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– Si ton père s’aperçoit de quelque chose, dit madame Grandet, il est capable de nous battre.

– Eh! bien, il nous battra, nous recevrons ses coups à genoux.

Madame Grandet leva les yeux au ciel, pour toute réponse. Nanon prit sa coiffe et sortit. Eugénie do

– Le malheur veille pendant qu’il dort, se dit-elle. Elle prit les plus vertes feuilles de la vigne, arrangea son raisin aussi coquettement que l’aurait pu dresser un vieux chef d’office, et l’apporta triomphalement sur la table. Elle fit main basse, dans la cuisine, sur les poires comptées par son père, et les disposa en pyramide parmi des feuilles. Elle allait, venait, trottait, sautait. Elle aurait bien voulu mettre à sac toute la maison de son père; mais il avait les clefs de tout. Nanon revint avec deux œufs frais. En voyant les œufs, Eugénie eut l’envie de lui sauter au cou.

– Le fermier de la Lande en avait dans son panier, je les lui ai demandés, et il me les a do

Après deux heures de soins, pendant lesquelles Eugénie quitta vingt fois son ouvrage pour aller voir bouillir le café, pour aller écouter le bruit que faisait son cousin en se levant, elle réussit à préparer un déjeuner très-simple, peu coûteux, mais qui dérogeait terriblement aux habitudes invétérées de la maison. Le déjeuner de midi s’y faisait debout. Chacun prenait un peu de pain, un fruit ou du beurre, et un verre de vin. En voyant la table placée auprès du feu, l’un des fauteuils mis devant le couvert de son cousin, en voyant les deux assiettées de fruits, le coquetier, la bouteille de vin blanc, le pain, et le sucre amoncelé dans une soucoupe, Eugénie trembla de tous ses membres en songeant seulement alors aux regards que lui lancerait son père, s’il venait à entrer en ce moment. Aussi regardait-elle souvent la pendule, afin de calculer si son cousin pourrait déjeuner avant le retour du bonhomme.

– Sois tranquille, Eugénie, si ton père vient, je prendrai tout sur moi, dit madame Grandet.

Eugénie ne put retenir une larme.

– Oh! ma bo

Charles, après avoir fait mille tours dans sa chambre en chantero

– Avez-vous bien passé la nuit, ma chère tante? Et vous, ma cousine?

– Bien, monsieur, mais vous? dit madame Grandet.

– Moi, parfaitement.

– Vous devez avoir faim, mon cousin, dit Eugénie; mettez-vous à table.

– Mais je ne déjeune jamais avant midi, le moment où je me lève. Cependant, j’ai si mal vécu en route, que je me laisserai faire. D’ailleurs… Il tira la plus délicieuse montre plate que Breguet ait faite. Tiens, mais il est onze heures, j’ai été matinal.

– Matinal?… dit madame Grandet.

– Oui, mais je voulais ranger mes affaires. Eh! bien, je mangerais volontiers quelque chose, un rien, une volaille, un perdreau.

– Sainte Vierge! cria Nanon en entendant ces paroles.

– Un perdreau, se disait Eugénie qui aurai voulu payer un perdreau de tout son pécule.

– Venez vous asseoir, lui dit sa tante.

Le dandy se laissa aller sur le fauteuil comme une jolie femme qui se pose sur son divan. Eugénie et sa mère prirent des chaises et se mirent près de lui devant le feu.

– Vous vivez toujours ici? leur dit Charles en trouvant la salle encore plus laide au jour qu’elle ne l’était aux lumières.

– Toujours, répondit Eugénie en le regardant, excepté pendant les vendanges. Nous allons alors aider Nanon, et logeons tous à l’abbaye de Noyers.

– Vous ne vous promenez jamais?

– Quelquefois le dimanche après vêpres, quand il fait beau, dit madame Grandet, nous allons sur le pont, ou voir les foins quand on les fauche.

– Avez-vous un théâtre?

– Aller au spectacle, s’écria madame Grandet, voir des comédiens! Mais, monsieur, ne savez-vous pas que c’est un péché mortel?

– Tenez, mon cher monsieur, dit Nanon en apportant les œufs, nous vous do

– Oh! des œufs frais, dit Charles qui semblable aux gens habitués au luxe ne pensait déjà plus à son perdreau. Mais c’est délicieux, si vous aviez du beurre? Hein, ma chère enfant.

– Ah! du beurre! Vous n’aurez donc pas de galette, dit la servante.

– Mais do

La jeune fille examinait son cousin coupant ses mouillettes et y prenait plaisir, autant que la plus sensible grisette de Paris en prend à voir jouer un mélodrame où triomphe l’i

– Ma foi, ma chère cousine, si vous étiez en grande loge et en grande toilette à l’Opéra, je vous garantis que ma tante aurait bien raison, vous y feriez faire bien des péchés d’envie aux hommes et de jalousie aux femmes.

Ce compliment étreignit le cœur d’Eugénie, et le fit palpiter de joie, quoiqu’elle n’y comprit rien.

– Oh! mon cousin, vous voulez vous moquer d’une pauvre petite provinciale.

– Si vous me co