Добавить в цитаты Настройки чтения

Страница 34 из 102

– J’ai appris que mon fils…, commença le général.

– Ah oui! votre fils! Vous êtes gentil vous aussi, papa! Pourquoi ne vous voit-on jamais chez moi? Est-ce vous qui vous cachez, ou votre fils qui vous cache? Vous du moins, vous pouvez venir chez moi sans compromettre perso

– Les enfants du XIXe siècle et leurs parents… commença de nouveau le général.

– Nastasie Philippovna, ayez la bonté de laisser sortir Ardalion Alexandrovitch pour un moment; on le demande, dit à haute voix Nina Alexandrovna.

– Le laisser sortir? Permettez: j’ai tant entendu parler de lui et je désirais depuis si longtemps le voir! D’ailleurs, quelles affaires peut-il avoir? N’est-il pas à la retraite? Vous ne me quitterez pas, général? N’est-ce pas que vous ne vous en irez pas!

– Je vous do

– Ardalion Alexandrovitch, on dit que vous avez besoin de repos! s’écria Nastasie Philippovna avec la moue bougo

Le général s’appliqua à rendre sa situation encore plus ridicule.

– Ah, ma chère amie! proféra-t-il d’un ton de reproche, en se tournant sole

– Vous ne pensez pas vous en aller, chère maman? demanda tout haut Barbe.

– Non, Barbe, je resterai jusqu’à la fin.

Nastasie Philippovna entendit certainement la demande et la réponse, mais sa gaîté n’en fit que croître. Elle commença à poser un tas de questions au général, si bien que celui-ci, au bout de cinq minutes, se sentant en verve, se mit à pérorer au milieu des éclats de rire de l’auditoire.

Kolia tira le prince par la basque de son vêtement.

– Tâchez donc de l’emmener si vous pouvez! Je vous en prie! Et des larmes d’indignation brillèrent dans les yeux du pauvre garçon. – Maudit Gania! ajouta-t-il en aparté.

Le général s’épanchait:

– Il est de fait que j’ai été lié d’une grande amitié avec Ivan Fiodorovitch Epantchine, dit-il en réponse à une question de Nastasie Philippovna. Tels les trois mousquetaires, Athos, Porthos et Aramis, nous étions trois inséparables, moi, lui et le feu prince Léon Nicolaïévitch Muichkine, dont je viens d’embrasser le fils aujourd’hui, après vingt a

– Contre les balles? s’écria Nastasie Philippovna.

– Elles sont là, dans ma poitrine, depuis le siège de Kars; quand le temps est mauvais, je les sens. Pour le reste, je vis en philosophe, je marche, je me promène, je joue aux dames à mon café et je lis l’Indépendance, comme un bourgeois retiré des affaires. Quant à notre Porthos, autrement dit Epantchine, nous avons cessé nos relations depuis une histoire qui s’est passée, il y a trois ans, en chemin de fer à propos d’un bichon.

– D’un bichon? Qu’est-ce que c’est que cette histoire? demanda Nastasie Philippovna, très intriguée. Une histoire de bichon? Ah permettez, c’était en chemin de fer? ajouta-t-elle comme si elle rappelait ses souvenirs.

– Oh! une histoire si sotte qu’elle ne vaut pas d’être racontée: il s’agissait de mistress Smith, dame de compagnie de la princesse Biélokonski… Mais à quoi bon la répéter?

– Je tiens absolument à ce que vous la racontiez, s’écria Nastasie Philippovna avec enjouement.

– Moi non plus, je ne l’ai pas encore entendue! fit observer Ferdistchenko; c’est du nouveau [29].

– Ardalion Alexandrovitch! intervint derechef Nina Alexandrovna sur un ton suppliant.

– Papa, on vous demande! cria Kolia.

– Cette sotte histoire tient en deux mots, commença le général avec aplomb. Il y a deux ans, ou peu s’en faut, on venait d’inaugurer la ligne de chemin de fer de… J’avais déjà endossé le vêtement civil. Ayant des démarches très importantes à faire pour la remise de mon service, je prends un billet de première classe et monte en wagon. Je m’installe et je fume. Ou plutôt je continue de fumer le cigare que j’avais allumé auparavant… J’étais seul dans le compartiment. Il n’est pas interdit de fumer, mais cela n’est pas davantage permis; en somme, c’est à moitié permis, comme toutes ces choses-là, et puis c’est selon les perso

– Vous êtes un monstre! s’écria Nastasie Philippovna en riant aux éclats et en battant des mains comme une petite fille.

– Bravo, bravo! s’exclama Ferdistchenko.

Ptitsine, auquel l’apparition du général avait été également fort désagréable, sourit cependant lui aussi. Kolia même se mit à rire et cria «bravo!»

– Et j’avais raison, trois fois raison! J’étais dans mon droit, poursuivit le général avec feu et sur un ton de triomphe. Car si les cigares sont interdits en wagon, à plus forte raison les chiens doivent-ils l’être!

– Bravo, papa! s’écria Kolia avec enthousiasme. C’est magnifique! Moi j’aurais sûrement fait la même chose. Pour cela, oui!

– Et que fit la dame? demanda Nastasie Philippovna, impatiente de co

– La dame? Ah! c’est là le vilain côté de l’affaire, fit le général en fronçant les sourcils. Sans souffler mot, sans l’ombre d’une observation, elle m’appliqua une gifle. Je vous le dis: une femme bizarre, d’une bizarrerie achevée!

– Et vous, que fîtes-vous?

Le général baissa les yeux, haussa les sourcils, remonta les épaules puis serra les lèvres, écarta les bras et, après un instant de silence, laissa tomber ces mots:

– Je n’ai pu me retenir!

– Vous avez cogné dur?

– Non, certes. Le geste a fait scandale, mais je n’ai pas cogné dur. J’ai eu un seul mouvement et uniquement pour me défendre. Mais le diable s’en est mêlé: la dame en bleu-clair s’est trouvée être une gouvernante anglaise au service de la princesse Biélokonski, ou quelque chose comme l’amie de la maison; quant à sa compagne en noir, c’était l’aînée des filles non mariées de la princesse, une vieille fille d’environ trente-cinq ans. Or, tout le monde co

[29] En français dans le texte.