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Pour pouvoir aider son frère, Barbe Ardalionovna avait résolu d’élargir son champ d’action; elle s’introduisit chez les Epantchine en se prévalant surtout de souvenirs d’enfance; elle et son frère avaient joué, quand ils étaient en bas âge, avec les demoiselles Epantchine. Remarquons ici que, si elle avait poursuivi quelque chimère en se faisant recevoir chez les Epantchine, elle serait peut-être sortie de la catégorie dans laquelle elle-même s’était confinée; mais ce n’était pas une chimère qu’elle poursuivait; elle se guidait d’après un calcul assez raiso

Et voici que, cette fois encore, elle était d’humeur chagrine en revenant de chez eux. Sous cette humeur perçait une expression d’arrière raillerie. Ptitsine habitait à Pavlovsk une maison de bois de piètre apparence mais spacieuse, qui do

– Toujours la même histoire?

– Comment, la même histoire! s’écria Gania. La même histoire? Non, ce n’est plus la même histoire; c’est maintenant le diable sait quoi! Le vieux est en train de devenir enragé… La mère hurle. Par Dieu! Barbe, tu le prendras comme tu voudras, mais je le flanquerai à la porte, ou bien… ou bien je vous quitterai moi-même! ajouta-t-il, sans doute en s’avisant qu’on ne peut chasser les gens d’un logis qui n’est pas le sien.

– Il faut avoir de l’indulgence, murmura Barbe.

– De l’indulgence pour quoi? pour qui? repartit Gania, enflammé de colère. Pour ses turpitudes? Non, dis ce que tu voudras, c’est impossible! Impossible, impossible, impossible! Et quelles manières! c’est lui qui se met dans son tort et il le prend d’encore plus haut: «Je ne veux pas passer par la porte, abats la muraille!»… Qu’as-tu? Ton visage est tout défait.

– Mon visage n’a rien d’extraordinaire, répliqua Barbe avec humeur.

Gania la regarda plus attentivement.

– Tu as été là-bas? demanda-t-il soudain.

– Oui.

– Attends un instant, les cris recommencent. Quelle honte, et dans un pareil moment encore!

– Un pareil moment? Le moment présent n’a rien de particulier.

Gania fixa sur sa sœur un regard encore plus pénétrant.

– Tu as appris quelque chose? demanda-t-il.

– Bien d’inattendu, du moins. J’ai appris que tout ce que l’on supposait était vrai. Mon mari a été plus clairvoyant que nous deux; ce qu’il a prédit dès le début est un fait accompli. Où est-il?

– Il est sorti. Qu’est-ce qui est un fait accompli?

– Le prince est officiellement fiancé; c’est une affaire réglée. Ce sont les aînées qui me l’ont dit. Aglaé a do

Gania écouta avec beaucoup d’attention, mais, au grand éto

– Eh bien! c’était clair! dit-il après un moment de réflexion. – Ainsi tout est fini! ajouta-t-il avec un sourire étrange en regardant la figure de sa sœur d’un air astucieux et en continuant à arpenter la chambre de long en large, quoique avec moins d’agitation.

– C’est encore heureux, que tu pre

– Oui, on en est débarrassé; toi du moins.

– Je crois t’avoir servi sincèrement, sans discuter ni t’importuner; je ne t’ai pas demandé quel bonheur, tu comptais trouver auprès d’Aglaé.

– Mais est-ce que j’ai… cherché le bonheur auprès d’Aglaé?

– Allons, je t’en prie, ne joue pas au philosophe! Il en était certainement ainsi. Mais notre compte est réglé: nous avons été des dupes. Je t’avouerai que je n’ai jamais regardé ce mariage comme une affaire sérieuse; si je m’en suis occupée, c’est seulement «à tout hasard» et en tablant sur le drôle de caractère d’Aglaé; je voulais surtout t’être agréable. Il y avait quatre-vingt-dix chances sur cent pour que ce projet avortât. Maintenant encore, je ne sais pas moi-même ce que tu en attendais.

– À présent vous allez me pousser, ton mari et toi, à prendre du service; je vais entendre des sermons sur la persévérance et la force de volonté, sur la nécessité de me contenter de peu, et ainsi de suite; je co

«Il a une nouvelle idée en tête!» pensa Barbe.

– Et là-bas, comment les parents pre

– Ils n’en ont guère l’air. D’ailleurs, tu peux en juger par toi-même; si Ivan Fiodorovitch est satisfait, la mère a des appréhensions; déjà auparavant elle répugnait à voir en lui un fiancé pour sa fille; c’est chose co

– Ce n’est pas ce qui m’intéresse; le prince est un fiancé impossible, inimaginable, c’est clair. Je parle de la situation présente: où en est-on maintenant? A-t-elle do

– Jusqu’ici elle n’a pas dit «non»; voilà tout. Mais avec elle il n’en pouvait être autrement. Tu sais à quelles extravagances l’ont portée jusqu’ici sa timidité et sa pudeur. Dans son enfance elle se fourrait dans les armoires et y restait blottie deux ou trois heures, rien que pour éviter de paraître devant le monde. Depuis elle a grandi comme une perche, mais le caractère est resté le même. Tu sais, j’ai des raisons de croire qu’il y a en effet dans cette affaire quelque chose de sérieux, même de son côté. Il paraît que du matin au soir elle rit à gorge déployée en pensant au prince; c’est pour do