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— Euh... rétorqua Philibert, ne vaudrait-il pas mieux que Camille, hum, pre
Ils le regardèrent en souriant.
— Je suis myope certes, mais pas à ce point tout de même...
— Non, non, répliqua Franck, elle va dans ma chambre... On fait comme tes cousins... Jamais avant le mariage...
C'est parce qu'il voulait dormir avec elle dans son lit d'enfant. Sous ses posters de foot et ses coupes de motocross. Ce ne serait pas très confortable ni très romantique mais c'était la preuve que la vie était une bo
Il s'était tellement e
Si on lui avait dit qu'un jour il ramènerait une princesse ici et qu'il s'allongerait, là, à côté d'elle, dans ce petit lit en laiton où il y avait un trou autrefois, où il se perdait enfant et où il se frottait ensuite en rêvant à des créatures tellement moins jolies qu'elle... Il s'y aurait jamais cru... Lui, le bouto
Oui, la vie était une drôle de cuisinière... Des a
— À quoi tu penses ? demanda Camille
— À rien... Des co
— J'arrive pas à croire que t'aies grandi ici...
- Pourquoi ?
- Pff... C'est tellement paumé... C'est même pas un village— c'est... C'est rien... Que des petites maisons avec des petits vieux aux fenêtres... Et cette baraque, là... Où rien n'a changé depuis les a
— Je te cherchais...
— Arrête... Pas de ça, on a dit...
— Tu as dit...
— Allez...
— Tu sais bien comment j'ai fait, t'as co
— Et comment tu fais pour vivre à Paris ?
— Je ne vis pas...
— Il n'y a pas de travail par ici ?
— Non. Rien d'intéressant. Mais si j'ai des gosses un jour, je te jure que je les laisserai pas pousser au milieu des voitures, ça non... Un enfant qu'a pas une paire de bottes, une ca
—Rien. Je te trouve mignon.
- J'aimerais mieux que tu me trouves autre chose...
- T'es jamais content.
- T'en voudras combien ?
- Pardon ?
- Des gamins ?
- Hé... râla-t-elle. Tu le fais exprès ou quoi ?
- Attends, mais je te dis ça, c'est pas forcément avec moi!
- J'en veux pas.
- Ah bon ? fit-il déçu.
- Non.
— Pourquoi ?
— Parce que.
Il l'attrapa par le cou et la ramena de force tout près de son oreille.
— Dis-moi...
— Non.
— Si. Dis-moi. Je le répéterai à perso
— Parce que si je meurs, je veux pas qu'il reste tout seul...
— T'as raison. C'est pour ça qu'il faut en faire plein... Et puis tu sais...
Il la serrait encore plus fort.
— Tu vas pas mourir, toi... T'es un ange... et les anges ça meurt jamais...
Elle pleurait.
— Ben alors ?
— Nan, rien... C'est parce que je vais avoir mes règles... À chaque fois, c'est pareil... Ça me plombe de partout et je pleure pour un oui ou pour un non...
Elle souriait dans sa morve :
— Tu vois que je suis pas un ange...
5
Ils étaient dans le noir depuis longtemps, inconfortables et enlacés, quand Franck lâcha :
— Y a un truc qui me chiffo
— Quoi ?
— T'as une sœur, non ?
— Oui...
— Pourquoi tu la vois pas ?
— Je ne sais pas.
— C'est débile, ça ! Il faut que tu la voies !
— Pourquoi ?
— Parce que ! C'est super d'avoir une sœur ! Moi j'aurais tout do
— Je sais... J'y ai pensé à un moment mais ie n'ai pas osé...
- Pourquoi ?
- À cause de ma mère peut-être...
- Arrête avec ta mère... Elle t'a fait que du mal... Sois pas maso... Tu lui dois rien, tu sais ?
- Bien sûr que si.
- Bien sûr que non. Quand ils se tie
- Bien sûr que si.
- Pourquoi ?
— Ben parce que ce sont tes parents justement...
— Pff... C'est pas dur d'être parents, y suffit de baiser. C'est après que ça se complique... Moi par exemple, je vais pas aimer une femme sous prétexte qu'elle s'est fait mettre dans un parking... J'y peux rien...
— Mais moi, c'est pas pareil...
— Nan, c'est pire. Dans quel état tu reviens à chaque fois que tu la vois... C'est affreux. T'as le visage tout...
— Stop. J'ai pas envie d'en parler.
— OK, OK, juste un dernier truc. T'es pas obligée de l'aimer. C'est tout ce que j'ai à dire. Tu vas me répondre que je suis comme ça à cause de mon malus et t'aurais raison. Mais c'est justement parce que j'ai déjà parcouru ce chemin-là que je te le montre : on n'est pas obligé d'aimer ses parents quand ils se comportent comme des grosses merdes, c'est tout.
— ...
— T'es fâchée ?
— Non.
— Excuse-moi.
— ...
— T'as raison. Toi, c'est pas pareil... Elle s'est toujours occupée de toi quand même... Mais elle ne doit pas t'empêcher de voir ta sœur si tu en as une... Franchement, elle ne vaut pas ce sacrifice-là...
— Non...
— Non.
6
Le lendemain, Camille jardina selon les instructions de Paulette, Philibert s'installa au fond du jardin pour écrire et Franck leur prépara une salade délicieuse.
Après le café, c'est lui qui s'endormit sur la chaise longue. Ouh, qu'il avait mal au dos...
Il allait commander un matelas pour la prochaine fois. Pas deux nuits comme ça... Oh non... La vie était bo
Ils revinrent tous les week-ends. Avec ou sans Philibert. Plutôt avec.
Camille — elle le savait depuis toujours — était en train de devenir une pro du jardinage.
Paulette calmait ses ardeurs :
- Non. On ne peut pas planter ça ! Rappelle-toi qu'on ne vient qu'une fois par semaine. Il nous faut du costaud, du vivace... Des lupins si tu veux, des phlox, des cosmos... C'est très joli, ça, les cosmos... Tout légers... Ça te plairait, tiens...
Et Franck, par l'intermédiaire du beau-frère du collèguee de la sœur du gros Titi, se dégota une vieille moto pour aller au marché ou dire bonjour à René...
Il avait donc tenu trente-deux jours sans bécane et se demandait encore comment il avait fait...
Elle était vieille, elle était moche mais elle pétaradait du to
— Écoutez-moi ça, leur criait-il depuis l'appentis où il échouait quand il n'était pas en cuisine, écoutez-moi cette merveille !
Tous levèrent mollement la tête de leurs semis ou de leur livre.
« Pêêêêt pet pet pet pet »
— Alors ? C'est dingue non ? On dirait une Harley !
Mouaif... Ils retournèrent à leurs distractions sans se fendre du moindre commentaire...
— Pff... Vous comprenez rien...
— Qui c'est ça, Ariette ? demanda Paulette à Camille.
— Ariette Davidson... Une super chanteuse...
— Co
Philibert inventa un jeu pour les trajets. Chacun devait apprendre quelque chose aux autres dans l'idée de transmettre un savoir.