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Je sais très bien que c’est un mirage. On ne me trompe pas, moi! Mais s’il me plaît, à moi, de m’enfoncer vers un mirage? S’il me plaît, à moi d’espérer? S’il me plaît d’aimer cette ville crénelée et toute pavoisée de soleil? S’il me plaît de marcher tout droit, à pas agiles, puisque je ne sens plus ma fatigue, puisque je suis heureux… Prévot et son revolver, laissez-moi rire! Je préfère mon ivresse. Je suis ivre. Je meurs de soif!

Le crépuscule m’a dégrisé. Je me suis arrêté brusquement, effrayé de me sentir si loin. Au crépuscule le mirage meurt. L’horizon s’est déshabillé de sa pompe, de ses palais, de ses vêtements sacerdotaux. C’est un horizon de désert.

«Tu es bien avancé! La nuit va te prendre, tu devras attendre le jour, et demain tes traces seront effacées et tu ne seras plus nulle part.

– Alors autant marcher encore droit devant moi… À quoi bon faire encore demi-tour? Je ne veux plus do

– Où as-tu vu la mer? Tu ne l’atteindras d’ailleurs jamais. Trois cents kilomètres sans doute t’en séparent. Et Prévot guette près du Simoun! Et il a, peut-être, été aperçu par une caravane…»

Oui, je vais revenir, mais je vais d’abord appeler les hommes:

«Ohé!»

Cette planète, bon Dieu, elle est cependant habitée…

«Ohé! les hommes!…»

Je m’enroue. Je n’ai plus de voix. Je me sens ridicule de crier ainsi… Je lance une fois encore:

«Les hommes!»

Ça rend un son emphatique et prétentieux.

Et je fais demi-tour.

Après deux heures de marche, j’ai aperçu les flammes que Prévot, qui s’épouvantait de me croire perdu, jette vers le ciel. Ah!… cela m’est tellement indifférent…

Encore une heure de marche… Encore cinq cents mètres. Encore cent mètres. Encore cinquante.

«Ah!»

Je me suis arrêté stupéfait. La joie va m’inonder le cœur et j’en contiens la violence. Prévot, illuminé par le brasier, cause avec deux Arabes adossés au moteur. Il ne m’a pas encore aperçu. Il est trop occupé par sa propre joie. Ah! si j’avais attendu comme lui…, je serais déjà délivré! Je crie joyeusement:

«Ohé!»

Les deux Bédouins sursautent et me regardent. Prévot les quitte et s’avance seul au-devant de moi. J’ouvre les bras. Prévot me retient par le coude, j’allais donc tomber? Je lui dis:

«Enfin, ça y est.

– Quoi?

– Les Arabes!

– Quels Arabes?

– Les Arabes qui sont là, avec vous!…»

Prévot me regarde drôlement, et j’ai l’impression qu’il me confie, à contrecœur, un lourd secret:

«Il n’y a point d’Arabes…»

Sans doute, cette fois, je vais pleurer.