Страница 74 из 114
Fabrice eut du malheur les jours suivants. Il voulait enlever à l’abat-jour colossal un morceau de planche grand comme la main, que l’on pourrait remettre à volonté et qui lui permettrait de voir et d’être vu, c’est-à-dire de parler, par signes du moins, de ce qui se passait dans son âme; mais il se trouva que le bruit de la petite scie fort imparfaite qu’il avait fabriquée avec le ressort de sa montre ébréché par la croix, inquiétait Grillo qui venait passer de longues heures dans sa chambre. Il crut remarquer, il est vrai, que la sévérité de Clélia semblait diminuer à mesure qu’augmentaient les difficultés matérielles qui s’opposaient à toute correspondance; Fabrice observa fort bien qu’elle n’affectait plus de baisser les yeux ou de regarder les oiseaux quand il essayait de lui do
Le huitième jour de la prison de Fabrice, elle eut un bien grand sujet de honte: elle regardait fixement, et absorbée dans ses tristes pensées, l’abat-jour qui cachait la fenêtre du priso
Ce moment fut le plus beau de la vie de Fabrice, sans aucune comparaison. Avec quels transports il eût refusé la liberté, si on la lui eût offerte en cet instant!
Le lendemain fut le jour de grand désespoir de la duchesse. Tout le monde tenait pour sûr dans la ville que c’en était fait de Fabrice; Clélia n’eut pas le triste courage de lui montrer une dureté qui n’était pas dans son cœur, elle passa une heure et demie à la volière, regarda tous ses signes, et souvent lui répondit, au moins par l’expression de l’intérêt le plus vif et le plus sincère; elle le quittait des instants pour lui cacher ses larmes. Sa coquetterie de femme sentait bien vivement l’imperfection du langage employé: si l’on se fût parlé, de combien de façons différentes n’eût-elle pas pu chercher à deviner quelle était précisément la nature des sentiments que Fabrice avait pour la duchesse! Clélia ne pouvait presque plus se faire d’illusion, elle avait de la haine pour Mme Sanseverina.
Une nuit Fabrice vint à penser un peu sérieusement à sa tante: il fut éto
– Grand Dieu! s’écria-t-il avec enthousiasme, que je fus bien inspiré de ne pas lui dire que je l’aimais!
Il en était au point de ne presque plus pouvoir comprendre comment il l’avait trouvée si jolie. Sous ce rapport, la petite Marietta lui faisait une impression de changement moins sensible: c’est que jamais il ne s’était figuré que son âme fût de quelque chose dans l’amour pour la Marietta, tandis que souvent il avait cru que son âme tout entière appartenait à la duchesse. La duchesse d’A… et la Marietta lui faisaient l’effet maintenant de deux jeunes colombes dont tout le charme serait dans la faiblesse et dans l’i
– Je puis do
Clélia venait deux ou trois fois le jour voir ses oiseaux, quelquefois pour des instants: si Fabrice ne l’eût pas tant aimée, il eût bien vu qu’il était aimé; mais il avait des doutes mortels à cet égard. Clélia avait fait placer un piano dans la volière. Tout en frappant les touches, pour que le son de l’instrument pût rendre compte de sa présence et occupât les sentinelles qui se promenaient sous ses fenêtres, elle répondait des yeux aux questions de Fabrice. Sur un seul sujet elle ne faisait jamais de réponse, et même dans les grandes occasions, prenait la fuite, et quelquefois disparaissait pour une journée entière; c’était lorsque les signes de Fabrice indiquaient des sentiments dont il était trop difficile de ne pas comprendre l’aveu: elle était inexorable sur ce point.
Ainsi, quoique étroitement resserré dans une assez petite cage, Fabrice avait une vie fort occupée; elle était employée tout entière à chercher la solution de ce problème si important: «M’aime-t-elle?» Le résultat de milliers d’observations sans cesse renouvelées, mais aussi sans cesse mises en doute, était ceci: «Tous ses gestes volontaires disent non, mais ce qui est involontaire dans le mouvement de ses yeux semble avouer qu’elle prend de l’amitié pour moi.»
Clélia espérait bien ne jamais arriver à un aveu, et c’est pour éloigner ce péril qu’elle avait repoussé, avec une colère excessive, une prière que Fabrice lui avait adressée plusieurs fois. La misère des ressources employées par le pauvre priso