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– Vous vous trompez, général, dit-il; le nom inscrit sur la porte est Koulakov; et vous croyez so

– Koulakov?… Koulakov ne rime à rien. L’appartement est celui de Sokolovitch, et je so

La porte s’ouvrit en effet. Un domestique parut qui a

– Quel dommage! C’est comme un fait exprès! répéta à diverses reprises Ardalion Alexandrovitch, avec l’expression du plus profond regret. Vous direz à vos maîtres, mon ami, que le général Ivolguine et le prince Muichkine désiraient leur présenter leurs hommages et qu’ils ont vivement, vivement regretté…

À ce moment, on aperçut dans l’antichambre une autre perso

– Marie Alexandrovna n’est pas à la maison; elle est allée chez la grand’mère avec la demoiselle, avec Alexandra Mikhaïlovna.

– Alexandra Mikhaïlovna est sortie aussi! Oh! mon Dieu, quelle malchance! Figurez-vous, madame, que c’est toujours mon malheur! Je vous prie très humblement de transmettre mes hommages; quant à Alexandra Mikhaïlovna, dites-lui de se rappeler… bref, faites-lui savoir que je lui souhaite de tout cœur la réalisation des vœux qu’elle formait jeudi soir en écoutant la ballade de Chopin; elle se souviendra,… dites bien que je la lui souhaite de tout cœur! Le général Ivolguine et le prince Muichkine!

– Je n’y manquerai pas, répondit la dame qui fit une révérence, avec un air plus rassuré.

Tandis qu’ils descendaient l’escalier, le général continua à exhaler ses regrets de n’avoir trouvé perso

– Vous savez, mon cher, j’ai un peu l’âme d’un poète. Vous en êtes-vous aperçu? D’ailleurs… d’ailleurs je crois que nous nous sommes trompés de maison, fit-il soudain et d’une manière inattendue. Les Sokolovitch, je me le rappelle maintenant, ne demeurent pas là et j’ai même idée qu’ils doivent être à Moscou en ce moment. Oui, j’ai fait une légère erreur, mais c’est sans importance.

– Je voudrais seulement savoir une chose, fit observer le prince d’un air abattu: dois-je définitivement renoncer à compter sur vous et me rendre seul chez Nastasie Philippovna?

– Renoncer à compter sur moi? Vous rendre seul là-bas? Mais comment pourrait-il en être question, alors qu’il s’agit d’une démarche capitale pour moi et dont dépend à un si haut degré le sort de toute ma famille? Mon jeune ami, vous co

– Vous voulez passer chez vous?

– Non! Je veux… passer chez la capitaine Térentiev, veuve du capitaine Térentiev, mon ancien subordo

– Il me semble, murmura le prince, que, même sans cela, j’ai fait une grosse bêtise en vous dérangeant aujourd’hui. D’ailleurs vous êtes à présent… Adieu!

– Mais je ne puis, je ne puis vous laisser partir comme cela, mon jeune ami! s’écria le général avec emphase. Il s’agit d’une veuve, une mère de famille; elle tire de son cœur des accents qui retentissent dans tout mon être. La visite que je veux lui faire durera cinq minutes; je suis dans cette maison presque comme chez moi; je me laverai, je procéderai à un brin de toilette puis nous nous ferons conduire en fiacre au Grand Théâtre. Soyez certain que j’aurai besoin de vous toute la soirée… C’est dans cette maison-ci; nous y voilà… Tiens, Kolia, tu es déjà là? Sais-tu si Marthe Borissovna est chez elle, ou arrives-tu seulement?

– Oh non! répondit Kolia qui se trouvait devant l’entrée lorsqu’ils l’avaient rencontré. – Je suis déjà ici depuis longtemps; je tiens compagnie à Hippolyte, qui va plus mal. Il est resté au lit ce matin. J’étais descendu pour aller à la boutique acheter un jeu de cartes. Marthe Borissovna vous attend. Seulement, papa, vous êtes dans un état…, conclut-il après avoir observé attentivement la démarche et l’attitude du général. Enfin, tant pis!

La rencontre de Kolia décida le prince à accompagner le général chez Marthe Borissovna, mais seulement pour un instant. Kolia lui était nécessaire, car il avait résolu de se séparer en tout cas du général et il ne pouvait se pardo

– Vous voulez présenter le prince? demanda Kolia dans l’escalier.

– Oui, mon ami, je veux le présenter: le général Ivolguine et le prince Muichkine! Mais, dis-moi… dans quelles dispositions se trouve Marthe Borissovna?…

– Vous savez, papa, vous feriez mieux de ne pas y aller. Elle va vous manger! Il y a trois jours que vous n’avez pas mis le nez chez elle et qu’elle attend de l’argent. Pourquoi lui en avoir promis? Vous êtes toujours le même! Maintenant tirez-vous d’affaire.

Au quatrième étage, ils s’arrêtèrent devant une porte basse. Le général, visiblement intimidé, poussa le prince devant lui.

– Moi je resterai ici, balbutia-t-il; je veux faire une surprise…

Kolia entra le premier. Une dame d’une quarantaine d’a

– Le voilà, cet homme bas et plein d’astuce! mon cœur, l’avait senti venir.

– Entrons, bégaya le général au prince, cela n’est pas sérieux.

Et il continua à sourire d’un air i

Mais cela était sérieux. À peine eurent-ils franchi une antichambre obscure et basse pour pénétrer dans une salle étroite et meublée d’une demi-douzaine de chaises de paille et de deux tables de jeu, que la maîtresse du logis reprit du ton larmoyant qui paraissait lui être habituel:

– Tu n’as pas honte, tu n’as pas honte, bourreau de ma famille, monstre barbare et forcené! Tu m’as complètement dépouillée, tu m’as soutirée jusqu’à la moelle et tu n’en as pas encore assez! Jusqu’à quand te supporterai-je, homme sans vergogne ni ho

– Marthe Borissovna, Marthe Borissovna! C’est… le prince Muichkine. Le général Ivolguine et le prince Muichkine! bafouilla le général tremblant et décontenancé.

– Croiriez-vous, fit brusquement la capitaine en se tournant vers le prince, croiriez-vous que cet homme dévergondé n’a pas eu pitié de mes orphelins! Il a tout pillé, tout volé, tout vendu ou engagé; il n’a rien laissé. Qu’est-ce que je ferai de tes lettres de change, homme retors et sans conscience? Réponds, imposteur, réponds-moi, cœur insatiable: où, où trouverai-je de quoi nourrir mes enfants orphelins? Voyez-le: il est ivre à ne pas tenir sur ses jambes… En quoi ai-je pu irriter le bon Dieu, réponds-moi, infâme imposteur?

Mais le général n’était pas en état de tenir tête à l’orage.

– Marthe Borissovna, voici vingt-cinq roubles. C’est tout ce que je puis faire, avec l’aide de mon noble ami! Prince, je me suis cruellement mépris! Enfin… c’est la vie… Et maintenant… excusez-moi, je me sens faible, continua le général qui, planté au milieu de la pièce, saluait de tous côtés. Je défaille, excusez-moi, Lénotchka [35], ma chérie, vite un coussin…

[35] Diminutif familier d’Hélène. – N. d. T.