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«Hier, après vous avoir rencontrée, je suis rentrée chez moi et j’ai imaginé un tableau. Les artistes peignant toujours le Christ d’après les do
Enfin, on lisait dans la dernière lettre:
«Pour l’amour de Dieu, ne pensez rien de moi. Ne croyez pas non plus que je m’humilie en vous écrivant ainsi, vu que je suis de ces êtres qui éprouvent à s’abaisser une volupté et même un sentiment d’orgueil. Non; j’ai mes consolations, mais c’est une chose qu’il m’est difficile de vous expliquer; il me serait même malaisé de m’en rendre moi-même clairement compte, bien que cela me tourmente. Mais je sais que je ne puis m’humilier, même par accès d’orgueil. De l’humilité que do
«Pourquoi ai-je la volonté de vous unir: pour vous ou pour moi? Pour moi, naturellement; tout se résout à cela en ce qui me concerne, il y a longtemps que je me le suis dit… J’ai appris que votre sœur Adélaïde a déclaré un jour, en regardant mon portrait, qu’avec une pareille beauté on pouvait révolutio
Il y avait dans ces lettres encore bien d’autres pensées délirantes. L’une de ces lettres, la seconde, couvrait d’une écriture très fine deux feuilles de papier de grand format.
Le prince sortit enfin du parc obscur où, comme la veille, il avait longuement erré. La nuit pâle et transparente lui parut plus claire que de coutume. «Se peut-il qu’il soit encore si tôt?» pensa-t-il. (Il avait oublié de prendre sa montre.) Il crut entendre une musique lointaine «C’est probablement au vauxhall, se dit-il encore; ils n’y sont sûrement pas allés aujourd’hui.» Au moment où il faisait cette réflexion, il s’aperçut qu’il était devant leur maison, il s’était bien douté qu’il finirait par aboutir là. Le cœur défaillant, il gravit la terrasse.
Elle était déserte; perso
– Comment se fait-il que vous soyez ici? dit-elle enfin.
– Je… suis entré en passant…
– Maman n’est pas très bien, Aglaé non plus. Adélaïde est en train de se mettre au lit et je vais faire de même Nous sommes restées seules toute la soirée à la maison. Papa et le prince Stch… sont à Pétersbourg.
– Je suis venu… je suis venu chez vous… maintenant…
– Vous savez quelle heure il est?
– Ma foi non…
– Minuit et demi. Nous nous couchons toujours à une heure.
– Ah! Moi qui croyais qu’il était… neuf heures et demie.
– Cela ne fait rien! dit-elle en riant. – Mais pourquoi n’êtes-vous pas venu tantôt? Peut-être vous a-t-on attendu.
– Je… pensais…, balbutia-t-il en s’en allant.
– Au revoir! Tout le monde en rira demain.
Il s’en retourna chez lui par le chemin qui contournait le parc. Son cœur battait, ses idées se brouillaient et tout revêtait autour de lui l’apparence du rêve. Tout à coup, cette même vision qui lui était déjà apparue deux fois au moment où il s’éveillait s’offrit à ses regards. La même femme sortit du parc et se campa devant lui, comme si elle l’avait attendu à cet endroit. Il tressaillit et s’arrêta; elle lui prit la main et la lui serra avec force. «Non, ce n’est pas une apparition!»
Et voici qu’elle était enfin face à face avec lui pour la première fois depuis leur séparation. Elle lui parlait, mais il la regardait en silence; son cœur gonflé lui faisait mal. Jamais il ne devait oublier cette rencontre et il éprouverait toujours la même douleur en l’évoquant. Comme une folle, elle se mit à genoux devant lui, au beau milieu de la route. Il recula avec épouvante, tandis qu’elle cherchait à ressaisir sa main pour l’embrasser. Et, de même que naguère dans son rêve, il voyait maintenant perler des larmes sur ses longs cils.
– Lève-toi! Lève-toi! lui chuchota-t-il avec effroi en cherchant à la redresser. – Lève-toi vite!
– Tu es heureux? Es-tu heureux? demanda-t-elle. Dis-moi seulement un mot: es-tu heureux maintenant? Aujourd’hui, en ce moment? Tu es allé chez elle? Que t’a-t-elle dit?
Elle ne se relevait pas, elle ne l’écoutait pas. Elle l’interrogeait fébrilement et parlait d’un ton précipité, comme si quelqu’un l’eût poursuivie.
– Je pars demain, comme tu l’as ordo
– Calme-toi. Relève-toi! proféra-t-il sur un ton de désespoir.
Elle le contemplait avidement en lui étreignant les mains.
– Adieu! dit-elle enfin.
Elle se leva et s’éloigna en toute hâte, presque en courant. Le prince vit surgir soudain, à côté d’elle, Rogojine qui la prit par la main et l’emmena.
– Attends-moi, prince! cria ce dernier; je reviens dans cinq minutes.
Il réapparut en effet au bout de cinq minutes. Le prince patientait au même endroit.