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V

Hésitant, Jacquemort regarda autour de lui. Perso

Le curé, debout devant l'autel, battait la mesure. Une vingtaine d'enfants chantaient en chœur un cantique de première communion, dont les paroles astucieuses frappèrent vivement le psychiatre qui, pour mieux saisir se rapprocha de l'autel.

L'aubépine, c'est une fleur

La graisse, c'est du gras

La m…, c'est du bonheur

Jésus, c'est mieux que tout ça.

L'herbe, c'est pour les bêtes

La viande, c'est pour papa

Les cheveux, c'est pour la tête

Jésus, c'est mieux que tout ça.

Jésus, c'est du rabiuxe

Jésus, c'est en pluxe

Jésus, c'est du luxe…

Le psychiatre reco

Il sortit apaisé et pensa qu'il fallait voir le maréchal-ferrant pour éviter de se faire bousculer par Clémentine au retour.

Le soir allait venir. Jacquemort s'en fut vers la place du village, suivant du nez l'odeur de corne brûlée, qui flottait, imprécise. Il ferma les yeux pour ne pas se perdre et ses narines le guidèrent jusqu'à l'échoppe sombre où l'apprenti poussait un feu de forge à grand renfort de coups de soufflet. Devant la porte un cheval attendait son dernier fer. On venait de le passer à la tondeuse, sauf la partie inférieure des quatre membres, et Jacquemort admira ses belles fesses rondes, son dos un peu en creux, son poitrail puissant et sa crinière en brosse dure comme une bordure de buis.

Le maréchal-ferrant sortit du trou noir. C'était bien lui que Jacquemort, une heure plus tôt, avait vu arriver par le chemin pour torturer l'étalon.

– Bonjour, dit Jacquemort.

– Bonjour, répondit le maréchal.

Il tenait à la main droite, au bout d'une tenaille longue, un morceau de fer rouge. Au bout de son bras gauche, pendait un lourd marteau.

– Lève la jambe, dit-il au cheval.

Ce dernier obéit et fut ferré en un clin d'œil. Une vive fumée bleue de corne carbonisée se dégageait et obscurcit l'air. Jacquemort toussa. Le cheval reposa son pied sur le sol et essaya son fer.

– Ça va? demanda le maréchal. Pas trop petit?

Le cheval fit signe que non, posa sa tête sur l'épaule du maréchal-ferrant, qui lui flatta les naseaux. Puis l'animal s'en alla d'un pas tranquille. Il y avait par terre des tas de petits paquets de poil, comme dans la boutique d'un coiffeur.

– Ohé! cria le maréchal à son apprenti. Tu vas venir balayer ça!…

– Oui, dit la voix de l'apprenti.

Le maréchal s'apprêtait à rentrer et Jacquemort lui posa la main sur le bras.

– Dites…

– Quoi? demanda le maréchal.

– Pourriez-vous passer à la maison de la falaise? Un des enfants marche.

– C'est pressé? demanda l'homme.

– Oui, dit Jacquemort.

– Il peut pas venir?

– Je vais voir, dit le maréchal.

Il entra dans sa forge, croisant l'apprenti armé d'un vieux balai, qui commença à rassembler le poil épars en un tas à l'aspect dégoûtant. Jacquemort s'avança jusque sur le seuil. Il faisait très sombre et on était aveuglé par le feu dont la tache orange éclaboussait les choses d'ombres disparates. Près de la tache, Jacquemort distingua l'enclume et, allongée à côté, sur un établi de fer, une forme vague, d'allure humaine, à laquelle la lumière venue de la porte accrochait un reflet gris métallique.

Mais déjà le maréchal se retournait, ayant consulté son carnet et revenait vers lui. Il fronça le sourcil en voyant que Jacquemort s'était approché.

– Restez dehors, dit-il. C'est pas un moulin, ici.

– Je m'excuse, murmura Jacquemort, vivement intrigué.

– Je passerai demain, dit le maréchal. Demain matin dix heures. Que tout soit prêt. J'ai guère de temps à perdre.

– Entendu, dit Jacquemort. Et merci.

L'homme rentra dans sa forge. L'apprenti avait fini de récolter le poil et y mit le feu. Jacquemort, prêt à tomber devant la puanteur, s'éloigna rapidement.

Sur le chemin du retour, il remarqua une boutique de mercerie-couture. Il y avait, derrière la vitre, une vieille dame qu'on voyait distinctement dans la pièce éclairée. Elle était en train de finir une robe verte et blanche, garnie de broderie anglaise. Jacquemort s'arrêta, réfléchit et repartit. Un peu avant d'arriver à la maison, il se souvint que Clémentine portait exactement la même quelques jours plus tôt. Une robe rayée, vert et blanc, avec un col et des manchettes de broderie anglaise. Pourtant, Clémentine ne s'habillait pas au village? Si ou non?

VI

9 mars.

Jacquemort se levait. Toute la nuit passée à essayer de faire parler la bo

Terminant sa toilette, évitant de se laver les mains, il décida d'aller voir Angel. Il avait besoin d'un interlocuteur.

Angel n'était pas dans sa chambre, fait absolument démontré par l'absence de réponse à trois séries de trois successifs toquements, il vérifia par la même méthode diverses autres pièces, et conclut à la sortie de l'intéressé.

Du jardin venaient des bruits de scie. Il y fut.

Furtivement, tournant dans une allée, il respira ses doigts. L'odeur tenait.

Le chuintement de la scie se faisait plus net. Vers le garage, il vit Angel, en pantalon de toile bleue, sans veste, en train de scier un lourd madrier posé sur deux tréteaux.

Jacquemort s'approcha. L'extrémité du madrier, irrégulière et fendue, tomba sur le sol avec un choc mat. Un tas de sciure jaune, toute fraîche, résineuse, s'élevait déjà sous les tréteaux.

Angel se redressa et posa sa scie. Il tendit la main au psychiatre.

– Vous voyez, dit-il. Je suis vos conseils.

– Un bateau? demanda Jacquemort.

– Un bateau.

– Vous savez faire un bateau?

– Je ne lui demanderai pas de grosses performances, dit Angel. Pourvu qu'il flotte.

– Alors, faites un radeau, dit Jacquemort. C'est carré. C'est plus facile à faire.