Добавить в цитаты Настройки чтения

Страница 8 из 47

– Il faut que je monte me changer, mais je passerai vous voir en partant, Reine, c'est promis.

La beauté de Reine Sheridan n'avait jamaIs capitulé devant le temps. Sa voix douce et grave était magnifique, son regard de lumière témoignait d'une vie dense dont elle ne choyait que les bons souvenirs.

Elle avait été l'une des premières femmes grands reporters à parcourir le monde. Les murs de son salon ovale étaient couverts de photos jaunies, visages passés qui témoignaient de ses nombreux voyages, de ses rencontres. Là où ses confrères avaient cherché à photographier l'exception, Reine avait saisi le commun, pour ce qu'il contenait de plus beau à ses yeux, son à-propos.

Lorsque ses jambes lui interdirent le prochain départ, elle se retira dans sa demeure de Pacific Heights. Elle y était née, pour en partir un 2 février 1936 embarquer sur un cargo à destination de l'Europe, le jour de ses vingt ans. Elle y était revenue plus tard, y vivre son unique amour, le temps d'un trop court moment de bonheur.

Depuis lors, Reine avait habité seule cette grande maison, jusqu'au jour où elle avait rédigé une petite a

Zofia grimpa à l'étage, fit tourner la clé de son appartement, repoussa la porte du pied et lança son trousseau sur la console. Elle jeta sa veste dans l'entrée, ôta son chemisier dans le petit salon, traversa sa chambre en y abando

– Pas déjà! dit-elle.

Elle sortit de l'alcôve qui sentait bon l'eucalyptus et retourna dans sa chambre. Elle ouvrit la penderie, hésita entre un débardeur et une chemise d'homme trop grande pour elle, un pantalon en coton et son vieux jean, opta pour le jean et la chemise dont elle retroussa les manches. Elle attacha son beeper à la ceinture et enfila une paire de te

– Je rentrerai tard ce soir. Nous nous verrons demain, si vous avez besoin de quoi que ce soit, appelez-moi sur mon beeper, d'accord?

Miss Sheridan grommela une litanie que Zofia savait parfaitement interpréter. Quelque chose qui devait dire: «tu travailles trop, ma fille, on ne vit qu'une seule fois».

Et c'était vrai, Zofia œuvrait continuellement à la cause des autres, ses journées étaient sans relâche, même pas la moindre petite pause ne serait-ce que pour déjeuner ou se désaltérer puisque les anges ne se sustentaient jamais. Si généreuse et intuitive fût elle, Reine ne pouvait rien deviner de ce que Zofia peinait elle-même à appeler «sa vie».

Les lourdes cloches réso

– Dépêchez-vous, je suis pressé! dit-il au conducteur.

La Chrysler bifurqua dans California Street et descendit vers le bas de la ville. Il leur fallut à peine sept minutes pour traverser le quartier des affaires.

A chaque intersection, le chauffeur rouspétait en reposant son bloc-notes; tous les feux passaient au vert, l'empêchant d'y inscrire la destination de sa course comme la loi l'y obligeait. «À croire qu'ils le font exprès», marmo

Lorsqu'ils arrivèrent à l'entrée de la zone portuaire, une épaisse vapeur s'échappa de la calandre, la voiture toussa et s'immobilisa sur le bas-côté.

– Il ne manquait plus que cela! soupira le conducteur.

– Je ne vous règle pas la course, dit Lucas d'un ton cassant, nous ne sommes pas tout à fait arrivés à destination.

Il sortit en laissant sa portière ouverte. Avant que le chauffeur ne puisse réagir, le capot de son taxi fut propulsé vers le ciel par un geyser d'eau rouillée qui s'échappait du radiateur. «Joint de culasse, le moteur est mort, mon grand!» cria Lucas en s'éloignant.

À la guérite, il présenta un badge au gardien, la barrière aux stries rouges et blanches se releva. Il marcha d'un pas assuré jusqu'au parking. Là, il repéra une sublime Chevrolet Camaro cabriolet dont il crocheta la serrure sans difficulte. Lucas s’installa derrière le volant, choisit une clé dans le trousseau qu'il portait à la ceinture et démarra quelques secondes plus tard. La voiture remonta l'allée centrale, ne ratant aucune des flaques formées au creux des nids-de-poule. Il souilla ainsi chaque container qui se trouvait de part et d'autre de son chemin, rendant les immatriculations illisibles.

Au bout du pavé, il tira le frein à main d'un coup sec; la voiture glissa par son travers jusqu'à s'immobiliser à quelques centimètres de la devanture du Fisher's Deli, le bar du port. Lucas sortit, gravit les trois marches en bois du perron en sifflotant et poussa la porte.

La salle était presque vide. D'ordinaire les ouvriers venaient se désaltérer après une longue journée de travail, mais aujourd'hui, en raison du mauvais temps qui avait sévi toute la matinée, ils tentaient de récupérer les heures perdues. Ce soir ils finiraient tres tard, se résignant à rendre les machines aux equlpes de nuit qui ne tarderaient pas à arriver.

Lucas prit place dans un box, fixant Mathilde qui essuyait des verres derrière son comptoir. Troublée par son sourire étrange, elle vint aussitôt prendre sa commande. Lucas n'avait pas soif.