Добавить в цитаты Настройки чтения

Страница 94 из 114

– Il était à la chasse des oiseaux de passage, dans les marais, le long du Pô, à deux lieues de Sacca. Il est tombé dans un trou caché par une touffe d’herbe: il était tout en sueur, et le froid l’a saisi; on l’a transporté dans une maison isolée, où il est mort au bout de quelques heures. D’autres prétendent que MM. Catena et Borone sont morts aussi, et que tout l’accident provient des casseroles de cuivre du paysan chez lequel on est entré, qui étaient remplies de vert-de-gris. On a déjeuné chez cet homme. Enfin, les têtes exaltées, les jacobins, qui racontent ce qu’ils désirent, parlent de poison. Je sais que mon ami Toto, fourrier de la cour, aurait péri sans les soins généreux d’un manant qui paraissait avoir de grandes co

– Je reco

La duchesse avait ouvert la lettre du comte, mais en interrompait la lecture pour faire cent questions à Bruno.

La lettre était bien plaisante; le comte employait les termes les plus lugubres, et cependant la joie la plus vive éclatait à chaque mot; il évitait les détails sur le genre de mort du prince, et finissait sa lettre par ces mots:

Tu vas revenir sans doute, mon cher ange! mais je te conseille d’attendre un jour ou deux le courrier que la princesse t’enverra, à ce que j’espère, aujourd’hui ou demain; il faut que ton retour soit magnifique comme ton départ a été hardi. Quant au grand criminel qui est auprès de toi, je compte bien le faire juger par douze juges appelés de toutes les parties de cet Etat. Mais, pour faire punir ce monstre-là comme il le mérite, il faut d’abord que je puisse faire des papillotes avec la première sentence, si elle existe.

Le comte avait rouvert sa lettre:

Voici bien une autre affaire: je viens de faire distribuer des cartouches aux deux bataillons de la garde; je vais me battre et mériter de mon mieux ce surnom de Cruel dont les libéraux m’ont gratifié depuis si longtemps. Cette vieille momie de général P… a osé parler dans la caserne d’entrer en pourparlers avec le peuple à demi révolté. Je t’écris du milieu de la rue; je vais au palais, où l’on ne pénétrera que sur mon cadavre. Adieu! Si je meurs, ce sera en t’adorant quand même, ainsi que j’ai vécu! N’oublie pas de faire prendre 300 000 francs déposés en ton nom chez D…, à Lyon.

Voilà ce pauvre diable de Rassi pâle comme la mort, et sans perruque; tu n’as pas d’idée de cette figure! Le peuple veut absolument le pendre; ce serait un grand tort qu’on lui ferait, il mérite d’être écartelé. Il se réfugiait à mon palais, et m’a couru après dans la rue; je ne sais trop qu’en faire… je ne veux pas le conduire au palais du prince, ce serait faire éclater la révolte de ce côté. F… verra si je l’aime; mon premier mot à Rassi a été: Il me faut la sentence contre M. del Dongo, et toutes les copies que vous pouvez en avoir, et dites à tous ces juges iniques, qui sont cause de cette révolte, que je les ferai tous pendre, ainsi que vous, mon cher ami, s’ils soufflent un mot de cette sentence, qui n’a jamais existé. Au nom de Fabrice, j’envoie une compagnie de grenadiers à l’archevêque. Adieu, cher ange! mon palais va être brûlé, et je perdrai les charmants portraits que j’ai de toi. Je cours au palais pour faire destituer cet infâme général P…, qui fait des sie

La duchesse eut la malice de ne pas envoyer réveiller Fabrice; elle se sentait pour le comte un accès d’admiration qui ressemblait fort à de l’amour. «Toutes réflexions faites, se dit-elle, il faut que je l’épouse.» Elle le lui écrivit aussitôt, et fit partir un de ses gens. Cette nuit, la duchesse n’eut pas le temps d’être malheureuse.

Le lendemain, sur le midi, elle vit une barque montée par dix rameurs et qui fendait rapidement les eaux du lac; Fabrice et elle reco

– La révolte est apaisée!

Ce courrier lui remit plusieurs lettres du comte, une lettre admirable de la princesse et une ordo

Le comte dit, madame la duchesse, qu’il est content de moi; le fait est que j’ai essuyé quelques coups de fusil à ses côtés et que mon cheval a été touché: à voir le bruit qu’on fait pour si peu de chose, je désire vivement assister à une vraie bataille, mais que ce ne soit pas contre mes sujets. Je dois tout au comte; tous mes généraux, qui n’ont pas fait la guerre, se sont conduits comme des lièvres; je crois que deux ou trois se sont enfuis jusqu’à Bologne. Depuis qu’un grand et déplorable événement m’a do

Votre affectio

Ranuce-Ernest.

Qui n’eût dit, d’après ce langage, que la duchesse allait jouir de la plus haute faveur? Toutefois elle trouva quelque chose de fort singulier dans d’autres lettres du comte, qu’elle reçut deux heures plus tard. Il ne s’expliquait point autrement, mais lui conseillait de retarder de quelques jours son retour à Parme, et d’écrire à la princesse qu’elle était fort indisposée. La duchesse et Fabrice n’en partirent pas moins pour Parme aussitôt après dîner. Le but de la duchesse, que toutefois elle ne s’avouait pas, était de presser le mariage du marquis Crescenzi: Fabrice, de son côté, fit la route dans des transports de bonheur fous, et qui semblèrent ridicules à sa tante. Il avait l’espoir de revoir bientôt Clélia; il comptait bien l’enlever, même malgré elle, s’il n’y avait que ce moyen de rompre son mariage.

Le voyage de la duchesse et de son neveu fut très gai. A une poste avant Parme, Fabrice s’arrêta un instant pour reprendre l’habit ecclésiastique; d’ordinaire il était vêtu comme un homme en deuil. Quand il rentra dans la chambre de la duchesse:

– Je trouve quelque chose de louche et d’inexplicable, lui dit-elle, dans les lettres du comte. Si tu m’en croyais, tu passerais ici quelques heures; je t’enverrai un courrier dès que j’aurai parlé à ce grand ministre.

Ce fut avec beaucoup de peine que Fabrice se rendit à cet avis raiso

– Tu as fort bien fait d’empêcher Fabrice d’arriver officiellement; nous sommes ici en pleine réaction. Devine un peu le collègue que le prince m’a do