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Enfin, il découvrit que le projets de Mlle de La Mole variaient souvent, et, à son grand soulagement, trouva un mot pour blâmer ce caractère si fatigant pour lui: elle était changeante. De cette épithète à celle de mauvaise tête, le plus grand anathème en province, il n’y a qu’un pas.

Il est singulier, se disait Julien, un jour que Mathilde sortait de sa prison, qu’une passion si vive et dont je suis l’objet me laisse tellement insensible! et je l’adorais il y a deux mois! J’avais bien lu que l’approche de la mort désintéresse de tout; mais il est affreux de se sentir ingrat et d ne pouvoir se changer. Je suis donc un égoïste? Il se faisait à ce sujet les reproches les plus humiliants.

L’ambition était morte en son cœur, une autre passion y était sortie de ses cendres; il l’appelait le remords d’avoir assassiné Mme de Rênal.

Dans le fait, il en était éperdument amoureux. Il trouvait un bonheur singulier quand, laissé absolument seul et sans crainte d’être interrompu, il pouvait se livrer tout entier au souvenir des journées heureuses qu’il avait passées jadis à Verrière ou à Vergy. Les moindres incidents de ces temps trop rapidement envolés avaient pour lui une fraîcheur et un charme irrésistibles. Jamais il ne pensait à ses succès de Paris; il en était e

Ces dispositions qui s’accroissaient rapidement furent en partie devinées par la jalousie de Mathilde. Elle s’apercevait fort clairement qu’elle avait à lutter contre l’amour de la solitude. Quelquefois, elle prononçait avec terreur le nom de Mme de Rênal. Elle voyait frémir Julien. Sa passion n’eut désormais ni bornes, ni mesure.

S’il meurt, je meurs après lui, se disait-elle avec toute la bo

Au milieu des transports les plus vifs, quand elle serrait contre son cœur la tête de Julien: Quoi! se disait-elle avec horreur, cette tête charmante serait destinée à tomber! Eh bien! ajoutait-elle enflammée d’un héroïsme qui n’était pas sans bonheur, mes lèvres, qui se pressent contre ces jolies cheveux, seront glacées moins de vingt-quatre heures après.

Les souvenirs de ces moments d’héroïsme et d’affreuse volupté l’attachaient d’une étreinte invincible. L’idée de suicide, si occupante par elle-même, et jusqu’ici si éloignée de cette âme altère, y pénétra, et bientôt y régna avec un empire absolu. Non, le sang de mes ancêtres ne s’est point attiédi en descendant jusqu’à moi, se disait Mathilde avec orgueil.

– J’ai une grâce à vous demander, lui dit un jour son amant: mettez votre enfant en nourrice à Verrières, Mme de Rênal surveillera la nourrice.

– Ce que vous me dites là est bien dur… Et Mathilde pâlit.

– Il est vrai, et je t’en demande mille fois pardon, s’écria Julien sortant de sa rêverie et la serrant dans ses bras.

Après avoir séché ses larmes, il revint à sa pensée, mais avec plus d’adresse. Il avait do

– Il faut convenir, chère amie, que les passions sont un accident dans la vie, mais cet accident ne se rencontre que chez les âmes supérieures… La mort de mon fils serait au fond un bonheur pour l’orgueil de votre famille, c’est ce que devineront les subalternes. La négligence sera le lot de cet enfant du malheur et de la honte… J’espère qu’à une époque que je ne veux point fixer, mais que pourtant mon courage entrevoit, vous obéirez à mes dernières recommandations: vous épouserez M. le marquis de Croisenois.

– Quoi, déshonorée!

– Le désho

Vous porterez le secours d’un caractère ferme et entreprenant au parti politique où vous jetterez votre époux. Vous pourrez succéder aux Chevreuse et aux Longueville de la Fronde… Mais alors, chère amie, le feu céleste qui vous anime en ce moment sera un peu attiédi.

Permettez-moi de vous le dire, ajouta-t-il après beaucoup d’autres phrases préparatoires, dans quinze ans vous regarderez comme une folie excusable, mais pourtant comme une folie, l’amour que vous avez eu pour moi…

Il s’arrêta tout à coup et devint rêveur. Il se trouvait de nouveau vis-à-vis de cette idée si choquante pour Mathilde: dans quinze ans Mme de Rênal adorera mon fils, et vous l’aurez oublié.

Chapitre XL. La Tranquillité

C’est parce qu’alors j’étais fou qu’aujourd’hui je suis sage. O philosophe qui ne vois rien que d’instantané, que tes vues sont courtes! Ton œil n’est pas fait pour suivre le travail souterrain des passions.

Mme GOETHE.

Cet entretien fut coupé par un interrogatoire, suivi d’une conférence avec l’avocat chargé de la défense. Ces moments étaient les seuls absolument désagréables d’une vie pleine d’incurie et de rêveries tendres.

Il y a meurtre, et meurtre avec préméditation, dit Julien au juge comme à l’avocat. J’en suis fâché, Messieurs, ajouta-t-il en souriant; mais ceci réduit votre besogne à bien peu de chose.

Après tout, se disait Julien, quand il fut parvenu à se délivrer de ces deux êtres, il faut que je sois brave, et apparemment plus brave que ces deux hommes. Ils regardent comme le comble des maux, comme le roi des épouvantements, ce duel à issue malheureuse, dont je ne m’occuperai sérieusement que le jour même.

C’est que j’ai co

L’avocat, homme de règle et de formalités, le croyait fou et pensait avec le public que c’était la jalousie qui lui avait mis le pistolet à la main. Un jour, il hasarda de faire entendre à Julien que cette allégation, vraie ou fausse, serait un excellent moyen de plaidoirie. Mais l’accusé redevint en un clin d’œil un être passio