Страница 7 из 95
Il promena sur l’assistance un regard circulaire comme s’il attendait une réponse et une décision. Tout le monde avait été, péniblement surpris par cette sortie inattendue et maladive, que rien ne motivait et qui do
– Pourquoi dites-vous cela ici? s’exclama brusquement. Aglaé. – Pourquoi leur dites-vous cela… à ces gens-là?
Elle paraissait au paroxysme de l’indignation; ses yeux fulguraient. Le prince, qui était resté muet devant elle, fut envahi par une pâleur soudaine. Aglaé éclata:
– Il n’y a pas ici une seule perso
– Mon Dieu! qui aurait cru cela! fit Elisabeth Prokofievna en joignant les mains.
– Hourra pour le chevalier pauvre! s’écria Kolia enthousiasmé.
– Taisez-vous!… Comment ose-t-on m’offenser ici, dans votre maison! dit brutalement à sa mère Aglaé en proie à un de ces éclats de surexcitation où l’on ne co
– Perso
– Jamais perso
– Qui l’a taquinée? Quand l’a-t-on taquinée? Qui a pu lui dire une chose semblable? Délire-t-elle ou a-t-elle son bon sens? demanda Elisabeth Prokofievna frémissante de colère et s’adressant à tout l’auditoire.
– Tous l’ont dit; tous sans exception m’ont rebattu les oreilles avec cela pendant ces trois jours! Eh bien, jamais, jamais je ne l’épouserai! proféra Aglaé sur un ton déchirant.
Là-dessus elle fondit en larmes, se cacha le visage dans son mouchoir et se laissa tomber sur une chaise.
– Mais il ne t’a même pas dem…
– Je ne vous ai pas demandée en mariage, Aglaé Ivanovna, dit le prince comme involontairement.
– Quoi? Qu’est-ce à dire? s’écria Elisabeth Prokofievna sur un ton où se mêlaient la surprise, l’indignation et l’effroi.
Elle n’en pouvait croire ses oreilles. Le prince se mit à prononcer des paroles entrecoupées:
– J’ai voulu dire… j’ai voulu dire… J’ai seulement voulu expliquer à Aglaé Ivanovna… ou plutôt avoir l’ho
En parlant il s’était rapproché d’Aglaé. Elle écarta le mouchoir qui cachait son visage et jeta sur lui un rapide coup d’œil. Elle vit sa mine effrayée, comprit le sens de ses paroles et partit à son nez d’un brusque éclat de rire. Ce rire était si franc et si moqueur qu’il gagna Adélaïde; après avoir, elle aussi, regardé le prince, celle-ci prit sa sœur dans ses bras et s’esclaffa avec la même irrésistible et enfantine gaîté. En les voyant, le prince se mit lui-même à sourire. Il répétait avec une expression de joie et de bonheur:
– Ah! Dieu soit loué! Dieu soit loué!
Alors, à son tour, Alexandra n’y tint plus et se prit à pouffer de rire, et de tout son cœur. L’hilarité des trois sœurs semblait ne pas devoir prendre fin.
– Voyons, elles sont folles! bougo
Mais le rire avait gagné le prince Stch…, Eugène Pavlovitch et même Kolia qui ne pouvait plus se contenir et regardait alternativement les uns et les autres. Le prince faisait comme eux.
– Allons nous promener! Allons! s’écria Adélaïde. Que tout le monde vie
Et, joignant le geste à la parole, elle s’élança vers le prince et l’embrassa sur le front. Celui-ci lui prit les mains et les serra avec tant de vigueur qu’Adélaïde faillit pousser un cri. Il la regarda avec une joie infinie et, portant brusquement la main de la jeune fille à ses lèvres, il la lui baisa trois fois.
– Allons, en route! fit Aglaé. Prince, vous serez mon cavalier. Tu permets, maman? N’est-il pas un fiancé qui vient de me refuser? N’est-ce pas, prince, que vous avez renoncé à moi pour toujours? Mais ce n’est pas ainsi qu’on do
Elle parlait sans arrêt et riait encore par accès.
– Loué soit Dieu! Loué soit Dieu! répétait Elisabeth Prokofievna, sans savoir au juste de quoi elle se réjouissait.
«Voilà des gens bien étranges!» pensa le prince Stch… pour la centième fois peut-être depuis qu’il les fréquentait, mais… ces gens étranges lui plaisaient. Peut-être n’éprouvait-il pas tout à fait le même sentiment à l’égard du prince; lorsqu’on partit en promenade, il prit un air renfrogné et une mine soucieuse.
C’était Eugène Pavlovitch qui paraissait le mieux disposé; tout le long de la route et jusqu’au vauxhall [7] il amusa Alexandra et Adélaïde; celles-ci riaient avec tant de complaisance de son badinage qu’il finit par les soupço
Aglaé Ivanovna n’avait cependant pas fini d’intriguer son entourage ce soir-là. Sa dernière énigme fut réservée au prince seul. Elle était à cent pas de la villa lorsqu’elle chuchota rapidement à son cavalier qui demeurait obstinément muet:
– Regardez à droite.
Le prince obéit.
– Regardez plus attentivement. Voyez-vous un banc, dans le parc, là-bas près de ces trois grands arbres… un banc vert?
Le prince répondit affirmativement.
– Est-ce que l’endroit vous plaît? Je viens parfois de bo
[6] En français dans le texte. – N. d. T.
[7] Le mot «vokzal» qui, en russe, signifie actuellement gare peut se traduire ici, dans la terminologie du temps, par son étymologique «vaux-hall»; le mot est justifié dans ses deux acceptions puisque le casino de Pavlovsk était à la fois une dépendance de la gare (qui fut un terminus pendant plus d’un demi-siècle et un jardin public où l’on do