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2. LE GRAND SAUT

Je sais que je n'ai plus le choix. La Terre n'est plus qu'une poussière au loin. Les fragments de mon ancien corps abando

Éto

Bon, ce n'est plus mon problème.

Mais la fabuleuse lumière m'aspire. Je me dirige vers le centre de ma galaxie. Enfin, je le vois. Le continent des morts est le trou noir situé au milieu de la Voie lactée.

Il ressemble à une bonde de lavabo, un vortex qui fait tout tourbillo

Ce trou noir aspire tout: les systèmes solaires, les étoiles, les planètes, les météorites. Et il m'emporte aussi.

Je me souviens des cartes du continent des morts. Les Sept Ciels. J'accoste au… Premier Ciel. C'est un territoire conique bleu. On y pénètre à travers une écume d'étoiles.

«Chaque a

Entre-temps on a l'impression d'être important parce qu 'on fait du bruit avec notre bouche, des mouvements avec nos jambes et nos bras. Moi je dis: nous sommes peu de chose et nous sommes amenés à devenir pourriture puis poussière.»

Source: individu interrogé dans la rue au hasard d'un microtrottoir.

Au seuil du continent des morts, je distingue maintenant des présences. À côté de moi, d'autres morts, telle une migration complète de papillons monarques, foncent vers la lumière.

Des victimes de la route. Des condamnés à mort exécutés. Des priso

Certains ont cherché les problèmes. Pilotes amateurs de brouillard ignorant tout du vol aux instruments. Skieurs hors piste qui n'ont pas vu la crevasse. Parachutistes dont la toile s'est transformée en torche. Dresseurs de fauves pas assez attentifs. Motards qui se figuraient avoir le temps de doubler le camion.

Ce sont les défunts du jour. Je les salue.

Plus près, m'effleurant presque, je reco

Je me souviens.

Elles étaient dans la pièce d'à côté au moment où le Boeing 747 s'est abattu sur notre immeuble des Buttes-Chaumont. Et c'est avec elles que j’ai co

Thanatonautes, de thanatos: la mort, et nautês: navigateur.

Le terme avait été forgé par mon ami Raoul Razor-bak. Une fois que nous avons eu le mot, nous avons eu la science. Et une fois que nous avons eu la science, nous avons eu les pio

Repousser la «Terra incognita de l'après-vie», tel était notre objectif. Nous l'avons atteint. Nous avons soulevé le rideau du dernier grand mystère, celui de la signification de la mort des humains. Toutes les religions l'avaient évoqué, toutes les mythologies l'avaient décrit en métaphores plus ou moins précises, nous étions les premiers à en parler comme de la découverte d'un continent «normal».

Nous redoutions de ne pas pouvoir mener notre aventure à son terme. Que ce Boeing 747 se soit comme par hasard abattu sur notre immeuble est la preuve que nous avons fini par gêner en «haut lieu».

Et là je revois ce que nous avons découvert… mais en aller simple. Car, nos cordons étant brisés, je sais bien que cette fois-ci tout retour dans nos peaux ancie

J'hésite à passer. Les autres y vont franchement. Tant pis. J'y vais aussi. Nous débouchons alors sur…

«Un scandale. C 'est un scandale. Je suis infirmière d'accompagner des gens dans leur agonie, je me suis fabriqué ma propre idée là-dessus. Et je trouve que c 'est scandaleux. Je crois qu 'on est en train de faire comme si la mort n 'existait pas. Les petits-enfants voient un jour une ambulance venir chercher le grand-père pour le conduire à l'hôpital. On ne le voit plus pendant quelques semaines et puis, un beau matin, un coup de téléphone a

Source: individu interrogé dans la rue au hasard d'un microtrottoir.

Je franchis le premier mur et débouche sur… le Deuxième Ciel. Le territoire noir de toutes les peurs.

Elles se matérialisent sous forme d'horreurs issues du tréfonds de mon imagination. Ténèbres. Frissons. Monstres facétieux et démons modernes m'y accueillent.

Sur neuf corniches de plus en plus escarpées, j'af fronte mes cauchemars les plus hideux. Mais la lumière centrale est toujours présente et continue à me guider droit devant.

J'affronte toutes mes frayeurs de face, dans une semi-pénombre. Puis je parviens à nouveau à une porte, membrane opaque. Moch 2. Je la franchis et débouche sur…

«Je suis veuve et j'ai suivi mon mari jusqu à ses derniers jours. Cela s'est passé en cinq phases. Au début, il refusait de mourir. Il exigeait que notre existence continue tout comme avant et il parlait de son retour à la maison après sa guérison. Ensuite, quand les médecins lui ont dit qu'il était condamné, il est entré dans une grande colère. On aurait dit qu 'il lui fallait un coupable. Il a accusé le médecin qui s'occupait de lui d'être un incapable. Il m'a accusée de l'avoir placé dans un mauvais hôpital. Il m'a accusée d'en vouloir à son argent et de l'avoir fait exprès pour toucher l'héritage au plus vite. Il reprochait à tout le monde de l'abando

Quand il a compris que c'était vraiment fichu, il a fait une dépression. Ça a été terrible. Il ne voulait plus parler, il ne voulait plus manger. C'était comme si sou dain il avait renoncé à tout. Il ne se battait plus, il avait perdu toute énergie. Il ressemblait à un boxeur so