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– Ne voyez-vous pas, prince, que c’est un fou? lui chuchota Eugène Pavlovitch. On m’a dit tout à l’heure, ici, que le goût de l’avocasserie et de la faconde judiciaire lui a tourné la tête et qu’il veut passer ses examens. Je m’attends à une jolie parodie!

– J’aboutis à une conclusion énorme, continua Lébédev d’une voix to

«Voici maintenant ma conclusion, messieurs, ma péroraison; elle vous do

«Montrez-moi donc quelque chose qui approche de cette force dans notre siècle de vices et de chemins de fer… Il faudrait dire «dans notre siècle de bateaux à vapeur et de chemins de fer»; je dis «dans notre siècle de vices et de chemins de fer [14] parce que je suis ivre mais véridique. Montrez-moi une idée exerçant sur l’humanité actuelle une action qui ait seulement la moitié de la force de celle-là. Et osez dire après cela que les sources de vie n’ont pas été affaiblies, troublées, sous cette «étoile», sous ce réseau dans lequel les hommes se sont empêtrés. Et ne croyez pas m’en imposer par votre prospérité, par vos richesses, par la rareté des disettes et par la rapidité des moyens de communication! Les richesses sont plus abondantes, mais les forces déclinent; il n’y a plus de pensée qui crée un lien entre les hommes; tout s’est ramolli, tout a cuit et tous sont cuits! Oui, tous, tous, tous nous sommes cuits!… Mais suffit! ce n’est pas de cela qu’il s’agit maintenant; il s’agit de faire servir le souper froid préparé pour nos hôtes, n’est-ce pas, très honorable prince?»

Lébédev avait failli provoquer chez quelques-uns de ses auditeurs une véritable indignation (il est juste de remarquer que l’on continuait pendant tout ce temps à déboucher des bouteilles). Mais il désarma sur-le-champ tous ses adversaires par cette conclusion inattendue qui a

– Il attaque l’instruction, il exalte le fanatisme du XIIe siècle et il fait des contorsions sans même avoir la moindre pureté de cœur; je vous demande un peu avec quel argent il s’est rendu propriétaire de cette maison? disait-il à haute voix en arrêtant tous les convives les uns après les autres.

– J’ai co

En écoutant le général, Ptitsine souriait et gardait l’air d’un homme qui va prendre son chapeau pour s’en aller; mais il ne s’y résolvait pas ou oubliait toujours sa résolution. Avant qu’on eût quitté la table, Gania avait brusquement cessé de boire et repoussé son verre loin de lui; un nuage avait assombri son visage. Quand on se leva, il s’approcha de Rogojine et s’assit à côté de lui. On aurait pu les croire dans les meilleurs termes. Rogojine, qui, au début, avait été plusieurs fois sur le point de filer à l’anglaise, se tenait maintenant assis immobile et tête baissée; lui aussi semblait avoir oublié ses velléités de fugue. De toute la soirée il n’avait pas bu une goutte de vin. Il était abîmé dans ses réflexions. Par moments il levait les yeux et dévisageait un à un tous les assistants. Maintenant son attitude do

Le prince n’avait vidé que deux ou trois coupes; il était gai, sans plus. Quand il se leva de table, ses yeux rencontrèrent ceux d’Eugène Pavlovitch; il se rappela qu’il devait avoir une explication avec lui et sourit d’un air avenant. Eugène Pavlovitch lui fit un signe de tête et lui montra brusquement Hippolyte qui dormait; étendu sur le divan et sur lequel il fixait à ce moment un regard scrutateur.

– Dites-moi, prince, pourquoi ce gamin s’est-il glissé chez vous? fit-il à brûle-pourpoint et avec une expression si visible de dépit et même de haine que le prince en fut surpris.

[14] Cette équivoque repose sur un intraduisible à peu-près entre porok (vice) et parokhod (bateau à vapeur). – - N. d. T.