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Mais ce n’était pas tout: les trois jeunes filles se distinguaient par leur instruction, leur intelligence et leurs talents. On savait qu’elles avaient beaucoup d’affection les unes pour les autres et se soutenaient entre elles. On parlait même de certains sacrifices que les deux plus âgées auraient consentis à leur sœur, idole de toute la famille. En société, loin de chercher à paraître, elles péchaient par excès de modestie. Nul ne pouvait leur reprocher d’être orgueilleuses ou arrogantes, bien qu’on les sût fières et conscientes de leur valeur. L’aînée était musicie

Elles ne manifestaient aucune hâte de se marier. Satisfaites d’appartenir à un certain rang social, elles ne poussaient pas ce sentiment au delà de la mesure. Cette discrétion était d’autant plus remarquable que tout le monde co

Il pouvait être onze heures lorsque le prince so

– Attendez dans cette antichambre et laissez ici votre petit paquet, dit-il posément en s’asseyant dans un fauteuil et en jetant un regard sévère au prince, qui s’était assis sans façon sur la chaise voisine, son baluchon à la main.

– Si vous le permettez, dit le prince, je préfère attendre ici à côté de vous. Que ferais-je là-bas tout seul?

– Il ne convient pas que vous restiez dans l’antichambre, puisque vous êtes ici en qualité de visiteur. C’est au général lui-même que vous désirez parler?

Évidemment le domestique hésitait devant la pensée d’introduire un pareil visiteur; c’est pourquoi il le questio

– Oui, j’ai une affaire qui… commença le prince.

– Je ne vous demande pas de me dire l’objet de votre visite. Mon rôle se limite à faire passer votre nom. Mais, comme je vous l’ai déclaré, en l’absence du secrétaire, je ne puis vous introduire.

La méfiance de cet homme paraissait croître de minute en minute, tant l’extérieur du prince différait de celui des gens qui venaient à la réception du général, encore que ce dernier eût souvent, presque chaque jour, l’occasion de recevoir, à une certaine heure, surtout pour affaires, des visiteurs de toutes les sortes. Malgré cette expérience et l’élasticité de ses instructions, le valet de chambre restait hésitant, l’intervention du secrétaire pour introduire ce visiteur lui semblant de toute nécessité.

– Mais, là vraiment… est-ce bien de l’étranger que vous venez? se décida-t-il enfin à lui demander, comme machinalement. Peut-être commettait-il un lapsus: la véritable question qu’il voulait poser était sans doute celle-ci: est-il vrai que vous soyez un prince Muichkine?

– Oui, je descends de wagon. J’ai l’impression que vous vouliez me demander si je suis bien le prince Muichkine et que, si vous ne l’avez pas fait, c’est par politesse.

– Hum… murmura le domestique avec éto

– Je vous assure que je ne vous ai pas menti; vous n’encourrez aucune responsabilité à propos de moi. Mon extérieur et mon petit paquet ne doivent pas vous éto

– Hum… ce n’est pas là ce que je crains, voyez-vous. Mon devoir est de vous a

– Oh non! Vous pouvez en être sûr. Mon affaire est d’un tout autre genre.

– Vous m’excuserez, mais la question m’est venue à l’esprit en vous voyant. Attendez le secrétaire; le général est en ce moment occupé avec un colonel; ensuite ce sera le tour du secrétaire de la société.

– Je vois que j’aurai longtemps à attendre. Dans ce cas n’y aurait-il pas un coin quelconque où l’on puisse fumer? J’ai ma pipe et mon tabac.

– Fumer! s’écria le domestique en jetant sur le visiteur un regard de stupeur et de mépris, comme s’il n’en pouvait croire ses oreilles. Fumer! non! on ne fume pas ici. C’est même honteux d’avoir une idée pareille. Ah bien! voilà qui est extravagant!

– Oh! ce n’est pas dans cette pièce que je pensais fumer. Je sais bien qu’on ne le peut pas. Mais je me serais volontiers rendu pour cela dans tel endroit que vous m’auriez indiqué. C’est chez moi une habitude, et voilà bien trois heures que je n’ai pas fumé. Après tout, ce sera comme il vous plaira. Vous co

– Mais comment voulez-vous que je vous a

– Non, ce n’est point mon intention. Même si on m’invitait, je ne resterais pas ici. Je suis venu tout bo

– Comment? pour faire co

– Oh! il s’agit d’une affaire si insignifiante que c’en est à peine une. J’ai seulement un conseil à demander. L’essentiel est pour moi de me présenter, car je suis un prince Muichkine et la générale Epantchine est, elle aussi, la dernière des princesses Muichkine. En dehors d’elle et de moi, il n’existe plus de princes de ce nom.

– Mais alors vous êtes de la famille? s’exclama le domestique avec une sorte d’épouvante.

– Oh! si peu que ce n’est pas la peine d’en parler. Certainement, en cherchant bien et à un degré très éloigné, nous sommes parents. Mais cela ne compte guère. Je me suis adressé un jour à la générale dans une lettre expédiée de l’étranger, mais n’ai pas reçu de réponse. J’ai tout de même cru qu’il était de mon devoir d’entrer en relations avec elle à mon retour. Si je vous explique tout cela, c’est pour que vous n’ayez aucun doute, car je vous vois toujours inquiet. A

La conversation du prince paraissait empreinte de la plus grande simplicité, mais cette simplicité même, dans le cas do

[13] À religieux d’un autre ordre, n’impose pas ta règle. – N. d. T.