fois l’un l’autre, ils parvinrent à grand’peine à se raconter ce qu’ils ignoraient. La lettre écrite à M. de La Mole avait été faite par le jeune prêtre qui dirigeait la conscience de Mme de Rênal, et ensuite copiée par elle.

– Quelle horreur m’a fait commettre la religion! lui disait-elle; et encore j’ai adouci les passages les plus affreux de cette lettre…

Les transports et le bonheur de Julien lui prouvaient combien il lui pardo

– Je me crois pourtant pieuse, lui disait Mme de Rênal dans la suite de la conversation. Je crois sincèrement en Dieu; je crois également, et même cela m’est prouvé, que le crime que je commets est affreux, et dès que je te vois, même après que tu m’as tiré deux coups de pistolet… Et ici, malgré elle, Julien la couvrit de baisers.