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– Est-ce vous, vous qui parlez ainsi, Nastasie Philippovna? s’écria le général en frappant des mains dans un geste de désespoir. – Vous, si délicate, vous dont les pensées sont si choisies! Voilà où vous êtes tombée: quel langage! quelles expressions!
– Je suis grise en ce moment, général, dit Nastasie Philippovna en riant soudainement. J’ai envie de faire la noce! C’est aujourd’hui ma fête, un jour de liesse que j’attendais depuis longtemps. Daria Alexéïevna, vois donc ce do
– Je ne me gausse pas, Nastasie Philippovna; je me contente d’écouter avec la plus grande attention, répliqua dignement Totski.
– Je me demande pourquoi je l’ai fait souffrir pendant cinq ans sans lui rendre sa liberté? En valait-il la peine? Il est simplement l’homme qu’il doit être… Et encore mettra-t-il les torts de mon côté: il dira qu’il m’a fait do
– Ferdistchenko ne vous prendrait peut-être pas, Nastasie Philippovna, je suis un homme franc, déclara Ferdistchenko; en revanche le prince vous prendrait! Vous êtes là à vous lamenter, mais regardez donc le prince; moi, il y a déjà longtemps que je l’observe…
Nastasie Philippovna se tourna d’un air interrogateur vers le prince.
– Est-ce vrai? lui demanda-t-elle.
– C’est vrai, murmura-t-il.
– Vous m’épouseriez telle que je suis, sans rien?
– Oui, Nastasie Philippovna…
– En voici bien d’une autre! grommela le général. Il fallait s’y attendre!
Le prince fixa un regard douloureux, sévère et scrutateur sur le visage de Nastasie Philippovna, qui continuait à l’observer.
– Encore un soupirant! fit-elle brusquement en s’adressant à Daria Alexéïevna. – Il parle de bon cœur, je le co
– Je vous prends comme une femme ho
– Alors tu me considères comme une femme ho
– Oui.
– Eh bien! cela, c’est du roman, mon petit prince; ce sont des rengaines d’autrefois; les hommes d’aujourd’hui sont plus sensés et regardent ces préjugés comme absurdes! Et puis, comment peux-tu penser à te marier quand tu as encore besoin d’une bo
Le prince se leva et répondit d’une voix tremblante et timide, mais avec l’accent d’un homme profondément convaincu:
– Je ne sais rien, Nastasie Philippovna, et je n’ai rien vu; vous avez raison, mais je… je considère que c’est vous qui me faites ho
Tandis qu’il achevait ces derniers mots, on entendit ricaner Ferdistchenko et Lébédev. Le général lui-même poussa une sorte de grognement de mauvaise humeur. Ptitsine et Totski eurent de la peine à réprimer un sourire. Les autres, stupéfaits, restaient tout simplement bouche bée.
– … Mais il se peut que nous ne soyons pas dans la misère. Il se peut que nous soyons très riches, Nastasie Philippovna, continua le prince sur le même ton de timidité. Ce que je vais vous dire n’a rien de certain et je regrette de n’avoir pu encore vérifier la chose au cours de la journée. Mais j’ai reçu, lorsque j’étais en Suisse, une lettre d’un M. Salazkine, de Moscou, qui m’a
Le prince sortit en effet une lettre de sa poche.
– Est-ce qu’il ne perd pas la tête? marmo
Il y eut un moment de silence.
– Si j’ai bien compris, vous dites, prince, que la lettre vous a été écrite par Salazkine? demanda Ptitsine; c’est un homme fort co
Sans un mot le prince lui tendit la lettre d’une main tremblante.
– Mais qu’est-ce? qu’est-ce donc? s’écria le général en promenant autour de lui un regard hébété. Se peut-il qu’il ait hérité?
Tous les yeux se portèrent sur Ptitsine cependant qu’il lisait la lettre. La curiosité générale fut rallumée du coup. Ferdistchenko ne tenait pas en place. Rogojine fixait tantôt sur le prince, tantôt sur Ptitsine une regard d’ahurissement et d’angoisse. Daria Alexéïevna semblait sur des charbons ardents. Lébédev, n’y pouvant plus tenir, quitta son coin et vint regarder la lettre par-dessus l’épaule de Ptitsine; il était courbé en deux, dans la posture d’un homme qui s’attend à recevoir un soufflet en punition de sa curiosité.
[45] En français dans le texte.