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Il était trop énervé pour pouvoir s'endormir. Il continuait de tirer le fauteuil près de son lit, cherchait des mots, des phrases, des anecdotes, des co

Exceptio

— Qu'est-ce qui se passe, c'est carnaval ? avait-il demandé à la dame en blouse qui prenait l'ascenseur avec lui.

— On répète un petit spectacle pour Noël... Vous êtes le petit-fils de madame Lestafier, n'est-ce pas ?

— Oui.

— Elle n'est pas très coopérative votre grand-mère...

— Ah?

— Non. C'est le moins qu'on puisse dire... Une vraie tête de mule...

— Je croyais qu'elle n'était comme ça qu'avec moi. Je pensais qu'avec vous, elle était plus euh... plus facile...

— Oh, avec nous, elle est charmante. Une perle. Une merveille de gentillesse. Mais c'est avec les autres que ça se passe mal... Elle ne veut pas les voir et préfère ne pas manger plutôt que de descendre dans la salle commune...

— Alors quoi ? Elle ne mange pas ?

— Eh bien, nous avons fini par céder... Elle reste dans sa chambre...

Comme elle ne l'attendait que le lendemain, elle fut surprise de le voir et n'eut pas le temps d'enfiler son costume de vieille dame outragée. Pour une fois, elle n'était pas dans son lit, mauvaise et droite comme un piquet, elle était assise devant la fenêtre et cousait quelque chose.

— Mémé ?

Oh zut, elle aurait voulu prendre son air pincé mais n'avait pu s'empêcher de lui sourire.

— Tu regardes le paysage ?

Elle avait presque envie de lui dire la vérité : « Tu te moques de moi ? Quel paysage ? Non. Je te guette, mon petit. Je passe mes journées à te guetter... Même quand je sais que tu ne viendras pas, je suis là. Je suis toujours là... Tu sais, maintenant je reco

Il se laissa tomber à ses pieds et s'adossa contre le radiateur.

— Ça va ?

— Mmm.

— Qu'est-ce que tu fais ?

— ...

— Tu fais la gueule ?

— ...

Ils se tinrent par la barbichette pendant un bon quart d'heure puis il se frotta la tête, ferma les yeux, soupira, se décala un peu pour se retrouver bien en face d'elle et lâcha d'une voix monocorde :

— Écoute-moi, Paulette Lestafier, écoute-moi bien : « Tu vivais seule dans une maison que tu adorais et que j'adorais aussi. Le matin, tu te levais à l'aube, tu préparais ta Ricoré et tu la buvais en regardant la cou-leur des nuages pour savoir quel temps il allait faire. Ensuite, tu nourrissais ton petit monde, c'est ça ? Ton chat, les chats des voisins, tes rouges-gorges, tes mésanges et tous les piafs de la création. Tu prenais ton sécateur et tu faisais leur toilette à tes fleurs avant la tie

« Les soirées étaient plus longuettes, n'est-ce pas ? Tu espérais que je t'appelle, mais je ne t'appelais pas, alors tu allumais la télévision et tu attendais que toutes ces bêtises finissent par t'abrutir. La publicité te réveillait en sursaut. Tu faisais le tour de la maison en serrant ton châle contre ta poitrine et tu fermais les volets. Ce bruit, le bruit des volets qui grincent dans la pénombre, tu l'entends encore aujourd'hui et je le sais parce que c'est pareil pour moi. J'habite maintenant dans une ville tellement fatigante qu'on n'entend plus rien, mais ces bruits, là, celui des volets en bois et de la porte de l'appentis, il suffit que je tende l'oreille pour les entendre...

« C'est vrai, je ne t'appelais pas, mais je pensais à toi, tu sais... Et, à chaque fois que je revenais te voir, je n'avais pas besoin des rapports de la sainte Yvo

« J'aurais pu te prendre la tête beaucoup plus tôt avec tout ça... Te forcer à voir des médecins et t'engueuler pour que t'arrêtes de te fatiguer avec cette vieille bêche que t'arrivais même plus à soulever, j'aurais pu demander à Yvo

« Maintenant, il est venu ce jour. On y est, là... et tu dois te résoudre, ma vieille. Au lieu de me faire la gueule, tu devrais plutôt penser à la chance que tu as eue de vivre plus de quatre-vingts ans dans une maison aussi belle et...

Elle pleurait.

«... et en plus tu es injuste avec moi. Est-ce que c'est de ma faute si je suis loin et si je suis tout seul ? Est-ce que c'est de ma faute, si t'es veuve ? Est-ce que c'est de ma faute si t'as pas eu d'autres enfants que ma tarée de mère pour s'occuper de toi aujourd'hui ? Est-ce que c'est de ma faute si j'ai pas de frères et sœurs pour partager nos jours de visite ?

« Nan, c'est pas de ma faute. Ma seule faute, c'est d'avoir choisi un métier aussi pourri. À part bosser comme un con, je peux rien faire et le pire, tu vois, c'est que même si je le voulais, je saurais rien faire d'autre... Je sais pas si tu t'en rends compte, mais je travaille tous les jours sauf le lundi et le lundi, je viens te voir. Allons, ne fais pas l'éto