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– Allons donc! ce n’est pas du tout cela, fit Ivan Pétrovitch en ricanant malignement.

– Bon, le voilà reparti! murmura la princesse Biélokonski perdant patience.

– Laissez-le dire! [67] il est tout tremblant, dit à mi-voix le petit vieux.

Le prince était décidément hors de lui.

– Et qu’ai-je vu ici? J’ai vu des gens pleins de délicatesse, de franchise et d’intelligence. J’ai vu un vieillard témoigner une affectueuse attention à un gamin comme moi et l’écouter jusqu’au bout. Je vois des gens capables de comprendre et de pardo

– Je vous en prie encore une fois, calmez-vous, mon cher ami; nous parlerons de tout cela un autre jour et c’est avec plaisir que je… dit le «dignitaire» avec un sourire légèrement moqueur.

Ivan Pétrovitch toussota et se retourna dans son fauteuil; Ivan Fiodorovitch recommença à s’agiter; son supérieur, le général, occupé à causer avec l’épouse du dignitaire, cessa de prêter la moindre attention au prince; mais la dame écoutait celui-ci d’une oreille et portait fréquemment les yeux sur lui.

– Eh bien! non! il vaut mieux que je parle! continua le prince dans un nouvel élan de fièvre, en s’adressant au petit vieux sur un ton de confiance, voire de confidence. – Aglaé Ivanovna m’a défendu hier de parler et m’a même indiqué les sujets à ne pas aborder; elle sait que je suis ridicule quand je me mets à les traiter. Je suis dans ma vingt-septième a

– Vraiment? fit le petit vieux en souriant.

– Mais il y a des moments où je me dis que j’ai tort de raiso

– Quelquefois.

– Je veux tout vous expliquer, tout, tout, tout! Oh! oui! Vous me prenez pour un utopiste? un idéologue? Oh! non: je vous jure que mes pensées sont toutes si simples… Vous ne me croyez pas? Vous souriez? Écoutez… je suis parfois lâche parce que je perds la foi en moi; tout à l’heure, en venant ici, je pensais: «Comment leur adresserai-je la parole? En quels termes engagerai-je la conversation pour qu’ils me compre

Il eut une brusque velléité de se lever de son fauteuil, mais le petit vieux le retenait toujours et fixait sur lui des yeux où l’inquiétude croissait.

– Écoutez! Je sais que parler ne signifie rien; mieux vaut prêcher d’exemple et se mettre simplement à l’œuvre… J’ai déjà commencé… et… et est-ce que réellement on peut être malheureux? Oh! qu’importent mon affliction et mon malheur si je me sens la force d’être heureux? Je ne comprends pas, sachez-le, qu’on puisse passer à côté d’un arbre sans éprouver à sa vue un sentiment de bonheur, ou parler à un homme sans être heureux de l’aimer. Oh! les paroles me manquent pour exprimer cela… mais combien de belles choses nous voyons à chaque pas, dont l’homme le plus dégradé ressent lui-même la beauté? Regardez l’enfant, regardez l’aurore du Créateur, regardez l’herbe qui pousse, regardez les yeux qui vous contemplent et qui vous aiment…

[67] En français dans le texte.