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«Tout n'est pas dit, Elsa. Revenez avec moi.
– Je reviendrai bientôt prendre mes valises, sanglota-t-elle. Adieu, Cécile, nous nous entendions bien.»
Je n'avais jamais parlé avec elle que du temps ou de la mode, mais il me semblait pourtant que je perdais une vieille amie. Je fis demi-tour brusquement et courus jusqu'à la voiture.
le lendemain matin fut pénible, sans doute à cause des whiskies de la veille. Je me réveillai au travers de mon lit, dans l'obscurité, la bouche lourde, les membres perdus dans une moiteur insupportable. Un rai de soleil filtrait à travers les fentes du volet, des poussières y montaient en rangs serrés. Je n'éprouvais ni le désir de me lever, ni celui de rester dans mon lit. Je me demandais si Elsa reviendrait, quels visages auraient A
Mon père et A
« Bien dormi? dit mon père.
– Comme ça, répondis-je. J'ai trop bu de whisky hier soir.»
Je me versai une tasse de café, la goûtai, mais la reposai vite. Il y avait une sorte de qualité, d'attente dans leur silence qui me rendait mal à l'aise. J'étais trop fatiguée pour le supporter longtemps.
«Que se passe-t-il? Vous avez un air mystérieux.»
Mon père alluma une cigarette d'un geste qui se voulait tranquille. A
«Je voudrais vous demander quelque chose», dit-elle enfin.
J'envisageai le pire:
«Une nouvelle mission auprès d'Elsa?»
Elle détourna son visage, le tendit vers mon père:
«Votre père et moi aimerions nous marier», dit-elle.
Je la regardai fixement, puis mon père. Une minute, j'attendis de lui un signe, un clin d'œil, qui m'eût à la fois indignée et rassurée. Il regardait ses mains. Je me disais: «Ce n'est pas possible», mais je savais déjà que c'était vrai.
«C'est une très bo
Je ne parvenais pas à comprendre: mon père, si obstinément opposé au mariage, aux chaînes, en une nuit décidé... Cela changeait toute notre vie. Nous perdions l'indépendance. J'entrevis alors notre vie à trois, une vie subitement équilibrée par l'intelligence, le raffinement d'A
«C'est une très, très bo
– Mon petit chat, je savais que tu serais contente», dit mon père.
Il était détendu, enchanté. Redessiné par les fatigues de l'amour, le visage d'A
«Viens ici, mon chat», dit mon père.
Il me tendait les deux mains, m'attirait contre lui, contre elle. J'étais à demi âgenouillée devant eux, ils me regardaient avec une douce émotion, me caressaient la tête. Quant à moi, je ne cessais de penser que ma vie tournait peut-être en ce moment mais que je n'étais effectivement pour eux qu'un chat, un petit animal affectueux. Je les sentais au-dessus de moi, unis par un passé, un futur, des liens que je ne co
Mon père se leva pour aller chercher une bouteille de Champagne. J'étais écœurée. Il était heureux, c'était bien le principal, mais je l'avais vu si souvent heureux à cause d'une femme...
«J'avais un peu peur de vous, dit A
– Pourquoi?» demandai-je.
A l'entendre, j'avais l'impression que mon veto aurait pu empêcher le mariage de deux adultes.
«Je craignais que vous n'ayez peur de moi», dit-elle, et elle se mit à rire.
Je me mis à rire aussi car effectivement j'avais un peu peur d'elle. Elle me signifiait à la fois qu'elle le savait et que c'était inutile.
«Ça ne vous paraît pas ridicule, ce mariage de vieux?
– Vous n'êtes pas vieux», dis-je avec toute la conviction nécessaire car, une bouteille dans les bras, mon père revenait en valsant.
Il s'asseyait auprès d'A
Elsa ne revint pas ces jours-là. Une semaine passa très vite. Sept jours heureux, agréables, les seuls. Nous dressions des plans compliqués d'ameublement, des horaires. Mon père et moi nous plaisions à les faire serrés, difficiles, avec l'inconscience de ceux qui ne les ont jamais co
J'ai gardé de cette semaine un souvenir que je me plais à creuser aujourd'hui pour m'éprouver moi-même. A
Le pauvre Cyril n'avait pas vu sans un certain ahurissement nos transformations intérieures. Mais cette fin légale le réjouissait. Nous faisions du bateau ensemble, nous nous embrassions au gré de nos envies et parfois, tandis qu'il pressait sa bouche sur la mie