Страница 111 из 165
Вот я и вернулся во Франкфурт после выполнения данного мне двойного поручения, хотя и не могу похвастать, что сделал это с чрезмерной скоростью; я побывал в Швейцарии, которую застал столь же спокойной и процветающей, сколь она выглядит бурной и беспокойной в газетах; провел две недели в Баден-Бадене, где теперь только одна сутолока, неделю в Вильдбаде, у ног канцлерши; представился, проезжая через Дармштадт, великому князю наследнику и теперь пребываю накануне отъезда в Эмс, к Жуковскому, чтобы немного прийти в себя после всех этих развлечений. На этом думаю завершить мою поездку, слишком очевидно напоминающую мне бессмысленное хождение взад и вперед по зале на бале-маскараде. Рейнский путь весьма на него походит — та же механическая сутолока, в результате весьма далекая от развлечения. С другой стороны, если отвлечься от моей бренной персоны, нет ничего более восхитительного и ошеломляющего, чем эта колоссальная материальная мощь Европы, все увеличивающийся рост которой внушает вам, против воли, предчувствие катастрофы.
Мое почтение княгине и выражение самой искренней дружбы вашему сыну.
Ф. Тютчев
Тютчевой Эрн. Ф., 29 июля/10 августа 1847
Francfort s/M. Ce 29 juillet/10 août 1847
Ma chatte chérie. Avant-hier, en revenant ici, mon premier mouvement a été de courir au bureau de la poste où j’ai eu en effet la satisfaction de trouver trois de tes lettres qui m’attendaient, car il faut que tu saches que je me suis résigné à ne pas en recevoir pendant tout ce temps que j’ai passé à Wildbad pour ne pas courir la chance d’en perdre une par quelque confusion qui aurait pu avoir lieu dans ces envois et renvois mutuels. Si tu t’imagines par hasard que tu conjureras par tes lettres mon impatience de te revoir, tu te trompes beaucoup, car il ne m’est jamais encore arrivé d’en lire une sans me trouver superlativement absurde de t’avoir quittée. Au fond, perso
Ta lettre du maître de poste de Hapsal — comme on disait du temps de Mad. de Sévigné — m’a beaucoup amusé. Elle est vraiment fort jolie. Il y a peu de feuilletons, et de meilleurs, qui vaillent une pareille lettre. J’aime bien les peurs que tu lui causes avec les excentricités épistolaires de ta correspondance. J’aime beaucoup aussi la figure d’Antoinette Bl en proie à ses doctes perplexités devant ton ignorance si pleine de calme et de sérénité… tout cela m’avait rendu fort heureux jusqu’à ce que je fusse arrivé à l’endroit de ta lettre où tu dis que tu es sans argent et que jusqu’à nouvel ordre tu allais vivre aux dépens de tes domestiques. Tu comprends qu’il m’ a été impossible de supporter cette idée. Aussi sais-tu ce que j’ai fait? Je t’ai envoyé hier une somme de 800 r ar accompagnée d’un mot d’avis pour le Pce Wiasemsky pour le prier qu’aussitôt la lettre de change arrivée il eût soin de t’en faire parvenir le montant à Hapsal le plutôt possible. Voilà l’usage que j’ai fait de ta lettre pour Rotschild, car je suis heureusement dans le cas de pouvoir n’y pas recourir pour mon propre compte, attendu que j’ai encore par-devers moi deux cents et quelques ducats qui doivent suffire pour défrayer la seconde moitié de mon voyage… Pourvu seulement que cette bienheureuse lettre de change arrive assez à temps pour prévenir les dernières extrémités de la détresse. Mais que devient donc mon frère, et peste soit de son absence et de son silence…
Maintenant je te dois quelques mots sur mon séjour à Wildbad. C’est le lendemain du jour où je t’avais écrit de Carlsruhe que j’arrivais dans ce lieu sauvage, peuplé pour le moment de la présence de la Chancelière. Pas besoin de dire que j’en ai été reçu avec toute la pudique effusion d’une affection aussi réelle que réservée. Je la trouvai un peu démoralisée par son isolement, car elle n’avait auprès d’elle que sa fille Chreptovitch, quelque peu e
Contre mon attente j’ai rencontré à Wildbad plus de 100 perso
Il va sans dire que dans les immenses loisirs de ce séjour décidément alpestre, la majeure partie de mon temps était exclusivement consacrée à celle qui m’y avait attiré. Nous nous voyions d’abord le matin à la source; puis, à trois heures de l’après-midi je venais la chercher pour la promenade. Puis je dînais — et très bien — avec ces dames et chez elles.
Et le reste du jour était tout à jouir… Aussi lorsqu’après huit jours de cette douce entente il a fallu se séparer, nos adieux ont été des plus tendres, et l’arbre de notre amitié sous la bénigne influence du soleil de Wildbad a poussé de nouveaux rejetons… Au sortir de là j’allai par le chemin de fer à Heidelberg où je couchai, et le lendemain je profitai de quelques éclaircies pour visiter la splendide ruine qui m’a paru plus belle que jamais. Dans mon ardeur j’avais pris un élan qui me portait tout au sommet de la montagne et bien au-dessus du château. Mais cet excès de zèle fut amplement récompensé par la vue d’un des plus magnifiques panoramas qui se soient jamais déroulés sous mes yeux. La plaine au loin immense et bleuâtre, laissant luire de loin en loin les sinuosités du Neckar, et sous mes pieds ce monde de verdure lustrée, éclatante sur laquelle se détachaient ces admirables pierres, si chaudes de ton et de formes si gracieuses. Ah, le beau pays! Mais il est ridicule d’en parler, à moins d’y être. C’est raconter de la musique.
En allant de Heidelberg à Francfort on passe aux portes de Darmstadt. J’avais appris par hasard que le lendemain c’était la fête de la Grande-D. J’avais pensé qu’il était convenable de profiter de la circonstance pour aller lui offrir mes hommages. Cette supposition paraissait assez naturelle. Eh bien, il est possible que je me suis trompé dans mes calculs. Au moins j’ai cru remarquer que ma présence gênait les alentours à cause d’un certain dîner à la campagne qui devait se do