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Dieu sait combien de temps il resta dans cette position et tout ce qui lui passa par la tête. Il avait peur de beaucoup de choses et il sentait avec douleur et angoisse les affreux progrès de cette peur. Il pensa à Véra Lébédev; puis il se demanda si Lébédev n’aurait pas eu vent de cette affaire; il se dit que, même s’il n’en savait rien, il pourrait se renseigner plus vite et plus aisément que lui. Ensuite il évoqua le souvenir d’Hippolyte et se rappela que Rogojine l’allait voir. Enfin il se souvint de Rogojine lui-même: il l’avait vu récemment, à l’enterrement, puis dans le parc, et aussi tout près de sa chambre, dans ce corridor où il l’avait guetté un couteau à la main et caché dans un recoin. Il se rappela ses yeux, ses yeux qui le fixaient alors dans les ténèbres. Il frisso

Cette pensée était à peu près celle-ci: si Rogojine était à Pétersbourg, il aurait beau se cacher plus ou moins longtemps, il finirait toujours par revenir trouver le prince, avec de bo

Ainsi raiso

Telle étant sa conviction, il aurait dû attendre Rogojine à l’hôtel, dans sa chambre; mais, comme s’il ne pouvait supporter sa nouvelle idée, il s’élança, prit son chapeau et sortit précipitamment. L’obscurité était déjà presque complète dans le corridor. «S’il surgissait brusquement de ce coin et m’arrêtait dans l’escalier?» songea-t-il en passant à côté de l’endroit fatal. Mais perso

– Léon Nicolaïévitch, suis-moi, mon frère, il le faut.

C’était Rogojine.

Chose étrange: le prince se mit incontinent à lui raconter, avec une joyeuse volubilité et en prenant à peine le temps d’achever ses mots, comment il l’avait attendu un instant auparavant dans le corridor de l’hôtel.

– J’y étais, répondit inopinément Rogojine. Allons!

Le prince fut surpris de cette réponse, mais deux minutes au moins s’écoulèrent entre le moment où il la comprit et celui où il s’en éto

– Pourquoi ne m’as-tu pas demandé à l’hôtel… puisque tu y es allé? fit soudain le prince.

Rogojine s’arrêta, le regarda, réfléchit, puis dit, comme s’il n’avait pas bien saisi la question:

– Écoute, Léon Nicolaïévitch, marche droit devant toi jusqu’à ma maison, tu la co

Sur ce, il traversa la chaussée et passa sur l’autre trottoir, tout en observant si le prince se mettait en route. Voyant qu’il était arrêté et le regardait de tous ses yeux, il lui indiqua de la main la direction de la rue aux Pois, puis repartit en se retournant sans cesse pour surveiller le prince et l’exhorter à le suivre. Il reprit assurance quand il constata que Léon Nicolaïévitch l’avait compris et ne traversait pas la rue pour le rejoindre. Le prince eut l’idée que Rogojine guettait le passage de quelqu’un et que, par crainte de le manquer, il avait pris l’autre trottoir. «Seulement pourquoi n’a-t-il pas désigné la perso

– Nastasie Philippovna est-elle chez toi?

– Elle y est.

– Et tantôt, c’est toi qui m’as regardé à la fenêtre derrière le rideau?

– Oui…

– Quoi, tu…

Mais le prince ne sut ni comment achever sa phrase, ni quelle question poser. En outre son cœur battait si violemment qu’il éprouvait du malaise à parler. Rogojine se tut, lui aussi, et le regarda du même air que précédemment, c’est-à-dire avec une expression de rêverie.

– Allons, j’y vais, dit-il subitement en s’apprêtant à retraverser la rue; toi, avance aussi. Marchons séparément… c’est préférable… chacun de son côté… tu verras.

Quand, chacun sur un trottoir différent, ils débouchèrent enfin dans la rue aux Pois et approchèrent de la maison de Rogojine, le prince sentit de nouveau ses jambes se dérober sous lui au point d’avoir presque de la peine à avancer. Il était environ dix heures du soir. Les fenêtres de l’aile habitée par la vieille étaient restées ouvertes; chez Rogojine tout était fermé et, dans l’ombre crépusculaire, les stores baissés paraissaient d’un blanc encore plus cru. Le prince se porta à la hauteur de la maison en restant sur le trottoir opposé; voyant Rogojine gravir le perron et lui faire un signe, il l’y rejoignit.

– Le portier ne sait même pas que je suis rentré. J’ai dit tout à l’heure que j’allais à Pavlovsk et j’ai répété la même chose à la servante de ma mère, chuchota Rogojine avec un sourire madré et presque satisfait. – Nous entrerons sans que perso

Il avait déjà la clef à la main. En montant l’escalier il se retourna vers le prince et lui fit signe de marcher plus doucement. Il ouvrit sans bruit la porte de son appartement, laissa passer le prince, s’avança avec circonspection derrière lui, referma la porte et mit la clef dans sa poche.

– Allons, dit-il à voix basse.

Il chuchotait depuis qu’il avait commencé à parler au prince sur le trottoir de la rue de la Fonderie. En dépit de son calme apparent on devinait en lui un profond trouble intérieur. Quand ils pénétrèrent dans la salle précédant le cabinet, il s’approcha de la fenêtre et, avec un air de mystère, appela le prince auprès de lui.

– Vois-tu, quand tu as so

– Où donc est… Nastasie Philippovna? fit le prince d’une voix étranglée.

– Elle est ici, articula lentement Rogojine après une brève hésitation.