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– Je veux, articula Gania à mi-voix mais avec fermeté; puis il baissa les yeux, prit un air sombre et se tut.
Le général se montra satisfait. Il s’était emporté mais se repentait déjà d’être allé trop loin. Soudain il se tourna vers le prince et une brusque inquiétude passa sur son visage à la pensée que celui-ci était présent et avait tout entendu. Mais il se calma aussitôt, un seul regard sur le perso
– Oh! s’écria-t-il en admirant le spécimen de calligraphie que lui soumettait le prince, voilà un modèle d’écriture et même un modèle rare! Regarde cela, Gania: quel talent!
Le prince avait écrit sur une épaisse feuille de papier vélin la phrase suivante dans l’alphabet russe du Moyen Âge: «Ceci est la signature de l’humble hégoumène Paphnuce.»
– C’est la reproduction exacte de la propre signature de l’hégoumène Paphnuce d’après un manuscrit du XIVe siècle, expliqua le prince avec un vif mouvement de plaisir. – Ils avaient des signatures superbes, nos hégoumènes et métropolites d’autrefois, et quel goût parfois et quelle application ils y mettaient! Est-il possible, général, que vous n’ayez pas même dans votre bibliothèque l’ouvrage de Pogodine? J’ai aussi fait un modèle d’écriture d’un autre type: voyez cette grosse écriture ronde, c’est celle dont on se servait en France au siècle dernier: il y avait des variantes pour différentes lettres; c’était l’écriture des écrivains publics, j’en possède un spécimen: vous conviendrez qu’elle n’est pas sans mérite. Remarquez les panses des d et des a. J’ai transcrit des caractères russes sur ce type; c’était difficile mais je m’en suis tiré. Voici encore un modèle d’écriture original et élégant; voyez cette phrase: «Le zèle vient à bout de tout.» C’est une écriture administrative ou, si vous voulez, une écriture de bureaux militaires. On écrit ainsi les documents officiels adressés à de hauts perso
– Oh! mais vous êtes passé maître en la matière! dit en riant le général. Mon cher, vous n’êtes pas seulement un calligraphe, vous êtes un artiste. Qu’en dis-tu, Gania?
– C’est merveilleux, fit Gania, et même cela témoigne d’une véritable vocation, ajouta-t-il avec un rire moqueur.
– Ris tant que tu veux: il y a là de quoi faire une carrière, repartit le général. Savez-vous, prince, à quelles perso
– Au contraire: maman sera enchantée, affirma Gania sur un ton de prévenance et de politesse.
– Vous n’avez, il me semble, qu’une seule chambre d’occupée, par ce monsieur Fer… Fer…
– Ferdistchenko.
– C’est cela. Votre Ferdistchenko ne me revient pas; c’est un bouffon de bas étage. Je ne comprends pas que Nastasie Philippovna le soutie
– Non, c’est une plaisanterie. Il n’y a aucun lien de parenté entre eux.
– Que le diable l’emporte! Eh bien! prince, êtes-vous content ou non?
– Je vous remercie, général; vous avez eu pour moi la plus grande bonté, d’autant que je ne vous demandais rien. Je ne dis pas cela par orgueil; il est de fait que je ne savais pas où reposer ma tête. Tout à l’heure, il est vrai, Rogojine m’a invité à venir le voir.
– Rogojine? Voulez-vous un conseil paternel, ou, si vous préférez, amical? Oubliez ce monsieur. En règle générale, je vous recommande de limiter vos relations à la famille dans laquelle vous allez vivre.
– Puisque vous avez tant de bonté, commença le prince, il y a une affaire qui me préoccupe. J’ai reçu avis…
– Ah! excusez-moi, coupa le général, je n’ai plus une minute. Je vais tout de suite vous a