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– Je suis trop laide, il ne fera pas attention à moi.

Puis elle ouvrit la porte de sa chambre qui do

– Il ne se lève pas, pensa-t-elle en entendant la tousserie matinale de Nanon, et la bo

– Nanon, ma bo

– Mais, mademoiselle, il aurait fallu s’y prendre hier, dit Nanon qui partit d’un gros éclat de rire. Je ne peux pas faire de la crème. Votre cousin est mignon, mignon, mais vraiment mignon. Vous ne l’avez pas vu dans sa chambrelouque de soie et d’or. Je l’ai vu, moi. Il porte du linge fin comme celui du surplis à monsieur le curé.

– Nanon, fais-nous donc de la galette.

– Et qui me do

Eugénie se sauva dans le jardin, tout épouvantée en entendant trembler l’escalier sous le pas de son père. Elle éprouvait déjà les effets de cette profonde pudeur et de cette conscience particulière de notre bonheur qui nous fait croire, non sans raison peut-être, que nos pensées sont gravées sur notre front et sautent aux yeux d’autrui. En s’apercevant enfin du froid dénûment de la maison paternelle, la pauvre fille concevait une sorte de dépit de ne pouvoir la mettre en harmonie avec l’élégance de son cousin. Elle éprouva un besoin passio

– Reste-t-il du pain d’hier? dit-il à Nanon.

– Pas une miette, monsieur.

Grandet prit un gros pain rond, bien enfariné, moulé dans un de ces paniers plats qui servent à boulanger en Anjou, et il allait le couper, quand Nanon lui dit:

– Nous sommes cinq, aujourd’hui, monsieur.

– C’est vrai, répondit Grandet, mais ton pain pèse six livres, il en restera. D’ailleurs, ces jeunes gens de Paris, tu verras que ça ne mange point de pain.

– Ca mangera donc de la frippe, dit Nanon.

En Anjou, la frippe, mot du lexique populaire, exprime l’accompagnement du pain, depuis le beurre étendu sur la tartine, frippe vulgaire, jusqu’aux confitures d’alleberge, la plus distinguée des frippes; et tous ceux qui, dans leur enfance, ont léché la frippe et laissé le pain, comprendront la portée de cette locution.

– Non, répondit Grandet, ça ne mange ni frippe, ni pain. Ils sont quasiment comme des filles à marier.

Enfin, après avoir parcimonieusement ordo

– Monsieur, do

– Ne vas-tu pas mettre la maison au pillage à cause de mon neveu?

– Je ne pensais pas plus à votre neveu qu’à votre chien, pas plus que vous n’y pensez vous-même. Ne voilà-t-il pas que vous ne m’avez aveint que six morceaux de sucre, m’en faut huit.

– Ha! çà, Nanon, je ne t’ai jamais vue comme ça. Qu’est-ce qui te passe donc par la tête? Es-tu la maîtresse ici? Tu n’auras que six morceaux de sucre.

– Eh! bien, votre neveu, avec quoi donc qu’il sucrera son café?

– Avec deux morceaux, je m’en passerai, moi.

– Vous vous passerez de sucre, à votre âge! J’aimerais mieux vous en acheter de ma poche.

– Mêle-toi de ce qui te regarde.

Malgré la baisse du prix, le sucre était toujours, aux yeux du to

– Mademoiselle, cria-t-elle par la croisée, est-ce pas que vous voulez de la galette?

– Non, non, répondit Eugénie.

– Allons, Nanon, dit Grandet en entendant la voix de sa fille, tiens. Il ouvrit la mette où était la farine, lui en do

– Il faudra du bois pour chauffer le four, dit l’implacable Nanon.

– Eh! bien, tu en prendras à ta suffisance, répondit-il mélancoliquement, mais alors tu nous feras une tarte aux fruits, et tu nous cuiras au four tout le dîner; par ainsi, tu n’allumeras pas deux feux.

– Quien! s’écria Nanon, vous n’avez pas besoin de me le dire. Grandet jeta sur son fidèle ministre un coup d’œil presque paternel.

– Mademoiselle, cria la cuisinière, nous aurons une galette. Le père Grandet revint chargé de ses fruits, et en rangea une première assiettée sur la table de la cuisine.

– Voyez donc, monsieur, lui dit Nanon, les jolies bottes qu’a votre neveu. Quel cuir, et qui sent bon. Avec quoi que ça se nettoie donc? Faut-il y mettre de votre cirage à l’œuf?

– Nanon, je crois que l’œuf gâterait ce cuir-là. D’ailleurs, dis-lui que tu ne co