Добавить в цитаты Настройки чтения

Страница 13 из 95

– Je vous guette, prince, dit ce dernier.

– C’est vous, Keller? s’écria le prince avec éto

– Je vous cherche, prince. Je vous ai attendu aux abords de la villa des Epantchine, où naturellement je ne pouvais pénétrer. Je vous ai emboîté le pas quand vous avez fait route avec le général. Je suis à vos ordres, prince; disposez de Keller. Je suis prêt à me sacrifier et même à mourir, s’il le faut.

– Mais… pourquoi?

– Eh bien, mais il va sûrement y avoir un duel! Ce lieutenant Molovtsov, je le co

– Alors vous aussi, vous venez me parler de duel! s’exclama le prince en éclatant de rire, pour la plus grande surprise de Keller. Il riait à se tenir les côtes. Keller, qui avait eu l’air; d’être sur des pointes d’aiguilles tant qu’il ne s’était pas acquitté de sa mission en se proposant comme témoin, parut presque offensé par une hilarité aussi exubérante.

– Cependant, prince, vous l’avez empoigné par les bras cet après-midi? Un gentilhomme ne peut guère supporter cela, encore moins en public.

– Mais il m’a décoché un coup dans la poitrine! s’écria le prince toujours en riant. Il n’y a pas de raison pour que nous nous battions! Je m’excuserai auprès de lui et tout sera dit. Et s’il faut se battre, on se battra! Qu’il recoure aux armes; je ne demande pas mieux. Ha! ha! je sais maintenant charger un pistolet. Figurez-vous que l’on vient de m’apprendre cela il y a un instant. Savez-vous charger un pistolet, Keller? Il faut d’abord acheter de la poudre à pistolet, c’est-à-dire de la poudre qui ne soit pas humide, ni grosse comme celle dont on se sert pour les canons. On commence par mettre la poudre, on arrache du feutre au bourrelet d’une porte, puis on place la balle par-dessus. Il faut se garder de mettre la balle avant la poudre, parce qu’alors le coup ne partirait pas. Vous m’entendez, Keller? le coup ne partirait pas. Ha! ha! N’est-ce pas là une raison magnifique, ami Keller? Ah! Keller, savez-vous que je vais à l’instant vous embrasser? Ha! ha! ha! Comment avez-vous fait tantôt pour vous trouver tout à coup devant lui? Venez donc dès que vous pourrez chez moi boire du champagne. Nous nous enivrerons de champagne! Savez-vous que j’en ai douze bouteilles dans la cave de Lébédev? Il me les a proposées avant-hier comme une «occasion» et je les lui ai toutes achetées; c’était le lendemain de mon arrivée. Je réunirai toute une société! Dites donc, est-ce que vous dormirez cette nuit?

– Comme d’habitude, prince.

– Eh bien, faites de beaux rêves! ha! ha!

Le prince traversa la route et disparut dans le parc, laissant Keller perplexe et quelque peu désappointé. Ce dernier n’avait pas encore vu le prince dans un état d’esprit aussi bizarre et ne se le serait même jamais figuré ainsi.

«Peut-être a-t-il la fièvre, car c’est un homme nerveux sur lequel tout cela a fait impression, mais il n’aura sûrement pas peur. Pardieu! les gens de sa sorte n’ont pas froid aux yeux! pensa Keller. Hum! du champagne! La nouvelle ne manque pas d’intérêt. Douze bouteilles; une douzaine, c’est déjà une garnison respectable. Je parie que Lébédev a reçu ce champagne d’un de ses emprunteurs à titre de gage. Hum. «Il est au fond assez gentil, ce prince; c’est, ma foi, le genre d’homme qui me plaît; en tout cas ce n’est pas le moment de barguigner… s’il y a du champagne, il faut saisir l’occasion…»

Il était exact en effet que le prince était dans un état voisin de la fièvre.

Il erra longtemps dans les ténèbres du parc et finit par se «surprendre» en train d’arpenter une certaine allée. Il gardait conscience d’avoir déjà parcouru trente ou quarante fois cette allée entre le banc et un vieil arbre, élevé et facile à reco

Il tira le billet de sa poche et le baisa, mais aussitôt après s’arrêta et redevint songeur:

«C’est bien étrange! Oui, bien étrange!» proféra-t-il au bout d’une minute avec un accent de tristesse: dans les moments de joie intense, il se sentait toujours gagné par la tristesse sans savoir lui-même pourquoi. Il jeta autour de lui un regard intrigué et s’éto

Si à ce moment quelqu’un lui avait dit qu’il était amoureux, passio