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Autour d'elle les autres exploratrices se préparent avec minutie. Elles remplissent à ras bord leur jabot social de réserves énergétiques sucrées et leur poche d'acide formique. Puis elles se badigeo
On parle de la chasse au lézard. Certaines le comparent aux salamandres ou aux grenouilles, mais la majorité des trente-deux exploratrices s'accorde à lui reco
Il y a plusieurs flux. Certaines fourmis sont chargées de feuilles, de fruits, de graines, de fleurs ou de champignons. D'autres transportent des brindilles et des cailloux qui serviront de matériaux de construction. D'autres encore charrient du gibier… Brouhaha d'odeurs.
Les chasseresses se frayent un passage dans les embouteillages. Puis le trafic se fait plus fluide. L'avenue se rétrécit pour devenir une route qui n'occupe que trois têtes (neuf millimètres) de large, puis deux, puis une. Elles doivent être déjà loin de la Cité, elles n'en perçoivent plus les messages collectifs. Le groupe a coupé son cordon ombilical olfactif et se constitue en unité autonome. Il adopte la formation «balade», où les fourmis s'alignent deux par deux. Il croise bientôt un autre groupe, également des exploratrices. Celles-là ont dû en voir de rudes. Leur mince troupe ne compte plus une seule fourmi indemne. Rien que des mutilées. Certaines n'ont plus qu'une patte et se traînent lamentablement. Ça ne va pas mieux pour celles qui n'ont plus d'ante
103 683e n'a jamais vu de soldâtes aussi abîmées depuis la guerre des Coquelicots. Elles doivent avoir affronté quelque chose de terrifiant… Peut-être l'arme secrète? 103683e veut engager le dialogue avec une grosse guerrière aux longues mandibules cassées. D'où vie
L'autre ralentit et, sans répondre, tourne son visage. Epouvante, les orbites sont vides! Et le crâne est fendu de la bouche à l'articulation du cou.
Elle la regarde s'éloigner. Plus loin, elle tombe et ne se relève plus. Elle trouve encore la force de ramper hors du chemin, pour que son cadavre ne gêne pas le passage
La 56e femelle essaye d'effectuer un piqué serré pour échapper à l'hirondelle, mais celle-ci est dix fois plus rapide. Déjà un grand bec ombrage le bout de ses ante
SACRIFICE: A observer la fourmi, on dirait qu'elle n'est motivée que par des ambitions extérieures à sa propre existence. Une têtecoupée essayera encore de se rendre utile enmordillant des pattes adverses, en coupantune graine; un thorax se traînera pourboucher une issue aux e
Abnégation? Fanatisme envers la cité?
Abêtissement dû au collectivisme?
Non, la fourmi sait aussi vivre en solitaire.
Elle n 'a pas besoin de la Meute, elle peutmême se révolter.
Alors pourquoi se sacrifie-t-elle?
Au stade où en sont mes travaux, je dirais:
par modestie, il semble que pour elle samort ne soit pas un événement assez important pour la détourner du travailqu'elle a entrepris dans les secondes
précédentes.
Edmond Wells
Encyclopédie du savoir relatif et absolu.
Contournant les arbres, les buttes de terre et les buissons épineux, les exploratrices continuent de se faufiler en direction de l'orient maléfique.
La route s'est resserrée, mais des équipes de voirie sont encore présentes. On ne néglige jamais les voies d'accès menant d'une cité à une autre. Des canto
Elle s'approche d'une impatiente, dont les fleurs ressemblent à des abeilles, et commet l'imprudence de toucher. Aussitôt les fruits mûrs lui éclatent au visage, la couvrant de graines jaunes collantes! Heureusement que cen'estpasdel'alternaria… Pas découragée, elle grimpe sur une anémone fausse renoncule pour examiner le ciel de plus près. Elle voit là-haut des abeilles qui font des huit pour indiquer à leurs sœurs l'emplacement des fleurs à pollen.
Le paysage devient de plus en plus sauvage. Des odeurs mystérieuses circulent. Des centaines de petits êtres non identifiables foient en tous sens. On ne les repère que par le craquement des feuilles sèches. La tête encore pleine de picotements, 103 683e rejoint la troupe. C'est ainsi qu'elles arrivent d'un pas tranquille aux abords de la cité fédérée de Zoubi-zoubi-kan. De loin, on dirait un bosquet comme un autre. N'était l'odeur et le chemin tracé, perso
Les entrées de la Cité sont situées en hauteur, presque au ras du sommet du dôme. On les atteint en passant par un bouquet de fougères et de roses sauvages. Ce que font les exploratrices.
Ça grouille de vie là-dedans. Les pucerons ne se distinguent pas facilement, ils sont de la même couleur que les feuilles. Une ante
Zoubi-zoubi-kan pratique ce genre d'entourloupe. Pour se racheter, ou peut-être par pur modernisme, la Cité a construit en son deuxième étage de grandioses étables pourvues de tout le confort nécessaire au bien-être des pucerons. Les nourrices fourmis y soignent les œufs de leurs aphidiens avec la même concentration que les œufs myrmécéens. D'où vient, sans doute, l'importance inhabituelle et la belle allure du cheptel local.